Chaque fois que j’écris en dehors, il me vient à l’esprit que ce n’est que fort récemment que j’ai appris l’absence de trait d’union entre ces deux mots, et aussi que c’est faux, comme une sensation qu’on sait pernicieuse de déjà-vu; et pourquoi ça me fait si bizarre, comme un fait frappant, le fait que dedans en dehors il n’y a rien, en dehors rien ? Il en sourd une sorte de vertige hypnotique, qui vite endort toute la réalité sous une absence-avalanche : l’orthographe est si implacable (et impalpable) qu’à l’intérieur de ce qui désigne l’extérieur il n’y a pas place pour le moindre signe, pas même pour un très fin trait — qui peut-être serait senti comme traître par l’expression, parce que rien ne peut venir réellement unir deux mots externes qui liés n’ont de sens que pour celui qui les emploie du dedans, bien au chaud dans son langage comme la langue dans la bouche, langue qui lie les aliments qui n’ont pourtant en vrai rien de commun que d’être liés dans la saveur par celui qui les avale — ou qui les goûte. Ça me dégoûte, et je voudrais pouvoir devenir un végétarien du langage — où je végète à rien.18 novembre 1995
