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mercredi 10 avril 2024

Le complotisme est-il un humanisme ?

Autrement dit : est-il humain de se mettre à envisager qu'on est manipulé — à des fins secrètes, évidemment — par des fomenteurs (faux menteurs ?) tapis dans l'ombre, voire occultes ? (« au culte occulte, aucune hésitation ! », répondent tac au tac certains mous du bulbe…)

On s'endort un soir après avoir regardé pour la énième fois le Matrix des Wachowski.

À bien y réfléchir après coup et toutes choses égales par ailleurs bien pesées, ce patronyme ne semble pas avoir été choisi selon la pure blancheur candide du lin de l'innocence : « Watch of sky » (« Gaffe au ciel… »)

Là, on se souvient d'une ancienne antienne (car y'en a qui croivent au Ciel…), écrite par ce génie-crevard d'Aragon et mise en musique par La Tordue, et puis les yeux font flip-flop et on sombre dans le sommeil.


Bref, on se réveille le matin, café-clope malgré le crabe qui galope et puis la douche, on se pomponne devant le miroir et alors là, gaspos ! on remarque un truc super-bizarre qui est apparu au niveau de la clavicule droite :

Glups, aiuto ! qu'est-ce que c'est ce bordel ? On part en vrille illico en repensant à l'implantation du cafard-mouchard dans Matrix…

On tente de se rasséréner, on songe à cette vieille blague où un gars à l'air inquiet explique au toubib qui lui demande ce qui l'amène :
« Docteur, je suis à peu près certain que mon épouse glisse dans mon assiette une substance qui rend paranoïaque… »
Et puis je remarque la petite cicatrice au-dessus de la nodosité et alors là, BLAM ! l'évidence cartésienne s'impose, inéluctable : ON m'a trafiqué le corps en douce dans les bras de Morphée !
Qui, et dans quel but ?

mardi 18 juillet 2023

De l'asservissement volontaire par pusillanimité

On se demande quel diabolique révolutionnaire maléfiquement séditieux a bien pu écrire ces lignes en 1784, deux cents ans avant l'avènement supputé par Orwell en 1948 :

« [1] Accéder aux Lumières consiste pour l'homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Être mineur, c'est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction d'un autre. L'homme est par sa propre faute dans cet état de minorité quand ce n'est pas le manque d'entendement qui en est la cause mais le manque de décision et de courage à se servir de son entendement sans la direction d'un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières.

[2] La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu'un aussi grand nombre d'hommes préfèrent rester mineurs leur vie durant, longtemps après que la nature les a affranchis de toute direction étrangère (naturaliter majores [naturellement majeurs]) ; et ces mêmes causes font qu'il devient si facile à d'autres de se prétendre leurs tuteurs. Il est si aisé d'être mineur ! Avec un livre qui tient lieu d'entendement, un directeur de conscience qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge pour moi de mon régime, etc., je n'ai vraiment pas besoin de me donner moi-même de la peine. Il ne m'est pas nécessaire de penser, pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien pour moi de cette ennuyeuse besogne. Les tuteurs, qui se sont très aimablement chargés d'exercer sur eux leur haute direction, ne manquent pas de faire que les hommes, de loin les plus nombreux (avec le beau sexe tout entier), tiennent pour très dangereux le pas vers la majorité, qui est déjà en lui-même pénible. Après avoir abêti leur bétail et avoir soigneusement pris garde de ne pas permettre à ces tranquilles créatures d'oser faire le moindre pas hors du chariot où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace si elles essaient de marcher seules. Or, ce danger n'est vraiment pas si grand, car elles finiraient bien par apprendre à marcher après quelques chutes ; seulement, un exemple de ce genre rend timide et dissuade ordinairement de faire d'autres essais.

[3] Il est donc difficile pour chaque homme pris individuellement de s'arracher à la minorité qui est presque devenue pour lui une nature. Il y a même pris goût et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu'on ne lui en a jamais laissé faire l'essai. Préceptes et formules, instruments mécaniques permettant un usage raisonnable ou plutôt un mauvais usage de ses dons naturels, sont les entraves qui perpétuent la minorité. Celui-là même qui les rejetterait ne franchirait le plus étroit fossé que d'un saut encore mal assuré, parce qu'il n'est pas habitué à une semblable liberté de mouvement. C'est pourquoi il n'y a que peu d'hommes qui soient parvenus à s'arracher à la minorité en exerçant eux-mêmes leur esprit et à marcher malgré tout d'un pas sûr ».

Étienne de la Boétie : Discours de la servitude volontaire
(lecture d’Alain Prote)
(trouvé ici)



samedi 21 janvier 2023

Orgasme, extase, sensation du sublime : aux cœur de la réalité


Entre Bergson et Bataille, Stéphane Madelrieux causait mardi 3 janvier sur France Khü des racines de la réalité, des expériences-limites qui donnent la sensation de toucher au cœur du réel : extase esthétique ou érotique, que sais-je ? en tout cas des instants qui fouettent la tronche, qui secouent vachte, ceux-là où on se sent salement vivant, Kant on frôle le noumène : c'était pas inintéressant.



Coïncidence : je venais de mater l'excellent film Réalité de Quentin Dupieux (2015), qui entre soi-disant « réalité » plan-plan, constructions de fictions cinématographiques et pur onirisme questionne justement les frontières floues du réel.




dimanche 22 février 2009

RATP et retape

Ayant récemment emprunté le métro parisien, je me suis fait tarabuster par ces phylactères joyeusement colorés (les couleurs de l'infamie) qui envahissent les vitres des rames (alors qu'on vous colle une amende dès qu'on vous prend à fixer le moindre autocollant), distribuant des ordres du genre :
1 seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne
Pour faciliter ma descente, je prépare ma sortie
Retenir les portes, c’est retenir le métro
Au signal sonore, je m’éloigne des portes
Le train a plusieurs portes, n’hésitez pas à les utiliser
They live !, de Carpenter, assené cette fois sans ambages.
En 1991, du temps de Mordicus, les phylactères (aux becquets orientables) que l'on pouvait apercevoir dans le métro — mais sur les affiches publicitaires murales — étaient autrement plus sympathiques : « En entrée comme au dessert, je bouffe du propriétaire », « Je suis pas allé bosser ce matin, j'irai pas demain : je lis Mordicus », se mettaient par exemple à proclamer les pantins tenant auparavant sur ces affiches le discours du maître. Et des mains amies ornaient les vitres de jolis autocollants : « Fantômas ? Non : la lutte des classes », « Fric et flics et taule et crame », « Rien ne va plus : faites vos jeux », « Chaque âge saccage sa cage », etc. Enfin, si mes souvenirs sont bons.
Je suis nul en manipulations graphiques, mais il ne doit pas être difficile de confectionner de légères variantes au même diamètre (24 cm) pour recouvrir les immondices d'aujourd'hui. Du genre :
La police ouvre le feu, je laisse descendre
Les portes de la nuit s'ouvrent, je laisse ce monde en cendres
1 vie perdue à travailler = du profit pour autrui
1 seconde perdue en passion = du retard dans la carrière
Pour faciliter mon licenciement, je prépare ma sortie
Pour faciliter la bonne descente, je prépare ma Kalachnikov

Retenir les pauvres, satisfaire les maîtres
Retenir ses désirs, c'est se retenir de vivre
Au signal de l'émeute, je descends dans la rue
La révolte a plusieurs raisons, n'hésitez pas à en profiter…

mercredi 21 janvier 2009

Bienvenue dans le monde réel !

Hé oui, les capitalistes sont parmi nous ! Et dire que dans Invasion Los Angeles (They Live, John Carpenter, 1988), il suffit d'enfiler une paire de lunettes de soleil pour échapper à l'aliénation…