mardi 6 décembre 2022
Encore ce fou — Larry — slamme : hic !
On pouvait ouïr tout à l'heure sur France Khû une énième ronronnante émission sur (♫♯♪ Laye laye laye laye ! ♪♫🎶) la laïcité.
C'était certes fort intéressant, mais y'a tout de même un truc qui m'asticote, qui me chiffonne, qui me turlupine.
Pourquoi des gensses censément sensées — témoins Avicenne, Averroës, Atatürk (ah non, hem, zut, pardon !), etc. — qui récusent à bon droit le halouf veulent-elles tant se coiffer d'un fou lard ?
lundi 5 décembre 2022
« J'encule Drago ! »
C'est ce qu'a sans doute proféré à moult reprises Harry face à la cheminée de la salle commune de Gryffondor dans la fabuleuse saga de J.K. Rowling, mais ça n'a rien à voir avec le présent sujet.
Ou, enfin… ma [le] foy si, mais seulement par association phonétique.
Car si la Belgique est le royaume du neuvième art, fort peu de Suisses qui s'y risquent parviennent à y percer.
Surtout quand on se nomme Jean-Luc Godard, aspirant bédéaste fou d'Astérix et du journal Pilote mais dont le nom même était une insupportable insulte à l'éditeur d'icelui.
Jean-Luc voulait par-dessus tout caser ses petits miquets, force lui a été d'admettre que c'était râpé d'avance — d'où le recul (hem, « Le désir s'accroît quand l'effet se recule », dixit Corneille).
« Astérix, il est temps de pleurex ! », qu'y s'est dit, notre JLG d'avant JLG.
Malheureux, définitivement dépité, démuni de ses pépites — son projet initial étant à bout de souffle — le petit Jean-Luc s'est rabattu sur un art moindre — le septième —, et chacun pourra ci-dessous décider quoi penser du « plus con des Suisses pro-chinois », décédé voici peu et à qui Albane Penaranda vient de consacrer une gentille rétrospective sur France Khü.
dimanche 4 décembre 2022
Pour manier tôt le magnéto
(une enquête des Trois — pas si —Jeunes Détectives) : épisode 1
Nous étions trois, comme dans la série en Bibliothèque verte que je dévorais dans mon enfance, avec ses titres tout en calembours qui n'ont pas peu contribué à me (dé ?)construire.
(J'en profite pour rappeler que le dernier album de Stupeflip, Stupeflip forever, est dans les bacs depuis le 16 septembre, qu'on se le dise !
Mais je m'égare, comme on dit à Montparnasse ou à Saint-Lazare.)
Bref, trois affamés de Fred Deux, donc, mais sans doute plus proches de Boby Lapointe que de la Bibliothèque verte : un poète (Tristan), un esthète (André) et un « philosophe » (bibi).
Moi qui suis envoûté par le talent de conteur de Fred depuis que j'ai ententententendu des bribes de sa jactance sur France Khü à la fin des années 80, moi à qui une généreuse amante magique a offert un diamant en 2000 — les 24 cédés d'À vif publiés par André Dimanche en 1998 à l'occasion de sa réédition de La Gana —, moi qui sitôt que j'ai découvert Internouille (10 ans après, en 2008, hem !) ai pigé ce qu'était un blogue, qu'on pouvait s'en servir pour transmettre quasi toute la mémoire de l'humanité — du moins tout ce que peuvent produire et saisir certes seulement deux de nos cinq sens (la vue et l'ouïe, pas le tact ni l'odorat ni le goût), mais ça permet de balancer déjà pas mal : textes, images, sons, musiques, vidéos, films
Moi qui, après m'être échiné à piger comment construire un foutu blogue, ai fissa envoyé direct en février 2009 comme une bouteille à la mer ces fameux 24 cédés, ça m'a un an plus tard fort réjoui de voir surgir dans un des rares commentaires pertinents un certain Tristan, devenu depuis tout aussi timbré de Fred que moi, au point de s'affairer voici deux ans à édifier un site dédié à la reconstitution généalogique et géographico-topologique de l'univers de Fred Deux, et qui est devenu un franc ami
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur, moi qui grâce à ce même Tristan avais appris que la BNF détenait les cédés de la totalité des K7 désormais numérisées de Fred (pas loin de deux cents heures !), moi qui scrutais régulièrement le pan sonore du site internouille au doux nom si indigène de cette même BNF, Gallica, voilà-t-y pas que j'aperçois en avril 2011 que ces gentils fonctionnaires se mettent enfin à déverser la manne dans les tuyaux…
Mais moi qui faisais jusqu'alors toute confiance à des institutions si vénérables, force me fut alors de constater (légèrement éberlué) que les chiards qu'on a stagiés au rabais pour balancer ce bouzin, ils ont déconné à tout-va : des plages de 3 mn suivies d'autres de 10 sec. ou de 20 mn, complètement au pif sans du tout respecter l'ordre des K7 et de leurs faces propres, et vas-y que je te fais portnawak, on s'en branle total nous les gueuzedés !
Aucun enchaînement d'une plage à l'autre, évidemment, fallait cliquer chaque fois sur la suivante.
Mais bon, faut pas désespérer Billancourt, pas mettre bille en tête, spa ?
Moi qui n'aimais pas trop que l'on traitât ainsi à la légère le Graal de ma quéquette, j’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques
J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs
Alors ni une mais Deux, j'ai tout rapatrié dans mon doux disque dur, tout raccordé en semblants de cassettes audibles, face après face, de manière à reconstituer un corpus correct, facile à écouter, au fur et à mesure que Gallica consentait à nous livrer l'or de ce corps-puce, deux mois durant.
Ça a débuté comme ça.
Et puis quatre ans après, le 1er mars 2015, voilà qu'André déboule sur mon blogue, lui aussi est saisi.
Il ouvre toutes les écoutilles de Fred à Emmanuel Guibert, qui s'en réjouit vite et s'en fera bientôt l'ambassadeur.
Fred meurt en septembre 2015.
J'écris un pauvre mot à Cécile, elle me répond que la seule fois où elle a vu Fred pleurer ce fut lorsqu'elle lui a montré que depuis le présent site foutraque toutes les bandes étaient audibles n'importe où sur la planète.
Moi je trouve ça assez normal de partager, je pense pas trop à l'économie de marché, je savais pas que les hébergeurs gratuits-gentils c'était juste pour mieux t'enculer plus tard et te faire cracher ou même que des fois ils sont tellement tarés qu'ils s'hara-kirisent ! — moi gentil Bisounours qui découvre la Toile en 2008, tout noué tout ténu, né tout nu ça nous tue.
Bref, j'avais grave galéré deux mois durant (avril-mai 2011) pour reconstituer correctement tous les fichiers foutraques de Gallica, mais j'ai hélas vite pigé qu'au bout d'un temps assez petit les hébergeurs niquaient l'accès.
Moi qui n'aime pas trop les contraintes, les embûches, les entraves, ça me gave grave.
Alors, tandis que Tristan turbinait, crac ! tout à trac dans sa tête de braque, nous on a goupillé un genre de tric-trac avec André — okay, quoique un peu foutraque…
mercredi 30 novembre 2022
« L'automobilisme est un humanisme »
Il faut bien le dire — et ce n’est pas la moindre de ses curiosités — l’automobilisme est une maladie, une maladie mentale. Et cette maladie s’appelle d’un nom très joli : la vitesse. Avez-vous remarqué comme les maladies ont presque toujours des noms charmants ? La scarlatine, l’angine, la rougeole, le béri-béri, l’adénite, etc. Avez-vous remarqué aussi que, plus les noms sont charmants, plus méchantes sont les maladies ?… Je m’extasie à répéter que la nôtre se nomme : la vitesse… Non pas la vitesse mécanique qui emporte la machine sur les routes, à travers pays et pays, mais la vitesse, en quelque sorte névropathique, qui emporte l’homme à travers toutes ses actions et ses distractions… Il ne peut plus tenir en place, trépidant, les nerfs tendus comme des ressorts, impatient de repartir dès qu’il est arrivé quelque part, en mal d’être ailleurs, sans cesse ailleurs, plus loin qu’ailleurs… Son cerveau est une piste sans fin où pensées, images, sensations ronflent et roulent, à raison de cent kilomètres à l’heure. Cent kilomètres, c’est l’étalon de son activité. Il passe en trombe, pense en trombe, sent en trombe, aime en trombe, vit en trombe. La vie de partout se précipite, se bouscule, animée d’un mouvement fou, d’un mouvement de charge de cavalerie, et disparaît cinématographiquement, comme les arbres, les haies, les murs, les silhouettes qui bordent la route… Tout, autour de lui, et en lui, saute, danse, galope, est en mouvement, en mouvement inverse de son propre mouvement. Sensation douloureuse, parfois, mais forte, fantastique et grisante, comme le vertige et comme la fièvre.
mardi 29 novembre 2022
samedi 26 novembre 2022
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
Conférence sur la progression diagonale (2003)
Cette conférence du jeudi 10 avril 2003 avait débuté comme ça :
« Dieu est là pour vous »
Mr. Robot (saison 2, épisode 3), 2016
(désolé, impopo pour moi de balancer ça correctement en VOSTFR, grrmbll !)
« Das religiöse Elend ist in einem der Ausdruck des wirklichen Elendes und in einem die Protestation gegen das wirkliche Elend. Die Religion ist der Seufzer der bedrängten Kreatur, das Gemüt einer herzlosen Welt, wie sie der Geist geistloser Zustände ist. Sie ist das Opium des Volkes. »
Karl Marx, Contribution à « La critique de la philosophie du droit » de Hegel - Introduction (1843)
vendredi 25 novembre 2022
Intelligence du montage sonore
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Carine Leguelven est une artiste soigneuse, sobre et discrète.
Elle œuvre entre autres dans le montage sonore, avec virtuosité selon moi, pour offrir à ses amis des compilations thématiques — irrégulièrement mais souvent (une dizaine, à ma connaissance, depuis dix ans, entre un et quatre cédés chaque fois : sur les chats, la cueillette des champignons, la piscine, les couleurs, siffle !, etc.)
Voici par exemple le premier morceau de la compile qu'elle a intitulée Travail, distribuée en 2017 (chacun reconnaîtra les chiens) :
On peut la contacter à cette adresse mèle.
jeudi 24 novembre 2022
« Je est un autre », et Lautréamont ? J'avale !
Rediffusé en ce moment même sur France Khü : Relecture : Lautréamont, une émission d'Hubert Juin du 27 juin 1975.
Une histoire belge, en quelque sorte…
mardi 22 novembre 2022
Cours, rage, Guillaume Erner !
L'animateur des Matins de Foot Culture s'est un peu énervé tout à l'heure contre un gars dont j'avais jamais ouï causer : Hubo Goss qu'il s'appelle je crois — non, pardon : Hugo Streillinnetouzeu-Houolle… ah mais saperlotte non, zut ! voilà : ce zigoto c'est Hugo Lloris, qui sent un peu sa mater dolorosa mais qui maîtrise pourtant à fond le syllogisme puisque comme il l'expliquait naguère sur France Intox très clairement (en substance) :
1° En France, on est pas facho (la preuve : y'a qu'un sixième du Parlement qui se réclame franco de la division Charlemagne) mais quand même : le minimum, de la part des bougnoules qui déboulent chez nous, c'est qu'ils s'adaptent à nos coutumes.
M'enfin, c'est vrai, quoi ! On voit même des niakoués qui refusent de porter le béret basque et la baguette sous le bras, et des mal blanchis qui savassent pas manier l'imparfait du subjonctif !
Moi je dis : faut faire le camé, Léon ! Là où tu débarques, tu fais tout pareil que les naturels légitimes, les ceusses qui sont arrivés avant toi.
2° Au Qatar — où y savassent même pas qu'on met toujours un « u » après le « q » sauf dans les trois mots que je vais pas vous faire l'outrecuidance de me rappeler —, y z'aiment pas les pédés ni les adultères et gnagnagna.
3° Hé ben moi, comme j'y vais pour faire des pépettes, je dis oqai, pas de problème monzami, moi y'en a entièrement d'accord je m'adapte à fond les ballons ronds !
Et soit dit entre nous, je préfère faire de la retape pour Über Alles et pour Orange — attention, rien à voir avec le fait que la ville est facho depuis un quart de siècle ! — que pour des pédé.e.s de tarlouzes, mais chut, ça reste off micro, hein ?
J'en rêve parfois
Étriper un membre du Parti Socialiste
Empaler un entrepreneur capitaliste
Lapider un bataillon d’éditorialistes
Annihiler un analyste économique
Écarteler un chroniqueur radiophonique
Trucider quelques journalistes politiques
Tuer un banquier
Faire taire Laurent Ruquier
Brûler quelques hypermarchés
Torturer un présentateur de la télé
Émasculer le président de l’UMP
Passer un bon coup de napalm sur Saint-Tropez
Occire un flic
Descendre un scientifique
Buter un hipster ultra-chic
Écorcher un trader merdique
Un gros bourgeois catastrophique
Un groupe de hard-core mélodique
Taper un prof
Frire le chanteur Christophe
Noyer un « nouveau philosophe »
Fusionner Laurence Ferrari
Avec Bernard-Henri Lévy
Les mettre dans Sexy Sushi
Les salsifis, Bernard Kouchner, Jean-Louis Murat
Le Grand Journal, Libération, M Pokora,
Patrick Bruel, Alain Soral, David Guetta
Crever Dassault
Bouffer Calogéro
Anéantir Jean-Pierre Pernaut
Liquider Obispo
Liquéfier Laurence Parisot
Défigurer Bernard Arnault
Latter Carla Bruni et Val
Leur trancher l’artère fémorale
Rôtir leurs parties génitales
Embrocher Claire Chazal
En y glissant par voie rectale
Un bouquet d’herbes provençales
dimanche 20 novembre 2022
On ne part pas sans gaffer son manteau (de cheminée)
Éric Rohmer, La collectionneuse (1967)
samedi 19 novembre 2022
Bouillier donne tout mais ne cède pas

Pas un iota de complaisance ni de compromission dans toute son œuvre, pas une once de bisou-bisou avec le spectaculaire-marchand qui l'enserre depuis sa naissance en 1960 (hem, désolé, j'abrège pour accélérer, paraît qu'il faut aller vite à notre époque) : pour tenter de s'en dépêtrer tant que faire se peut, mutatis mutandis, que faire d'autre que décrire ce que son œil de lynx toujours exactement avisé comprend de chacune des situations qu'il expérimente, qu'il a vécues, que faire d'autre qu'essayer de piger ce qui se passe, ce qui nous tue, ce qui fait que tout va mal, que c'est la crise depuis tant de décennies qu'on ne sait même plus — et par quels mécanismes on essaie de paisiblement nous en vendre la souriante acceptation ?
Plusieurs excellentes raisons ont justifié à ses yeux une telle conduite, et il les dit.
Avec ses mots à lui, sa subjectivité sensitive à fleur de sa peau à lui mais qui nous parle à nous, à nous tous puisqu'on a tous vécu cela, force est de le reconnaître — sauf qu'on savait pas l'exprimer, ce truc qui cloche qu'on ressentait confusément.
Hé bien coup de bol qui tombe à pic heureusement, Grégoire Bouillier s'en est monstrueusement chargé, de tout ce poids de monceau de merdes à examiner filtrer trier réfléchir sasser déglutir, pour finalement extraire de cette montagne de détritus qui nous pourrissent la tronche la quintessence de quelques vérités simplissimes mais rarement perceptibles — un peu comme chez Marx le noyau rationnel de sa gangue mystique (si mes souvenirs sont bons).
Tel l'Atlas de la mythologie, il s'en est chargé dans Rapport sur moi, dans L'invité mystère, dans le monumental et phénoménal Dossier M.
Cette dernière œuvre (douze ans d'esclavage extatique), son intrigue qui court sur mille huit cents pages tient en une phrase, genre du style, disons : « Un homme cherche à séduire une femme qui s'esquive, après quoi il déprime grave et longtemps. »
Sauf qu'en passant, Grégoire nous raconte toute l'histoire de la civilisation occidentale de 1960 à 2005 : ce qui s'est passé en vrai, qui était là sous nos yeux et qu'on était trop las ou complaisants pour faire l'effort d'apercevoir.
Mais il est vrai que ce monde nous épuise. « On n'en veut pas, on n'en peut plus », comme disait la poète.
Et ce crible pertinent, Grégoire Bouillier le ressasse derechef dans son dernier ouvrage, paru fin août, Le cœur ne cède pas.
Sauf que là, ce n'est plus depuis son seul centre (dont le cercle est partout mais la circonférence nulle part visible) qu'il cause.
Non, non, non, non.
Il accomplit à sa manière l’indispensable élargissement de perspective que Manchette avait tenté de mener à bien avec le cycle des Gens du mauvais temps, que cette vacharde de camarde l’a empêché de réaliser et dont il a seulement pu quasi boucler le premier volume, La princesse du sang.
Tristan Manchette, alias Dough Headline, l’explique très bien dans sa préface à ce roman posthume : après La position du tireur couché, dont l’accouchement en feuilleton dans Hara-Kiri avait déjà coûté de colossaux efforts à son père qui commençait à en avoir sa claque d’examiner au scalpel notre petite France, Manchette n’a plus pu, mais alors plus pu du tout : la voie de garage une fois atteinte, fallait couper le contact. Mais contrairement aux solutions-miracles que fait miroiter cette saloperie de mirage capitaliste, là, pas de reconversion en perspective : il était perdu.
Complètement largué, ce géant de la littérature.
Que faire ? (bien qu'il ne fut franchement pas le pote à Lénine…)
Enfin, plutôt : sur quoi écrire ?
Car question activités et occasions de frappadinguer sa machine à écrire, ça manquait pas trop : traductions, adaptations, scénarios, éditeur de collection, rédacteur en chef, chroniqueur pour diverses revues, et j’en passe, ça prend du temps tout ça.
Mais l’important, tout de même, c’est de parvenir à exprimer le jus de son cœur, ce qu’il faisait depuis L’affaire N’Gustro jusqu’au moment où, douze ans plus tard, il s’est aperçu que c’était l’impasse, qu’il avait tout dit sur la France de son temps.
Alors, hourrah, il est retombé sur Ross Thomas, pour qui au début il avait pas franchement la plus haute estime.
Mais Les faisans des îles, ça l’a bien botté, et du coup voyons, voyons… mouais, ça pourrait valoir le coup, de retracer toute l’histoire du monde depuis Yalta, mais du point de vue de Jean-Patrick Manchette.
Et allez zou, c’est parti pour la tétralogie des Gens du mauvais temps, autour de la silhouette d’Ivy Pearl, si tu veux le point de vue d’un vrai situ pas pro sur toute cette époque d’exponentialisation spectaculaire du capitalisme enfin débarrassé de toute entrave (fascisme, nazisme, bolchévisme), assoiffé de s’effréner et qui menait évidemment droit direct au néo-libéralisme de Thatcher/Reagan/Mitterrand.
Quatre décennies, ça a duré, la mise en place bien ferrée du nouvel esclavage des pauvres et l’édifiant accroissement de la richesse des riches, malgré les (ou peut-être « grâce aux » ? va savoir, c’est compliqué de penser mondialement) deux « crises » (hi, hi !) de 1973 et 1978.
Et voilà où nous en sommes maintenant.
Et Grégoire Bouillier, toutes choses égales par ailleurs, réitère la révolution copernicienne que Manchette n’avait hélas pu qu’esquisser.
Après n’avoir si judicieusement expliqué le monde que par l’œil de son expérience vécue personnellement son expérience à lui c’était sa vie la sienne, il nous expliquait patiemment comment lui comprenait le monde tel qu’il le percevait le gars-là qu’était comme Perceval le Gallois dans sa quête de ce Graal qu’est tout bêtement la vérité des choses, hé ben voici qu’une émission de radio ouïe en 1985 qui lui titillait depuis trente-cinq ans le ciboulot fait qu’il se met à chercher comme un chien fou dans la nuit des trucs qu’il ne maîtrise aucunement mais qu’il veut absolument comprendre, et donc voilà que déboule aujourd’hui un somptueux Chateaubriand dont chaque page nous ouvre un peu plus les yeux sur notre propre cécité, sans compter que les pommes soufflées et la sauce béarnaise sont offertes en sus mais c’est juste histoire de mieux nous remettre les idées en place, de réapprendre à respirer, de se souvenir que ouais, c’est pas bête de réfléchir, de réfléchir à chaque instant à tout ce qui se passe.
C’est certes fatigant, mais c’est vachement jouissif, ça vaut le coup, vraiment.
Spinoza y insiste grave à la fin de l’Éthique : « tout ce qui est beau est difficile autant que rare ».
« Je pense, donc je suis », disait l’autre : là c’est Bouillier qui pense, et à le lire nous saisissons que nous sommes — ou plutôt, que si nous aussi nous faisons l’effort de penser, nous serons moins des bêtes de somme
.
Et pour commencer à ce faire, le plus simple est de l'écouter causer au micro de Romain de Becdelièvre dans Affaires culturelles mercredi 2 novembre :






















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