Merci à la grève de Radio-France, qui m'a donné l'occasion d'entendre cet ambigu joyau dans la boucle musicale que déroule France Culture depuis une semaine.
Et mort aux traîtres ! (qu'on ne peut certes guère plus se permettre de qualifier de « jaunes »)
Mais pour faire bonne mesure, dans la veine (bleutée du poignet) de Jules et Jim :
Aujourd’hui, dans le milieu activiste, la problématique de « l’identité sexuelle » occupe une place de plus en plus importante. L’intitulé du mouvement LGBT se voit ainsi constamment rallongé pour que chacun ait sa case bien à lui. Pour commencer, à Lesbienne Gay Bisexuel Trans, on a rajouté Queer, puis le signe plus pour Intersexuels et pansexuels. Aux États-Unis, cela paraît se démultiplier à l’infini : le T pour trans se dédouble en Transgender et Transexual, le I pour Intersex est suivi d’un A pour Asexual, puis d’un deuxième A pour Allies (alliés hétéros de la cause) et enfin un P pour Pansexual, quand on ne rajoute pas en prime un O pour Other, au cas où.
Dans le milieu « militant », à l’identité de genre et d’orientation vient à présent s’ajouter l’identité de « race », les trois prenant le pas sur l’identité de classe.
Être un homme cisgenre, c’est-à-dire un hétérosexuel dont l’identité de genre correspond au sexe de naissance, vous classe tout en bas de l’échelle et, même si vous êtes maçon, vous serez considéré comme moins estimable que n’importe quelle femme, fût-elle cadre chez Google, ou que le patron de votre boîte s’il est noir ou porte un nom arabe ; s’il est homo en plus, vous pouvez vous cacher sous la table.
J’en resterai là parce que la probabilité qu’un patron ou une patronne soit trans est encore infinitésimale, mais j’espère bien que cela ne saurait durer.
Heureusement que tout cela se passe dans un microcosme largement sous influence universitaire parce que sinon, ce serait à pleurer.
Quant au « communautarisme » gay, pour aussi peu révolutionnaire qu’il puisse être en lui-même, on ne peut néanmoins oublier qu’il s’est construit en réaction tant à la répression qu’aux conséquences de l’épidémie du sida, et ce n’est pas la fréquence des agressions homophobes et des meurtres de transgenres un peu partout dans le monde qui va conduire à le remettre en cause, c’est le moins qu’on puisse dire.
Les luttes de défense sont donc plus que jamais nécessaires mais les luttes pour les droits ne devraient, selon moi, représenter qu’une étape, ou plutôt une partie de la lutte contre toutes les oppressions.
Lola Miesseroff, Fille à pédés, Libertalia, 2019, pp. 137-138
