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jeudi 26 février 2009

Prière d'insérer (6)

— Hawaï, dit-il en roulant le mot sur sa langue comme un bonbon. C’est là que nous avions décidé d’aller. Et au diable cette vacherie d’existence ! Elle et moi, seuls, devant des kilomètres de sable blanc… Est-ce qu’Hawaï est aussi beau qu’on le dit ?
— Oui, répondis-je.
— C’est là que nous devions partir. Pas dans un an, ni dans un mois. Le lendemain matin. Et puis je me suis levé, je suis sorti chercher une bouteille pour fêter ça. A mon retour, je l’ai trouvée sur le lit, en sang, morte.

Sic. Promis, c'est tel quel, sur la quatrième de celui-ci. Faut croire qu'il commençait déjà sérieusement à y avoir du mou chez les correcteurs, dans les années soixante… Enfin, on comprend quand même sans doute le sens général du propos, c'est l'essentiel, mais pour que ce soit bien clair je me permets de remanipuler un peu ce Rubik's Cube :
— « Hawaï », dis-je en roulant le mot sur ma langue comme un bonbon.
C’est là que nous avions décidé d’aller. Et au diable cette vacherie d’existence ! Elle et moi, seuls, devant des kilomètres de sable blanc…
— « Est-ce que Hawaï est aussi beau qu’on le dit ?

— Oui, répondis-je. »
C’est là que nous devions partir. Pas dans un an, ni dans un mois. Le lendemain matin.
Et puis je me suis levé, je suis sorti chercher une bouteille pour fêter ça.
À mon retour, je l’ai trouvée sur le lit, en sang, morte.

jeudi 19 février 2009

« Homo cogitat »

« L'homme pense. » (Spinoza, Éthique, II, axiome 2).
C'est la pierre d'achoppement de tout matérialisme, historique ou dialectique :
il y a de la pensée, les idées ne sont pas matérielles, la pensée est d'une autre nature que les influx nerveux qui circulent dans le cerveau.
Comment alors échapper au dualisme, aux difficultés des rapports entre corps et esprit, à l'éventuelle suprématie de l'un sur l'autre, à la spirale qui aspire vers le trou noir de la superstition et la religion, comment affirmer le matérialisme contre l'idéalisme ?
Je ne vois que Spinoza, pour avoir édifié un système métaphysique qui soit un matérialisme parfaitement conséquent.
Mais pour cela,
il faut payer le prix fort (et il ne s'agit pas de l'austérité de son œuvre, ni de la présentation au prime abord déroutante de l'Éthique). Le prix fort, c'est qu'il faut admettre que tout pense. La totalité de l'univers matériel existe aussi sous forme mentale (de toute chose matérielle il peut y avoir une idée), et allons-y carrément tant qu'on y est (mais il n'y a pas d'autre possibilité) : sous une infinité d'autres formes, que Spinoza nomme «attributs». L'univers («la Nature», dans l'Éthique, mais bien plus souvent «Dieu», ce qui est certes rebutant, bien qu'idoine pour le XVIIe siècle) est un auto-déploiement infini de lui-même (un peu à la manière du Big Bang, si l'on veut, mais l'image perturbe l'idée) en une infinité d'attributs dont chacun se déploie lui-même à l'infini. Une seule chose, un seul et même déploiement causal identique à lui-même sous quelque attribut qu'on l'appréhende (et dont l'expansion n'a pas de fin : nulle place pour la téléologie ou les causes finales, chez Baruch).
Il est difficile de penser cela.
Ainsi, n'étant constitué que de matière et de pensée, l'être humain ne peut concevoir, envisager, que ces deux attributs-là : l'étendue et la pensée. Mais chaque être réel (c'est-à-dire, dont il y a une idée vraie) existe aussi sous une infinité d'autres attributs, à jamais inconnus de nous, un peu comme des univers parallèles, en quelque sorte, mais ni mentaux ni matériels. Encore que le terme
parallélisme, souvent employé pour désigner les rapports anhiérarchiques entre attributs, soit finalement mal à propos, puisqu'il y a identité totale entre tous les attributs.
Disons que la matière est la même chose que la pensée, à une légère nuance près. Et s'il y a identité, c'est parce que le réel n'est rien d'autre qu'un enchaînement de causes et de conséquences, à leur tour causales, et que c'est cette même et unique causalité qui s'exprime dans chaque attribut. De tout corps, il est une idée. À toute idée vraie, on peut donner corps, trouver le correspondant matériel de cette idée. Aucun arrière-monde, donc, évidemment. Et puisque l'être humain (par exemple) est une partie de la
nature, il exprime une partie d'icelle — de la causalité qu'elle déploie — lorsqu'il est actif, lorsqu'il agit conformément à sa nature propre (pour aller vite, selon l'idée vraie de son corps), ce qui incidemment le rend joyeux. Mais puisqu'il n'est qu'une partie de la nature, environné par une infinité d'autres, il est impossible qu'il ne soit pas souvent passif, obéissant non plus à sa propre causalité (autonomie) mais à celle des autres (aliénation). Comme lorsqu'on reçoit un pot de fleurs sur le crâne, par exemple. Ou qu'on est contraint d'obéir à des ordres qu'on réprouve : c'est moi qui opère, mais c'est autrui qui agit, qui est actif par mon biais…
Bref, voilà pourquoi il faut
«payer le prix fort», lorsqu'on veut tenir à la fois ces deux axiomes, d'une part, que la pensée existe, et d'autre part que cela n'obère en rien le matérialisme : d'une intuition philosophique somme toute simple, on se retrouve projeté dans un système délirant de science-fiction complètement brindzingue, quoique parfaitement rationnel. Et encore n'ai-je rien dit de l'éternité, de l'espèce de largage supersonique de la cinquième partie de l'Éthique…
Mais si quelqu'un a une meilleure idée…
Voilà, c'était le quart d'heure de métaphysique, où je pense (hum). On en reparlera.

D'autres êtres humains ont très bien mis en ligne l'Éthique, transformant avec astuce l'arborescence des propositions auxquelles renvoient les démonstrations en liens hyper-texte, et indiquant à quelles démonstrations ultérieures servira la proposition qu'on est en train de lire. Du beau boulot. Comme si l'hyper-texte avait été inventé tout exprès pour lire l'Éthique.
Ah zut, j'oubliais Marignac ! Non, suis-je bête, il ne vient pas par ici.

jeudi 15 janvier 2009

Restitution, rédemption

Les deux numéros de la désormais notoire revue Tiqqun sont épuisés, mais leur lecture n'a rien d'épuisant, bien au contraire. Certains ayant des difficultés à les trouver sur le ouaibe, voici les liens des deux pages où l'on peut les télécharger au format pdf (hum, désolé pour ce charabia) :
La belle vraie théorie démolit tout :
labels, œuvrettes et or, idées molles itou.
Et à propos de téléchargement, le n°3 d'Échos de la Taïga, le bulletin d'informations du comité de soutien aux inculpés de l'anti-terrorisme, est disponible sur leur site.