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Décidément, qu'est-ce qu'on se marre, avec Nicolas Stoufflet ! Encore une une coïncidence amusante lors du Jeu des mille euros tout à l'heure, c'est entre la première et la deuxième question bleue, à partir de 3 min 30 s :
Du coup j'ai ajouté un addendum à ce billet, qui causait aussi, incidemment, de ce jeu radiophonique.
Ouf, avec ma petite cervelle en panique amère et mes dix doigts dou-dou-di-da, j'ai fini par le retrouver, ce foutu passage turlupinant (grrmbll !) intégré dans le morceau des Troublemakers, qui lui-même sert (pas si elle ment) de générique à l'émission « Les pieds sur terre » qui voici vingt ans avait toutes ses dents et causait un peu plus de solution de tous les rêves !
C'est dans La naissance de l'amour, de Philippe Garrel en 1993, à partir de 25'10''.
Philippe Garrel, à qui France Culture avait consacré jadis un splendide Atelier de Création Radiophonique — le dimanche 7 mai 1989, pour être exact. C'était le temps béni (bénite ? — oh, les muses au lit nient !*) où Franz Khü était réellement une station de culture radiophonique, et non comme désormais un simple relais de l'actualité soi-disant culturelle (ou « culturil », allez savoir : je m'y perds un chouïa, avec toutes ces histoire de « ouoque » et d'écriture inclusive — d'écritur inclusif ?). Coïncidence : on a pu réentendre cet ACR hier soir, de 00h19 à 02h19, mais c'est présentement pas disponible tel quel à la réécoute (encore une fois, allez savoir pourquoi ! même si ici c'est pas franchement un souci…) (Note du 5 octobre : ah si, enfin, ça y est : ici).
Il y aura toujours des fous et des cons pour les suivre et des sages pour ne rien faire
Il faudrait être fou, pour provoquer l'avenir !
* Aucun rapport avec l'actualité politicienne transalpine — à chier, par quoi y arrivait le général.
Rien certes de divin dans cette histoire pour l'ami Wroblewski, tout aussi indécrottablement athée que ma pomme, mais il conviendra tout de même que la coïncidence est assez stupéfiante, lui qui voici pile trois ans reçut un chèque de 45 € pour avoir posté une question banco au sujet de l'incipit de Tristes tropiques qui laissa cois les candidats : il sait que les questions arrivent en nombre aux sélectionneurs du Jeu des mille euros, qui trient celles qu'ils ont retenues selon leur niveau estimé de difficulté, et qu'une brassée sous enveloppes anonymes est confiée pour la semaine à l'animateur Nicolas Stoufflet, qui lui-même en présente pour chaque niveau de questions une dizaine aux candidats, parmi quoi ceux-ci piochent au hasard.
Bref, ça s'est passé dans l'émission diffusée avant-hier, lundi 6 juin, où une certaine Divina Cabo tentait sa chance, au moment de la troisième question bleue — et là c'est l'animateur qui en est resté coi :
(Soit dit en passant, c'est devenu sacrément galère de rapatrier le lecteur embarqué depuis quelques semaines : le tout nouveau tout beau site de Radio France étant d'une impéritie mammouthesque, il n'y a plus de bouton dédié à l'exportation des émissions : voici qu'il faut de nouveau jouer les acrobates du HTML ! L'astuce consiste à repérer dans le code-source de la page de l'émission le terme « diffusionId », de récupérer le charabia de lettres et chiffres qui suit puis d'insérer celui-ci à la place idoine dans le bloc de code de l'ancien lecteur — qui n'est évidemment pas le même pour France Cul et pour France Inter, ce serait trop simple !)
C'est bien sûr le titre de la dernière comédie de Bruno Podalydès, réjouissante dans sa critique des modernes conditions du travail et du sabir infect que l'on est tenu d'y jacter.
Il se trouve que j'ai eu l'occasion de voir ce film une semaine avant sa sortie (retardée d'un an) au festival d'Alès, en présence du réalisateur. Le tournage ayant eu lieu en 2019, avant l'irruption de la pandémie, celui-ci était assez atterré de constater que ce qu'il envisageait alors comme de l'anticipation à moyen terme (la généralisation du télé-travail et l'exigence de disponibilité H-24 des employés) relevait désormais du quotidien le plus courant.
Bruno Podalydès m'a fort obligeamment fourni l'explication, qui est en réalité bête comme chou — ou plutôt comme kropow, dirait Mark Rosenfelder.
Lors des repérages pour Dieu seul me voit, l'équipe du film avait bel et bien trouvé un vestibule qui correspondait au décor du Sceptre d'Ottokar (p. 5, quatrième case), à ceci près que sa disposition était inverse par rapport à l'album d'Hergé. Qu'à cela ne tienne, s'était dit le réalisateur, il suffit d'apposer sur la porte le mot TOILETTE en miroir et de procéder ensuite à l'inversion de cette brève séquence au laboratoire.
Sauf que c'était là son premier long-métrage, et qu'en ces temps préhistoriques où tout se faisait sur celluloïd le coût de ce procédé d'inversion d'images dépassait par trop le budget alloué.
Podalydès s'est donc résolu à laisser la séquence telle quelle, d'où la bizarrerie de cette inscription en miroir (d'autant plus étrange, certes, pour les spectateurs qui ne connaissent pas l'album de Tintin !)
Dix ans plus tard, en 2008, Podalydès était devenu un cinéaste amplement reconnu et l'inversion numérique ne posait aucun problème, donc il a pu aisément rétablir la séquence telle qu'il l'avait toujours imaginée.
Donc Les deux Alfred, aujourd'hui, c'est évidemment un film.
Mais pas pour moi.
Pas pour nous, les férus de Jean Douassot et de Fred Deux, pas pour nous, les entichés des bandes magiques !
Les deux Alfred, pour nous, c'est évidemment les deux Alfred Deux, Alfred père et fils : Alfred Gaston Eugène Deux et Alfred Jean Lucien DEUX, « né de mère inconnue » (sic !)
Il y a aussi l'oncle, bien sûr, suicidé en 1937 alors que Fred avait 13 ans, sauf qu'en réalité l'oncle ne se prénommait pas Alfred mais Édouard Albert Georges, comme nous l'apprend l'extraordinaire site de Tristan S. — sur lequel je compte bien revenir très prochainement.
« On faisait bien un clan. Le père avait raison tout à l’heure. Les trois Alfred. Et, pour la première fois, je me sentais un Alfred. Je sentais aussi que je n’avais rien de commun avec Alfred père et Alfred oncle, mais tout de même j’étais plutôt de leur côté que de celui de la mère. Un besoin de laid, de beau, de tout. De tout ce que le vieux acceptait, de ce qu’il refusait, de notre vie, cave, plaque, cousins, bec de gaz. Pas à dire, concluais-je, je suis un Alfred et c’est ce que la mère ne veut pas. »
Jean Douassot, La Gana, ch. XII, Julliard, 1958, p. 315
« Le père passe des boulots les plus crevants aux boulots les plus éreintants. Il débarque avec son habituel coup dans l’aile mais siffle ses airs. Alfred le siffleur, l’appelle-t-on maintenant. On s’arrête même pour l’écouter. Il jacasse et fait rire. Derrière nous, le grand jeu qui tourne. Chacun sa chance. Bonjour, Madame, et bonjour d’Alfred surtout. Des deux Alfred, des trois Alfred. De toute la famille des Alfred. Se réduisent à trois et se réduiront peut-être plus vite qu’on le pense à deux ou à zéro. »
ibid., ch. XIV, p. 381
Tout au long de son œuvre, Fred Deux revient inlassablement sur sa famille, « la famille des Alfred », mais la matrice fondamentale de cette œuvre est topographique : c'est une cave de Boulogne-Billancourt, au n°5 de la Chaussée du Pont, dans laquelle Fred vécut toute son enfance.
Il en fournit l'adresse précise au détour d'une phrase, à la fin de la plage 1 de la troisième cassette des bandes magiques, quand il rentre avec « Casquette » de leur périple vélocipèdique, à partir de 44'47" :
Cette cave, j'ai commencé à essayer de la retrouver voici dix-sept ans, en 2004. Ce jour-là, nada, j'étais reparti bredouille : j'ignorais alors que cette Chaussée du Pont avait été rebaptisée après-guerre… En 2017, Tristan ayant depuis conjugué ses efforts avec les miens pour retrouver l'immeuble, j'ai pu y pénétrer et prendre quelques photos.
Autre vestibule, autre escalier, mais il restait à pouvoir enfin entrer dans la cave, fouler ce sol et sa fameuse plaque d'égoût…
Et puis j'ai sympathisé avec Matthieu Chatellier, le réalisateur du splendide film sur Fred et Cécile, Voir ce que devient l'ombre, et Tristan a commencé à dévoiler sur son site les recherches paléontologiques qu'il accumule depuis des années, et nous avons décidé de retourner ensemble dans l'immeuble, cette fois pour le filmer minutieusement.
Nous y sommes allés tous les trois mardi 15 juin, à peine étions-nous entrés que nous sommes tombés sur l'actuelle locataire de la cave en rez-de-jardin, elle a accepté de nous recevoir, il suffisait d'attendre quelques jours…
Coïncidence ? Le film de Podalydès est sorti mercredi 16 juin, et deux jours plus tard nous entrions dans la cave des Alfred.
De dos, Matthieu filme Tristan en train de mesurer les dimensions de la pièce. (Le recoin d'où j'ai pris ce cliché n'existait pas à l'époque des Alfred : il s'agissait de la cave contiguë, annexée par la suite)
Sur place, Tristan reporte les cotes qu'il vient de mesurer sur le croquis de la cave qu'il avait ébauché d'après les récits de Fred
L'inverse (ou peut-être plutôt la contraposée, allez savoir) de « l'arrivée », ce n'est pas le départ, c'est plutôt le retour, le retour d'une baffe en plein dans la gueule que tu te prends au moment où tu ne t'y attends pas du tout.
Une baffe ? Disons plutôt une baffle, dont la tonitruance t'explose directement dans tes oreilles les tiennes (pour paraphraser Grégoire Bouillier, dont je dévore en ce moment Le Dossier M).
Voilà qu'on me propose de picorer cette semaine dans un festival de cinéma qui présente nombre d'excellents films, pour la plupart méconnus (de moi), et voilà-t-y pas qu'en y allant ,
(gaspe ! Jodorowsky's Dune, presque aussi introuvable que le film dément qui n'a jamais été réalisé – manquaient juste 5 M $ sur 15 – malgré toute l'équipe réunie : Mœbius, Christopher Foss, Dan O'Bannon, Dali, Mick Jagger, Orson Welles, etc.),
quand j'y débarque ingénument, innocemment, tous yeux toutes ouïes, je découvre que les deux invités d'honneur à qui ce festival consacrait une rétrospective étaient respectivement,
l'un, mon ex-beau-père,
et l'autre, mon ex-employeur.
Quant à l'illustrateur de l'affiche du festival – à qui rend hommage une exposition dans le musée local –, j'ai habité en face de chez lui douze années durant, je le croisais chaque jour lorsqu'i sortait son chien. Nous avons chacun déménagé depuis (lui plus à l'ouest, moi plus à l'est).
Cela arrive, certes, mais ça peut laisser songeur, comme on dit.
Toujours on nage dans la réalité mais on n'y est pas maître-nageur, tout au mieux maître-songeur.
Et encore, même pas sûr.
Seulement peut-être lorsqu'on peut jouir, au moment du fragile réveil, de la réalité indicible de ses rêves.
Mais là, en ces circonstances (Sire, qu'on se tance !) pas de songe, pas de rêve, juste la réalité brute, des faits, RIEN QUE DES FAITS !
(hem, désolé, encore l'influence de Grégoire Bouillier) Les trois créateurs auxquels ce festival rend hommage n'ont jamais eu aucun rapport entre eux mais ils sont directement liés à ma propre histoire personnelle, et c'est un fait, C'EST UN FAIT HISTORIQUE, c'est fait exprès ?
D'accord, okay, certes, oui, bien sûr, les coïncidences véritables ont toujours quelque chose de personnel, on pense être le seul à pouvoir les appréhender pleinement, dans toute leur puissance époustouflante, mais quand même, quand on s'aperçoit qu'un foutu festival de cinoche s'adresse DIRECTEMENT À VOUS, vous a pris pour cœur de cible, qu'un putain de festival de cinéma VOUS VISE DIRECTEMENT, vous, George WF Weaver (mais pourquoi, nondidjiou, POURQUOI MOI ?), ça fait bizarre, croyez-moi.
Croyez-moi.
(mais pourquoi ?)
La seule chose à laquelle il n'est pas complètement débile de croire, c'est au hasard. Alors ainsi ballotté,kant est-ce qu'on peut s'orienter dans la pensée ? Quand on sent la pierre de touche de la vérité ?
Dans ce qui est actuellement appelé « le procès Tarnac », la journée d'hier — lundi 26 mars 2018 — fut essentiellement consacrée à l'étude des scellés issus des perquisitions effectuées le mardi 11 novembre 2008 lors de la fameuse (mais guère fructueuse) « Opération Taïga ».
Ce jour-là la « bibliothèque partisane » de Tarnac fut délestée de nombre de livres n'ayant de rapport avec l'émeute, le chaos ou la subversion que par leur titre — tel Le principe d'anarchie. Heidegger et la question de l'agir, de Reiner Schürmann, ouvrage assez introuvable à l'époque et que les enquêteurs ont à la réflexion sans doute préféré revendre sur Amazon plutôt que de le verser dans la procédure.
Et ce même jour, à 500 km plus au nord, d'autres policiers sagaces tout aussi avisés de l'objet de leurs investigations ont saisi dans une maison de Rouen un DVD gravé intitulé Le grand détournement, qui ne traite en rien de sabotage* ni de ralentissement des flux ou de déviations inopinées mais qui quant à lui reste conservé dans les scellés (et demeure un judicieux film de montage).
Puisque la notion même de « détournement » semble à ce point suspecte aux yeux de la SDAT, de la police, de la justice, comment ne pas s'étonner de cet étendard publicitaire apposé aujourd'hui même sur la façade du palais de justice de Paris ?
* À propos de sabotage, on a appris ce matin que le spécialiste en caténaires de la SNCF, venu témoigner ce matin, demeurait à Clichy-sous-bois allée des Sabotiers.
Jusqu'au 5 mars 2018, la Bibliothèque Publique d'Information du centre Beaubourg consacre une exposition à Jean Echenoz, assaisonnée de quelques fioritures autour de son œuvre.
Naturellement, France Culture a consacré plusieurs émissions à cet événement, la plus intéressante à mon sens étant celle de Marie Richeux mercredi 13 décembre (annoncée pour la veille, mais bah ! qui s'en soucie ?) :
Dans le cadre de cet entretien, un livre saute aux yeux dans la bibliothèque d'Echenoz derrière Berthomieu, peu après Moby Dick de Melville (lui-même au-dessus d'Ada ou l'ardeur de Nabokov : on devine le classement alphabétique) : L'instinct de mort, de Jacques Mesrine, dans son édition originale chez Jean-Claude Lattès.
Et c'est là qu'une coïncidence s'établit comme pure évidence pour moi, qui — après avoir tout avalé d'Echenoz mais pas repu pour autant, babines toujours aussi ruisselantes — me suis mis à me délecter de l'un de ses proches (et pas qu'en littérature) : Jean Rolin.
Jean Rolin (dont la lecture semblerait peut-être certes plus laborieuse au premier abord, tellement impérieusement descriptive, mais sur laquelle on s'arqueboute tant elle est en sus jouissive d'autant), Jean Rolin qu'on entend d'ailleurs dans l'émission de Marie Richeux susmentionnée, virtuellement aux côtés de Manchette ; Jean Rolin qui écrit dans La Clôture, roman publié en 2002 chez P.O.L., pp. 25-26 :
La porte de Clignancourt marque une première rupture dans le paysage du boulevard Ney, caractérisé jusque-là par un habitat très dense, tandis que désormais les trous dans le tissu urbain vont s'élargir et se multiplier. Au-delà de Clignancourt, le boulevard est bordé côté sud, en contrebas de la chaussée, par la tranchée du chemin de fer de ceinture. Parallèle à cette tranchée et la surplombant de plusieurs mètres, la rue Belliard présente dans sa première partie un alignement d'immeubles disparates, dont le plus luxueux, ou du moins le plus bourgeois, accueillit Jacques Mesrine et sa compagne Sylvie Jeanjaquot dans les derniers temps de leur cavale : c'est quelques minutes après avoir quitté cet immeuble, le 2 novembre 1979, au volant d'une BMW 528 de couleur gris-brun métallisé, que Mesrine devait trouver la mort porte de Clignancourt, à l'angle du boulevard Ney, criblé d'une vingtaine de projectiles par les hommes du commissaire Broussard.
Extrait d'un JT du 2 novembre 1979 (désolé pour le démarrage intempestif, que je ne parviens pas à sucrer)
N'est-elle pas touchante, la façon dont ces misérables témoins exultent de participer médiatiquement à cet assassinat ?
Tous chantent, oui.
Puisque le nom « Belliard » évoque donc depuis ce jour de lynchage sans sommation celui de Mesrine, et puisque Echenoz a choisi de nommer « Béliard » le douteux diablotin qui innerve deux de ses romans (Les grandes blondes et Au piano — mais j'espère bien y revenir un jour), quoi de plus normal, après tout, qu'on aperçoive un souvenir de Jacques Mesrine dans la bibliothèque de Jean Echenoz ?
Le maître avait connu intimement le célèbre voyageur Echenoz, qui lors d'une expédition africaine remontant à sa prime jeunesse était allé jusqu'à Tombouctou.
S'étant pénétré, avant le départ, de la complète bibliographie des régions qui l'attiraient, Echenoz avait lu plusieurs fois certaine relation du théologien arabe Ibn Batouta, considéré comme le plus grand explorateur du XIVe siècle après Marco Polo.
C'est à la fin de sa vie, féconde en mémorables découvertes géographiques, alors qu'il eût pu à bon droit goûter dans le repos la plénitude de sa gloire, qu'Ibn Batouta avait tenté une fois encore une reconnaissance lointaine et vu l'énigmatique Tombouctou.
Durant sa lecture Echenoz avait remarqué entre tous l'épisode suivant.
Quand Ibn Batouta entra seul à Tombouctou, une silencieuse consternation pesait sur la ville.
Le trône appartenait alors à une femme, la reine Duhl-Séroul, qui, a peine âgée de vingt ans, n'avait pas encore choisi d'époux.
Duhl-Séroul souffrait parfois de terribles crises d'aménorrhée, d'où résultait une congestion qui, atteignant le cerveau, provoquait des accès de folie furieuse.
Ces troubles causaient de graves préjudices aux naturels, vu le pouvoir absolu dont disposait la reine, prompte dès lors à distribuer des ordres insensés, en multipliant sans motif les condamnations capitales.
[…]
Tel était dans l'exposé d'Ibn Batouta le passage favori de l'explorateur Echenoz, qui, une fois à Tombouctou, s'enquit du Fédéral.
Une scission survenue entre les tribus solidaires l'ayant privé de toute signification, le fétiche, banni de la place publique et relégué comme simple curiosité parmi les reliques d'un temple, avait depuis longtemps sombré dans l'oubli.
Echenoz voulut le voir. Dans la main de l'enfant, intact et souriant, se dressait encore la fameuse plante, qui, maintenant sèche et rabougrie, avait jadis — l'explorateur réussit à l'apprendre — conjuré pendant plusieurs années, jusqu'à produire une complète guérison, chaque nouvelle crise de Duhl-Séroul. Possédant sur la botanique les notions qu'exigeait sa profession, Echenoz reconnut en l'antique débris horticole un pied d'artemisia maritima — et se rappela qu'absorbées en quantité minime, sous la forme d'un médicament jaunâtre nommé semen-contra, les fleurs séchées de cette radiée constituent, en effet, un très actif emménagogue. Pris à une source unique et pauvre, c'est justement à faible dose que le remède avait toujours agi sur Duhl Séroul.
Pensant que le Fédéral, vu son présent délaissement, pouvait être acquis, Echenoz offrit un large prix aussitôt accepté — puis rapporta en Europe la singulière statue, dont l'historique éveilla fort l'attention de Canterel.
Raymond Roussel, Locus solus, chapitre premier, passim
Rare exemple de préfiguration d'un mouvement politico-artistique bien connu des habitués de ce blogue foutraque, ce « Roman de Contre-Espionnage » achevé d'imprimé le 30 novembre 1952 — concomitamment à la fondation de l'Internationale Lettriste — sur les presses de l'imprimerie « Les petits-fils de Léonard Danel » (sic) à Loos-lez-Lille.
On remarque en couverture Guy D. rampant désespérément vers la tête d'Alice B.-H. sous le regard effaré de Michèle B.
Le récit de l'organisation des Etats-Généraux, c'était ici, celui de la cohabitation avec Henri là, l'histoire avec la petite Cati ici, celle avec Hélène là et celle avec Elodie là.
Quant au Cartel del Barrio, on peut en écouter quelques morceaux ici.
J'en profite pour signaler qu'actuellement DivChère pédale complètement dans la choucroute, au point que la plupart des fichiers que j'ai mis à disposition ici ne sont plus audibles pour l'instant, pas plus pour moi que pour les malades qui suivent ce blogue. Ceux du coffret A vif, par exemple, ce qui m'énerve pas mal -- mais heureusement le reste de l'autobiographie sonore de Fred Deux est toujours disponible.
Du coup, j'ai dû me rabattre momentanément chez SoundCloud, désolé.
On a raconté, naguère, comment par impastrouffable improbabilité je m'étais retrouvé dans la bibliothèque personnelle de cet « ami présomptueux », comme disait Michel Fardoulis-Lagrange.
Je savais que la principale protagoniste du beau film haché (et pour cause !) de Jean Renoir, Une partie de campagne, Sylvia Bataille, était à l'époque la femme de Georges, mais j'ignorais jusqu'aujourd'hui que celui-ci avait participé en tant que figurant au film, en séminariste, tout comme Cartier-Bresson : grand merci à l'éditeur singulier pour ce scoop repêché de plus de quatre-vingts ans !
Hasard des choses : il se trouve que l'invitée de Goumarre est Dominique Reymond, qui fut révélée au cinéma par Y aura-t-il de la neige à Noël ?, premier film (et hélas seul succès public) de Sandrine Veysset qui elle-même ne fut justement pas pour peu, voici bien longtemps, dans la genèse musicale du jeune Cheval…
(Hé, dis, Henri, ça vient, ces numérisations des Free Martin ?)