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dimanche 8 décembre 2024

Qu'elle crève, la charogne !

En ce ouiquènde d’alliance de l’État ladre et du goupillon, où l’on célèbre de nouveau une messe à la cathédrale Notre-Dame de Paris après que Napoléon le micron a tenté hier de s’y refaire une petite vertu, il n’est pas inepte de rappeler que le seul événement mémorable dont on puisse honorer cet édifice advint le 9 avril 1950, lorsqu’un jeune homme déguisé en dominicain monta en chaire pour haranguer ainsi les mille fidèles qui assistaient à l'office :

« Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.

[Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme]. »

Couverte par d’assourdissants accords d’orgue, la partie entre crochets n’a hélas pas pu être délivrée aux ouailles, celles-ci ayant d’ailleurs entrepris, passé un moment de stupeur, de tenter de lyncher celui qui s’ingéniait à les dessiller,  qui ne dut paradoxalement son salut — comme ses complices qui balançaient des pétards à tire-larigot — qu’à l’intervention de la flicaille.

Ce scandale, qui fit les choux gras des journaux du monde entier les jours suivants, avait été orchestré par Michel Mourre (le faux dominicain), Serge Berna (l’auteur du texte) et d’autres jeunes gens du « Club des Ratés », dont Jean-Louis Brau, Ghislain de Marbaix et Jean Rullier (que balafra au visage un coup de hallebarde d’un Garde Suisse).
Berna et Brau compteront deux ans plus tard parmi les fondateurs de l’Internationale Lettriste.


Attablés à la terrasse du Mabillon, Michel Mourre et Serge Berna établissent le texte définitif de la déclaration, la veille de l'événement (dixit M. Mourre)

On trouvera une documentation complète sur cet événement dans le très bel ouvrage publié ce printemps par Jean-Louis Rançon aux éditions du Sandre, Serge Berna - Écrits et documents, qui rassemble la totalité des écrits connus de ce poète sauvage aussi rétif à la soumission qu’Arthur Cravan.


lundi 15 avril 2019

Un feu d'artifice en l'honneur de Jimmy Gladiator !




Incroyable !
Jamais Jimmy n'aurait pu imaginer plus bel hommage, ni plus bel hasard objectif…

Qu'elle crève, l'immonde charogne !

Tous les curetons du monde s'inquiètent asteure, faute hélas pour eux de pouvoir s'indigner contre une volonté "terroriste" revendiquée, mais combien de centaines (de milliers, de dizaines de milliers ?) de serfs ont succombé à construire ce magnifique monument dédié à la connerie religieuse et catholique, entre le XIIe et le XIVe siècle ?
Et ces abrutis d'encapuchonnés d'aujourd'hui, ils n'envisagent même pas un instant cette fois que si pareil incendie advient c'est encore et toujours par la volonté de leur Dieu barbichu, celui auquel ils sacrifient par millions leurs ouailles pour leur plus grand profit  et celui de leurs maîtres !

C'est leur foutue crétinerie infantile d'invention pèrenoëlesque ("Dieu le Père")  qui décide toujours, faut pas l'oublier !
Hé oui (allô ?, toc-toc ! allô ?) Dieu a décidé ce lundi 15 avril 2019 de faire cramer un bon coup le temple dédié depuis près d'un millénaire à la mère du crapaud de Nazareth !
Sa propre bru, nondidjou !
Y'aurait de quoi réfléchir, non ?

C'est à croire, dirait Victor Hugo, que c'est justement toutes ces superstitions débilitantes que la cathédrale vomit ce soir en flammes…


Fouchtra ! Rien, jamais rien de ce qui regarde la beauté ne se rapporte à la religion.

Comme l'ont manifesté à leur manière et à leur époque, l'Internationale lettriste avec Michel Mourre et Serge Berna (qui élaborèrent ensemble une des premières "construction de situation" : le scandale de Pâques 1953), et puis bien après Philippe Petit :

Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme.


The Walk, de Robert Zemeckis (2015) : scène de la traversée entre les tours de ND

jeudi 25 novembre 2010

« À la saveur délicate de l'ananas, joindre le plaisir glacé du mal des ardents »



Les éditions Allia ont complètement reconstruit leur site et proposent désormais de télécharger sur cette page, au format PDF, différents documents d'archives relatifs à l'Internationale Lettriste et à la fondation de l'IS.
Par exemple cette métagraphie de Debord, Fragiles tissus, réalisée en hommage à Jacqueline Harispe en mars 1954 :



J'en profite pour signaler (merci à Alexis) deux publications récentes relatives au même sujet, sans compter le volume zéro de la Correspondance de Debord chez Fayard : les Enregistrements magnétiques (1952-1961) patiemment retrouvés et restaurés par l'infatigable Gérard Berréby des éditions Allia, mais dont la veuve abusive a préféré confier le patronage à Jean-Louis Rançon chez Gallimard (ce volume s'ouvre sur un texte splendide intitulé Les environs de Fresnes) ; et puis ce Visages de l'avant-garde, publié chez Jean-Paul Rocher par les soins du même Rançon, dont l'éditeur nous dit que « chronologiquement, il prend place après le numéro 2 de la revue Internationale lettriste (février 1953) et aurait dû être ensuite enregistré à trois voix, rythmé par des poèmes et chœurs lettristes. »