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samedi 15 septembre 2018

— Toc, cot !
— Qui est là ?
— Cot.
— Cot qui ?
— ♬ ♪ Cot qu'il y a, j'ai cru c't assez… ♬


Patience est sapience.

D'aucuns la croyaient abandonnée sur la plage d'un vinyle poussiéreux, mais voici qu'après vingt ans de silence public, la chanteuse du groupe mon chéri nous offre le bonheur d'un mini-album tout mitonné de ses doigts de fée :

dimanche 9 septembre 2018

Ballade en sol


Après Berlin 38, Les Free Martin, Les poissons solubles et Pincemi et Pincemoi, Henri et Guetch se retrouvent à nouveau dans une formidable formation : Hector Linitian, dont voici le premier titre — qui nous rappelle évidemment cette bonne blague qu'est le Concerto en sol mineur.

Quand on devient ver, forcément qu'on se balade dans le sol…
Et quel ténia ne chantonnerait-il pas le deuxième tube (digeste) de Manset, Il voyage en solitaire ?
Bon d'accord, au fond, Onan saurien, on s'en branle que cette semence tombe à terre tant que ça ne rend pas sourd …

Ce qu'on sait de source sûre, c'est que le premier vinyle de Berlin 38 vient de sortir tout chaud des presses et que c'est déjà un collector, même s'il ne sera en vente que le mois prochain  !





Mais est-ce à cause de Jean Seberg que Marc Seberg ?

« Bamberguement de bamberg dans le berg ! », s'écriait Léon dans le Cosmos de Gombrowicz.

lundi 16 juillet 2018

LGBT ? FLNC ? LAPD ?
LBLC !
Laissez bronzer les cadavres



Nous sommes le 16 juillet, qui ne tombe pas cette année un vendredi comme en 1971 mais peu importe : c'est l'occasion de saluer la splendide adaptation par Hélène Cattet et Bruno Forzani du premier roman de J.-P. Manchette-Bastid, sortie l'an dernier dans une indifférence hélas tout aussi splendide que celle de leurs premiers créateurs envers l'art et le spectacle, entre autres.


vendredi 15 juin 2018

Quand y'a plus d'jus, ça gaze !




Voilà des semaines que votre chauffe-eau électrique de 150 l. fuit par en-dessous, ça craint méchamment vu la proximité des câbles électriques.

Pour remédier le plus simplement au problème, vous avez d'abord enroulé une ficelle de coton autour de l'écrou par le filetage duquel l'eau s'écoulait, la faisant filer jusque dans la bonde de l'évier heureusement tout proche.

Mais au fil des jours, ça s'est mis à pisser de plus en plus grave : le maigre filet d'eau s'est transformé en jet continu, il a fallu prendre les choses à bras-le-corps.
D'abord la solution de base, en ce samedi où les honorables boutiques de sanitaires sont fermées : on coupe le jus, on vidange le chauffe-eau, on déboulonne la résistance, on l'extirpe pour coller dessus une bonne quantité de filasse et de pâte à joint…




Hop !, on reboulonne le tout, on rebalance la flotte…

Et merde, ça pisse toujours, et même encore plus !

Bon, attendons lundi pour changer le joint de bride de chauffe.

Après une très très très longue requête internouillo-téléphonique,  vous apprenez enfin que pour votre cumulus Chaffoteaux et Maury référence constructeur n°688710, ledit joint porte le numéro 60071829, et qu'il y en a de disponible à Paris chez Schmitt-Ney, 104 Bd Richard-Lenoir, juste en face du Bataclan de joyeuse puis sinistre mémoire. Youpi !

Vous foncez là-bas, mais il faut patienter une bonne heure, le temps qu'un client précédent et sacrément radin obtienne une remise amicale de quelques centimes.
Le joint coûte 5,56 €, vous raquez sans barguigner, vous rentrez fissa et réinstallez le tout  puis renvoyez l'eau (c'est vite dit, mais ça prend vachement de temps).

Catastrophe, ça fuit de plus en plus, et voilà que surviennent des craquements très inquiétants.
Gaspe !
Vous comprenez alors que c'est la mousse polyuréthane qui est en train de se gorger d'eau, ce qui signifie que la cuve est fissurée et qu'il faut carrément changer tout le bastringue.

Bordel de chiotte de merde à cul ! Va falloir casquer carrément plus et puis redéfoncer le mur porteur, vu que ce modèle de bécane obsolète est devenu chaudement introuvable (l'écartement vertical entre les pattes de fixations (noté B, sur le schéma ci-dessus), jadis de 50 cm, est ainsi passé à 80 cm, allez savoir pourquoi !), sans parler de la position du groupe de sécurité…

Mais bingo !
Voilà presque une semaine que vous travaillez à résoudre ce problème, vous êtes désormais armé pour survivre à l'apocalypse de votre temps.
Du coup, vous avez trouvé une solution qui gaze facile : un réchaud à butane, un serpentin qui passe de l'arrivée d'eau froide à la sortie d'eau chaude, et c'est reparti comme en 40 !



 (ah, je comprends enfin que le « D » de « Système D » signifie autant « Danger » que « Débrouille »…)

lundi 11 juin 2018

Lire Brookmyre, ça fait toujours un petit choc, holà !



Itérations laborieuses mais bariolées de rigolades, à tenter de lire le début du premier chapitre de Faites vos jeux ! (All Fun and Games until Somebody loses an Eye*, Abacus, 2005), tr. fr. Emmanuelle Hardy-Seguin, éd. de l'Aube, 2007 ; rééd. 2008, pp. 69-70 : « Voitures de sport et casinos ».
Un exemple flagrant d'absence totale de pédagogie.


* Le titre originel fait allusion à la phrase qui marquait l'ouverture des combats de gladiateurs dans les arènes romaines.
Dans un roman ultérieur de Brookmyre, un très très méchant héros se fera littéralement exorbiter un œil, avec ce commentaire de sa victime : « Out, vile jelly ! » (Shakespeare, King Lear, III, 7).

jeudi 10 mai 2018

Apprendre Parker (un prolégomène)



En 1962, Donald Westlake approche la trentaine, il en a marre de publier pour des clopinettes et à tours de bras du pulp érotique bas-de-gamme — souvent à quatre mains avec son pote Lawrence Block, sous le nom collectif d'Edwin West ou d'Alan Marshall —, il a réfléchi à l'essence du roman noir, il en issit (en germine, en exsude…) un personnage quintessentiel, l'intransigeant braqueur individualiste et irréfragable sobrement nommé Parker — qui n'est à sa façon qu'un ouvrier ordinaire, qui rapporte comme il peut sa solde à sa bourgeoise —, dont Westlake fournira pas moins de seize aventures en douze ans sous le pseudonyme de Richard Stark.

Mais c'est que très vite, bingo ! ça se met à marcher à fond, cette histoire.

Au point que Westlake engrange suffisamment de thunes pour se permettre de suivre sa pente naturelle, qui est de perpétuer la critique sociale amorcée par Hammett, Chandler, Goodis & consorts, tout en l'adaptant au monde de son temps — qui aurait certes préféré de loin en rire.

Mais contrairement à la plupart de ses contemporains,  Westlake/Stark n'est pas hargneux ni saumâtre : il se met à développer une veine humoristique à sa manière, par exemple avec le personnage de Grofield : un comparse de Parker apparu dès En coupe réglée ("Série Noire" n° 958) mais nettement plus rigolo, en comédien-gentleman-cambrioleur-dragueur.
Et c'est le début d'une étonnante schizophrénie littéraire sur laquelle j'espère revenir bientôt, sachant que les aventures de Grofield se clôtureront par Lemons Never Lie (Les citrons ne mentent jamais, "Série Noire" n° 1457)  alors que Stark avait publié peu auparavant The Sour Lemon Score (Un petit coup de vinaigre, "Série Noire" n° 1309).
L'acidité des citrons n'est pas forcément suave aux éditeurs…

Mais qu'importe ! Westlake lâche carrément la bride en 1970 lorsqu'il se rend compte que l'intrigue qu'il avait en tête pour l'aventure suivante de Parker (le vol archi-réitéré de la même pierre précieuse, The Hot Rock) s'avère trop loufoque au regard du sérieux du personnage : il faut en créer un autre, une sorte d'OVNI (Organisateur Volontairement Non-Identifiable), et ce sera John Dortmunder — tout aussi impénétrable que Parker, encore plus mal-luné et plus malchanceux mais qui se refuse pour sa part à toute effusion de sang — dont Westlake multipliera les péripéties jusqu'à la surabondance par-delà sa propre disparition.

En 1974, Westlake clôt avec un panache tout starkien la série Parker — dont la continuation ne présentait sans doute pour lui plus aucun intérêt financier ni littéraire — avec Butcher's Moon (Signé Parker, tr. fr. Janine Hérisson, "Super Noire" n° 23, Gallimard) : c'est un feu d'artifice où l'on retrouve la plupart des complices rescapés des précédents épisodes, pour récupérer un magot lui-même rescapable d'un épisode précédent  (Slayground, 1969 ; Planque à Luna-Park, tr. fr. J. Hérisson, "Série Noire" n° 1472, , Gallimard,1972).

Mais coup de théâtre, il rempile 23 ans plus tard, en 1997, avec Comeback, prélude à une sorte de boule de neige oulipienne — Comeback, Backflash, Flashfire, Firebreak, Breakout, avant l'ahurissante trilogie finale dont nous tenterons d'expliquer la prescience avant de mourir — et dont voici un extrait, pour la bonne intelligence duquel il faut savoir que Parker, après avoir dérobé dans un stade la recette faramineuse des prédications du Révérend Archibald, s'est trouvé plus ou moins contraint de rencontrer ce dernier en se faisant passer pour un agent d'assurances nommé John Orr.
Parker ne ment jamais à ses interlocuteurs,  ses réparties sont toujours à double-sens, et ce passage nous rappelle bigrement celui de la deuxième aventure de Dortmunder — Bank Shot, 1972 — dont M'sieu Pop nous gratifia naguère.

Ils s’assirent dans le canapé, disposé à angle droit près de la cheminée, vers laquelle le révérend jeta un regard renfrogné, en disant :
— Je voulais faire monter quelqu’un, pour qu’il allume un feu, mais je n’ai pas eu une minute à moi aujourd’hui. (Il gratifia Parker d’un sourire d’auto-apitoiement amusé.) Je trouve qu’un feu égaye une pièce, en toute saison. Vous ne croyez pas ?
— Si, si.
— En fait, dit Archibald, légèrement penché en avant, sur le ton de la confidence, je voulais vous parler de votre métier. On peut dire que vous êtes une sorte de policier en civil. Mais au lieu de travailler pour la police, vous travaillez pour les assurances.
— Oui, d’une certaine façon.
— Vous avez sans doute des contacts avec… le monde de la pègre, différents de ceux de la police.
— Je devrais, en tout cas, répondit Parker.
— Les gens comme vous, dans votre position, travaillent au noir parfois, me semble-t-il. N’est-ce pas l’expression qu’on emploie ? Travailler au noir ?
— Vous voulez dire, se faire payer par deux employeurs pour le même travail.
— Un travail légèrement différent, rectifia Archibald. Similaire, disons. Par exemple, vous êtes à la recherche de cet homme, mais si mes informations sont bonnes, il y avait au moins trois personnes impliquées dans ce vol au stade, plus sans doute une quatrième pour leur servir de chauffeur. Quand vous mettrez la main sur l’homme que vous traquez, car je suis convaincu que vous êtes un excellent enquêteur et que vous réussirez à le dénicher, à ce moment-là, il est fort peu probable que l’on retrouve l’argent du cambriolage sur lui.
— Peu probable, en effet, confirma Parker.
— Si vous pouviez vous charger, dit Archibald en regardant son interlocuteur au fond des yeux, de récupérer l’argent que l’on m’a volé, qu’il soit ou non en possession de cet homme que vous traquez, je vous en serais très reconnaissant.
— Ah oui ?
— Je vous paierai en liquide, évidemment.
— Ah.
— Et vous pourriez avoir… Comment dit-on dans votre métier ? Une provision ?
— On peut appeler ça comme ça.
— Disons mille dollars.
Se levant sans attendre la réponse, Archibald fit demi-tour et se dirigea vers le bureau où il téléphonait lors de leur arrivée. Par-dessus son épaule, il ajouta :
— À valoir sur les… 5 %, disons, de la somme que vous récupérerez. Soit environ 25 000 dollars, monsieur Orr, ou un peu moins.
Parker se leva à son tour. Il regarda Archibald ouvrir un tiroir du bureau, en sortir une enveloppe épaisse qui semblait remplie d’argent liquide, piocher quelques billets, et ranger l’enveloppe encore pleine dans le tiroir. Il glissa ensuite les billets dans une enveloppe frappée du logo de l’hôtel, et revint vers Parker avec un grand sourire, en tendant l’enveloppe.
— Un petit avantage de votre profession, dit-il. Peut-on appeler ça comme ça ?
C’était la première fois que Parker se voyait offrir un pot-de-vin pour retrouver l’argent qu’il avait lui-même volé.
— Appelons-ça comme ça, dit-il.
Il prit l'enveloppe et la glissa dans sa poche.

Richard Stark, Comeback, 1997, tr. fr. par Jean Esch, Rivages/Noir, 2001, pp.178-179

mardi 27 mars 2018

Le chemin de l'excès conduit au palais…


Dans ce qui est actuellement appelé « le procès Tarnac », la journée d'hier — lundi 26 mars 2018 — fut essentiellement consacrée à l'étude des scellés issus des perquisitions effectuées le mardi 11 novembre 2008 lors de la fameuse (mais guère fructueuse) « Opération Taïga ».

Ce jour-là la « bibliothèque partisane » de Tarnac fut délestée de nombre de livres n'ayant de rapport avec l'émeute, le chaos ou la subversion que par leur titre — tel Le principe d'anarchie. Heidegger et la question de l'agir, de Reiner Schürmann, ouvrage assez introuvable à l'époque et que les enquêteurs ont à la réflexion sans doute préféré revendre sur Amazon plutôt que de le verser dans la procédure.

Et ce même jour, à 500 km plus au nord, d'autres policiers sagaces tout aussi avisés de l'objet de leurs investigations ont saisi dans une maison de Rouen un DVD gravé intitulé Le grand détournement, qui ne traite en rien de sabotage* ni de ralentissement des flux ou de déviations inopinées mais qui quant à lui reste conservé dans les scellés (et demeure un judicieux film de montage).

Puisque la notion même de « détournement » semble à ce point suspecte aux yeux de la SDAT, de la police, de la justice, comment ne pas s'étonner de cet étendard publicitaire apposé aujourd'hui même sur la façade du palais de justice de Paris ?



* À propos de sabotage, on a appris ce matin que le spécialiste en caténaires de la SNCF, venu témoigner ce matin, demeurait à Clichy-sous-bois allée des Sabotiers.