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vendredi 28 février 2014

Ecce homo…



C'est l'ami Laurent Duval qui m'a fait remarquer la chose : le yack n'est au fond qu'une variété de bœuf, et… qu'y avait-il dans la crèche de Bethléem, hein ?
Entre autres, selon la vulgate, un âne et un bœuf… Ce qui nous donne donc :

Ecce homo : âne, yack
— tel fut celui qui était appelé à régner.

Donc une sorte de Weaver, au final, comme le développait naguère amplement l'ami Guetch en un triptyque — presque un retable — (ici, là et là) dont le premier volet préfigurait déjà ce billet-ci, du moins si l'on s'en tient à ces vers :

R’v’nons à Li et son œilleton :
En Français « Judas »,
Du nom d’çui qu’encuda
Le Jésus-Christ, à ç’que dit-on…

mercredi 7 mars 2012

Polémique : vil tort ?


De A en O, sans même penser à Barnabooth, le présent blogue ne fut au départ rien d'autre qu'une blague.
Une farce de potache, née d'une intéressante (ou futile, au choix) discussion entre commentateurs d'un défunt site, à propos de la retraduction par Gérard de Chergé du roman de Fredric Brown, La fille de nulle part, pour Rivages-Noir, en 2008.
Une révision, plutôt, puisque c'est le même excellent de Chergé qui avait pour la première fois traduit The Far Cry [1951] près de trente ans auparavant, à la demande du même excellent éditeur, François Guérif, qui dirigeait alors chez PAC la collection "Red Label", hélas vite faillie.
La discussion chez Les Moissonneuses, en septembre 2008, portait sur une comparaison entre les qualités respectives des deux traductions de Gérard de Chergé, et hormis les interventions de Jenny Suarez-Ames nous ne fûmes que deux à nourrir le feu : moi-même et un certain "Lexomaniaque", qui nous écharpions sous divers pseudonymes sur le sens itératif (ou non) du verbe "remplir".
Comme je n'arrivais pas à l'emporter dans cette discussion, j'ai fini par créer ce blogue au nom risible, où  ledit "Lexomaniaque" est d'ailleurs un jour intervenu, et toujours à propos de traduction (mais du latin, cette fois).

Gérard de Chergé avait traduit ainsi le premier paragraphe du roman en 1979 :
Les yeux emplis d'une terreur soudaine, Jenny recula devant le couteau, sa main cherchant à tâtons derrière elle le bouton de la porte de la cuisine. Elle était trop effrayée pour hurler ; il n'y avait d'ailleurs personne pour l'entendre. Personne, à part l'homme qui venait vers elle avec le couteau — et cet homme était fou, il devait être fou. Sa main se referma sur le bouton, le tourna. La porte s'ouvrit sur les ténèbres et Jenny s'élança dans la nuit en courant. La mort se lança à sa poursuite.

Et en 2008, il révise légèrement de la façon suivante :
Les yeux remplis d'une terreur soudaine, Jenny recula devant le couteau, sa main cherchant à tâtons derrière elle le bouton de la porte de la cuisine. Elle était trop effrayée pour hurler ; d'ailleurs, il n'y avait personne pour l'entendre. Personne, à part l'homme qui venait vers elle avec le couteau — et cet homme était fou, il devait être fou. Sa main agrippa le bouton, le tourna. La porte s'ouvrit sur les ténèbres et Jenny s'élança dans la nuit. La Mort se jeta à sa poursuite.

Il se trouve que l'amie Adria Cheno, bibliomaniaque s'il en est, a récemment découvert Fredric Brown et qu'elle vient de lui rendre hommage sur son blogue en renvoyant à un site américain où l'on peut lire les incipit de la plupart de ses romans, dont The Far Cry :
Sudden terror in her eyes, Jenny backed away from the knife, her hand groping behind her for the knob of the kitchen door.

Grâce à quoi j'ai enfin trouvé le texte original de l'ouverture du roman, ici (quelque peu corrigé) :
Sudden terror in her eyes, Jenny backed away from the knife, her hand groping behind her for the knob of the kitchen door. She was too frightened to scream and anyway there was no one to hear, no one but the man who came toward her with the knife — and he was mad, he must be mad. Her hand found the knob and turned it ; the door swung outward into the night and she whirled through it, running. Death ran after her.

Bon, on va enfin pouvoir se mettre à bosser sérieusement.
Mais c'est Mickey qui a gagné.

mercredi 3 juin 2009

Un écrivain conséquent (« paranoïaque », diraient d’autres) se soucie de la traduction de son œuvre

La plus grande difficulté consiste en ceci : ce livre contient, certes, bon nombre d’informations qu’il faut exactement traduire. Mais il n’est pas essentiellement affaire d’information. Pour l’essentiel, son information réside dans la manière même dont elle est dite.

Chaque fois, et c’est très fréquent, qu’un mot, ou qu’une phrase, a deux sens possibles, il faudra reconnaître et maintenir les deux ; car la phrase doit être comprise comme entièrement véridique aux deux sens. Cela signifie également, pour l’ensemble du discours : la totalité des sens possibles est sa seule vérité. […]

Il n’est en tout cas pas possible de conclure actuellement sur ce que pourra être le sens total et définitif de cet ouvrage : ceci reste justement en suspens, puisqu’il ne s’agit que du tome premier. La fin de ce livre se trouve projetée hors de lui.

Ce glissement continuel du sens, qui est plus ou moins manifeste dans chacune de ses phrases, est également présent dans le mouvement général du livre entier. C’est ainsi que la question du langage est traitée à travers la stratégie (chapitre I) ; les passions de l’amour à travers la criminalité (chapitre II) ; le passage du temps à travers l’alcoolisme (chapitre III) ; l’attirance des lieux à travers leur destruction (chapitre IV) ; l’attachement à la subversion à travers le contre-coup policier qu’elle entraîne continuellement (chapitre V) ; le vieillissement à travers le monde de la guerre (chapitre VI) ; la décadence à travers le développement économique (chapitre VII).

On peut citer particulièrement en exemple une phrase page 1668 : « Entre la rue du Four et la rue de Buci, où notre jeunesse s’est si complètement perdue, en buvant quelques verres, on pouvait sentir avec certitude que nous ne ferions jamais rien de mieux. » Que signifie exactement cette phrase ? Elle signifie tout ce qu’il est possible d’y mettre. Au mépris de la bonne règle classique, cette apposition : « en buvant quelques verres », doit pouvoir être rattachée, et là comme un euphémisme, à la phrase précédente ; mais elle doit aussi être rattachée à la phrase qui la suit, et alors elle fait figure d’observation exacte et instantanée. Mais en outre le sujet représenté par le « on » peut être également compris comme étant un observateur extérieur (et dans ce cas pleinement désapprobateur), et comme étant le jugement subjectif de cette jeunesse (et dans ce cas exprimant une satisfaction philosophiquement ou cyniquement lucide). Tout est vrai, il ne faut rien en retrancher.

Guy Debord, « Sur les difficultés de la traduction de Panégyrique » (novembre 1989), in Œuvres, Gallimard,
coll. « Quarto », 2006, pp. 1686-1687.

mardi 3 février 2009

On nomme ? (À toper…)

Nous avons remarqué que certains mots de la langue française se présentent, en leur simple énonciation, comme des sortes d'auto-définitions, de par le seul jeu pervers des phonèmes, et bien loin de leur étymologie d'origine. Du moins leur propre son n'est-il pas sans rapport avec leur sens… Quelques exemples.
Il n'est pas aberrant de penser que l'absorption d'un emménagogue puisse effectivement vous conduire à brève échéance dans des lieux d'aisances.
La plante rachitique nommée amélanchier a bel et bien quelque chose de masochiste, pour s'entêter ainsi à pousser sur d'aussi pauvres terrains.
Le saprophyte, quant à lui, tire parti sans vergogne du milieu qu'il a investi.
La liste n'est pas close, mais nous ne connaissons pas le nom d'un tel phénomène linguistique — nom qui devrait bien entendu en évoquer bizarrement la définition…

mercredi 28 janvier 2009

Le poussah moribond secoue la laine


On a retrouvé ce manuscrit gribouillé, manifestement interpolé, amputé de sa fin et comportant des passages illisibles. Nous nous sommes efforcés d'en éclaircir les passages les plus obscurs par des notes en italiques placées entre crochets.


L'ŒUF POND, MI-RABOT

Saoule (ponds !), on mira beaucoup le lacet (nœud).
Haine aux âmes, mourre*
(faute : il —
kill ! — ment !). Sous Vienne,
L’âge où (hâve, nette)… où jouera âpre (elle happait nœuds),
Vit. Et ne […] l'âne ouï sot ! Ne le re-
Laie ! Ai-je ours en vos jeux de (meurs !)
Laids ? Aime Inde en les min(raies)ces thons fats. Ça f… ! Ah, ce
Temps, dis ! Qu’eux saoulent P. ! Onde, nobre [? impossible de corriger cette coquille, dans l’ignorance où nous sommes de l’intention de l’auteur : s’agit-il de noble, ou de sobre ?] appât, ce
Dais est terne. Elle regare, longs, deux cils à ce
Vit (et nœud). L’âne, oui, s’aune [se mesure à l’aune]. Leur
Lait joue, R. sans von [en effet, le Prussien R. était roturier] : jeu de mœurs.
L’âme — ours en Wacom — me sait toc ou rente,
La moue r’ssent. Bah ! Qu’aux (meuh !) lavis elle hante
Écots. Homme, laisse Père en Séville aux lentes.

Reliqua desiderantur

* «La mourre jeu du nombre illusoire des doigts» (Apoll.), nous apprend le Petit Robert.

samedi 10 janvier 2009

Grande sœur dure à son heure

Je me dois de tirer un chapeau, voire une casquette, au blogue des Moissonneuses, qui outre le fait — bien à leur insu — de m'avoir incité à sortir de ma boutique tapie dans l'ombre, m'ont contraint à m'initier aux arcanes mortifères de Blogger. Leur nom rend hommage au deuxième roman de Dashiell Hammett, The Red Harvest. Le polar, c'est noir, le communisme; c'est rouge; en associant les deux, on obtient bizarrement les couleurs de l'anarchisme — pas vraiment leur tasse de thé, d'ailleurs. Remerciement particulier à l'un des scrupuleux commentateurs de certain billet naguère publié là-bas, détonateur à son insu de mon extraction. Et remerciements dérivés à Julien, sans lequel rien de tout ceci ne serait arrivé, à son insu le plus complet, bien évidemment. N'est-ce pas, Jenny ?