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En ces temps de retour de bâton des ligues de vertu parmi les plus chatouilleuses de l'histoire de l'humanité, il est bon de se remémorer le chef d'œuvre inénarrable de ce vénérable studio hollywoodien qu'est la Warner Bros. : La classe américaine (1993), de Michel Hazanavicius :
Comme récemment j'avais rien à foutre durant vingt minutes, pris soudain d'une aberrante bouffée de nostalgie pro-situ j'ai revu le film de Debord de 1959, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps.
Hé ben franchement, ça n'a guère pris de rides.
Une tradition oubliée renaît à foison à la faveur du confinement : l'art ancien du chansonnier, qui consiste à remplacer les paroles d'une chanson à succès par une charge satirique sur la politique du moment.
Cet art multiséculaire avait connu ses derniers beaux jours sur France Inter de mars 1968 à juillet 1990 dans l'émission de Pierre Codou et Jean Garretto du ouiquènde L'oreille en coin, à laquelle Thomas Baumgartner a consacré un livre et un blogue.
Or voici que moins de deux semaines après sa mise en ligne, le détournement du Vesoul de Brel par un groupe qui maintient avec brio cet art du chansonnier, Les Goguettes (en trio mais à quatre), atteint plusieurs millions de vues sur la Toile :
Dès le 9 avril, ils nous avaient concocté une judicieuse version re-asteurisée du tube de Cabrel de 1979 :
Plus fort encore, voici le duo Djahîz GIL, qui met en ligne et en scène un détournement par jour depuis le début du confinement le 17 mars, avec le désormais célèbre couple de chaussettes Gus et Rappetout :
Je réserve pour la fin mon préféré à ce jour : le détournement de Capdevielle par l'ami John Warsen, Quand t'es dans ton logement :
C'est l'un des slogans de La Parole Errante, et c'était le thème du montage de détournements qui y a été présenté samedi 8 décembre.
On a doublé en direct, cinq non-comédiens autour d'un seul micro et trois musiciens-bruiteurs, le résultat est assez foireux mais l'expérience valait le jus.
Dominique a présenté la chose ainsi (c'est quasi inaudible) :
Lecteur attentif de cet intéressant ouvrage paru en mars dernier chez L'insomniaque, un certain Francis a signalé naguère ici-même qu'on pouvait y lire p. 323 cet extrait d'une lettre jusque là inédite que Daniel Joubert avait adressée à Pascal Dumontier le 19 novembre 1990 après la lecture de son étude fraîchement publiée, Les Situationnistes et Mai 68, théorie et pratique de la révolution (1966-1972) (Éditions Gérard Lebovici, 1990) :
« Du point de vue musical, je vous pardonne volontiers d'avoir ignoré les détournements de Guy Petermann [sic] et ceux du groupe Abattoir à domicile, puisqu'ils n'ont été publiés que sous forme de cassettes à diffusion très restreinte. »
Et Francis de demander alors si quelqu'un pourrait mettre à disposition ces rares détournements…
Ce nom de Guy Peterman ne me disait rien mais il se trouve que j'ai eu le plaisir de côtoyer le regretté Daniel Joubert et qu'il m'arrive encore de croiser certains des membres d'Abattoir à domicile. Et puis voilà qu'un autre commentateur, Henry, signale ici le mois dernier que le tube des Gommard, Y'a du baston dans la taule ! (qu'on peut entendre entre autres sur l'album La belle, qui accompagnait une précédente publication de L'insomniaque, Au pied du mur), doit ses paroles à ce même Guy Peterman :
Je me renseigne un peu, j'apprends que ledit détourneur s'est définitivement fait la belle dans la force de l'âge en 1989, ayant poussé l'humour noir jusqu'à son seuil ultime en se foutant en l'air devant l'institut médico-légal de Paris — genre livraison à domicile, comme le fait justement remarquer l'amie Lola — mais qu'il reste en effet, sans doute, des enregistrements qui traîneraient dans des cartons poussiéreux, par exemple chez l'ingénieur du son de l'époque ou chez Pierrot, le guitariste des Gommard. Mais exhumer ces fragiles traces va demander du temps, surtout après tant de transbahutements, de déménagements en déménagements durant quatre décennies…
Cependant, alors que j'en suis encore à attendre des nouvelles d'enregistrements enfouis, Henry ne s'arrête pas là : il récupère auprès d'un des musiciens de l'époque un ensemble de quatre morceaux détournés par Guy Peterman et me l'adresse obligeamment en précisant :
« D’après l’un des musiciens de ces enregistrements faits au studio Saravah en 1974, on trouve Francis Lemonnier au sax, Michel Muzac à la guitare, Olivier Zdrzalik à la guitare basse. Ces trois musiciens ont fait partie du groupe de rock progressif Komintern (Le Bal du rat mort, 1971).
Le chanteur et le batteur sont inconnus. Guy Peterman donne la réplique dans le premier titre. »
Henry — qui ne manque pas de relever que Francis Lemonnier avait composé en 1973 certains des morceaux de Pour en finir avec le travail — a identifié les versions originales des trois premiers titres :
Syndicats Blues est détourné de Summertime Blues (Eddie Cochran, 1958)
Les flics arrivent, de Surfin’ Hootenanny (Al Casey & the K-C-Ettes, 1963, chanté en français par Johnny Halliday en 1969 sous le titre Les guitares jouent).
Dans ce qui est actuellement appelé « le procès Tarnac », la journée d'hier — lundi 26 mars 2018 — fut essentiellement consacrée à l'étude des scellés issus des perquisitions effectuées le mardi 11 novembre 2008 lors de la fameuse (mais guère fructueuse) « Opération Taïga ».
Ce jour-là la « bibliothèque partisane » de Tarnac fut délestée de nombre de livres n'ayant de rapport avec l'émeute, le chaos ou la subversion que par leur titre — tel Le principe d'anarchie. Heidegger et la question de l'agir, de Reiner Schürmann, ouvrage assez introuvable à l'époque et que les enquêteurs ont à la réflexion sans doute préféré revendre sur Amazon plutôt que de le verser dans la procédure.
Et ce même jour, à 500 km plus au nord, d'autres policiers sagaces tout aussi avisés de l'objet de leurs investigations ont saisi dans une maison de Rouen un DVD gravé intitulé Le grand détournement, qui ne traite en rien de sabotage* ni de ralentissement des flux ou de déviations inopinées mais qui quant à lui reste conservé dans les scellés (et demeure un judicieux film de montage).
Puisque la notion même de « détournement » semble à ce point suspecte aux yeux de la SDAT, de la police, de la justice, comment ne pas s'étonner de cet étendard publicitaire apposé aujourd'hui même sur la façade du palais de justice de Paris ?
* À propos de sabotage, on a appris ce matin que le spécialiste en caténaires de la SNCF, venu témoigner ce matin, demeurait à Clichy-sous-bois allée des Sabotiers.
C'est simple, il suffit de déguster (glups !) ce film de René Viénet, distribué en France en 1974 après le bien meilleur La dialectique peut-elle casser des briques ? (1973) sous le titre alternatif Les filles de Ka Ma Ré, avant que L'aubergine est farcie ne soit totalement interdit dans notre doux pays de liberté, d'égalité et de fraternité* (je recommande chaudement cet article du grand Delfeil) :
Du coup, ça nous a inspiré une fable-express en deux parties (donc impartie avec scissions), qu'on nommera :
Fable-express pour l'été
(comme une petite culotte)
Quelques situationnistes nageaient, blafards,
Dans ce fleuve indien qui passe à Calcutta.
Nus, se mirant mutuellement le pétard,
Ils reprirent couleur en gueulant : « Quel cul t'as ! » Moralité :
Situs hâves en ce Gange : heureux culs…
*****
Les situs susnommés, tout à leurs ablutions,
Se prirent pour des super-héros de fiction :
Pour survivre dans cet univers, faut choisir !
Et Bruce Banner n'est pas forcément le pire.
Moralité :
… Comme un viatique, je tente Hulk ?
* : Incidemment, l'époustouflant anagrammatiste Jacques Perry-Salkow reconstruit ainsi la devise « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ » après le pour le moins violent échec de la candidature de DSK à la présidentielle de 2012 : « ÉBRIÉTÉ, FLIRT ET GALANTERIE ».