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lundi 23 février 2009

« Un beau ténébreux », prologue (1945)

∗ ∗ ∗
Quatorze heures plus tard, voici le texte exact :
Il arrive que par certaines après-midi, grises, closes et sombrées sous un ciel désespérément immobile, — comme sous la maigre féerie des verrières d'un jardin d'hiver — dépouillées de l'épiderme changeant que leur fait le soleil et qui tant bien que mal les appareille à la vie, le sentiment de la toute-puissante réserve des choses monte en moi jusqu'à l'horreur. De même m'est-il arrivé de m'imaginer, la représentation finie, me glisser à minuit dans un théâtre vide, et surprendre de la salle obscure un décor pour la première fois refusant de se prêter au jeu. Des rues une nuit vides, un théâtre qu'on rouvre, une plage pour une saison abandonnée à la mer tissent d'aussi efficaces complots de silence, de bois et de pierre que cinq mille ans, et les secrets de l'Egypte, pour déchaîner les sortilèges autour d'une tombe ouverte. Mains distraites, porteuses de clés, manieuses de bagues, mains expertes aux bonnes pesées qui font jouer les pierres tombales, déplacent le chaton qui rend invisible, — je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque, une brise légère soufflant de la mer et le bruit de la marée montante devenu soudain plus perceptible, le soleil enfin disparut derrière les brumes en cette après-midi du 8 octobre 19…

dimanche 22 février 2009

« Prière d'insérer »

Tu as déjà eu la sensation d'être manipulé, hein ? Tu avais envie de faire quelque chose ; seulement, tu as rencontré sur ton chemin toutes sortes d'obstacles et tu t'es démotivé ; au même instant, un autre de tes désirs se réalisait comme par enchantement, les difficultés s'aplanissant mystérieusement l'une après l'autre. Coïncidences, coïncidences… As-tu jamais eu l'impression que des inconnus savaient qui tu es ? Allons, avoue, ça t'es arrivé : tu as rencontré une fille et tu as eu le coup de foudre ; elle a eu l'air de t'aimer ; ensuite, inexplicablement, elle a été écartée de ta vie, comme si elle ne figurait pas dans le scénario…

Certaines « quatrièmes de couverture » sont de vrais textes à elles seules. Là, on vend la mèche : il s'agit du Presses-Pocket n°5391, Symboles secrets, de Theodore Sturgeon, recueil choisi, présenté et traduit par Alain Dorémieux (1990, réédition partielle d'un Casterman relié plus ancien). Et mieux, effectivement : quand il ne dort pas, il nous livre de fort beaux récits. Ça met pas l'eau à la bouche, ça ? On n'ose même pas lire le texte, de peur d'empeser l'enchantement… Tout est bon, dans les Sturgeon : du pur caviar.
Si ça se trouve, d'autres prières d'insérer suivront, tous issus de la défunte Série Noire, sans plus aucune référence. Certains sont de véritables poèmes en prose. Pas que du spleen, et pas que de Paris, bien entendu.

mardi 13 janvier 2009

Certains livres sont des armes

Books are weapons
Quand la guerre sociale est imminente, on se fournit en munitions. On met tous ses fers au feu, et pas que les fers à béton. On laisse pas tomber. On fait flèche de tout bois, on boit pas que de l'eau.
Nous n'avons pas peur.
Nous lirons jusqu'à la mort.
Nous harcèlerons librairies, bouquinistes et bibliothèques pour fourbir nos armes. On s'aventurera même sur le Ouaibe (ouais, ben quoi ?), pour les plus assis des rimbaldiens d'entre nous. Les bouquinistes, surtout : les seuls chez qui l'on pouvait trouver ne serait-ce que l'Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction de Jean-Marie Guyau (1854-1888) jusqu'à ce que ces putains d'éditions Allia aient eu la récente idée de ressusciter ce texte indispensable, désentravé, auquel qui pourrait entraver que pouic ?
Certaines armes nous délivrent, certains livres nous désarment.