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C'est l'ultime entretien avec Annie Le Brun, mené un mois avant sa disparition le 29 juillet : Marie Richeux était venue chez elle la titiller sur sa bibliothèque en juin 2024 pour une émission prévue à la rentrée. Elle a été diffusée vendredi 30 août, juste avant l'ouverture de l'expo pour le centenaire du surréalisme à Beaubourg : la voix tenacement frêle d'une superbe intransigeante.
« Y'a des livres qui ouvrent […] effectivement : c'est à vie, hein ! Pour moi, la rencontre avec un certain texte, certains livres, c'est aussi important [que] la rencontre avec certains êtres : ça change tout. C'est comme des amis, tout d'un coup : y'a une sorte d'amitié formidable qui est là : on vous reçoit […] dans un monde, et vous êtes libre d'y aller. »
J'ai appris hier la mort subite de ma copine Claire Auzias, la pétulante et pétillante diseuse de ce genre de vérités qui ne sortent que de la bouche des enfants, tant elle était toujours rageusement restée si juvénile et juste dans tous ses jugements, dans toutes ses inclinations.
Je l'avais rencontrée après qu'elle s'était mise à la colle avec Arthur, à qui elle aura survécu dix ans. La dernière fois c'était à l'occasion de la présentation au Lieu-dit du dernier tome des mémoires de Diego Camacho (alias Abel Paz), voici quelques mois : elle pétait la forme, comme d'hab'.
Bref, je ne saurais mieux dire que Michel Sitbon, son éditeur et ami, qui a aussitôt écrit un poème en hommage à cette magicienne de l'insurrection permanente — que je pompe allègrement sur le blogue de Floréal :
claire n’est plus et je ne l’aurai pas vue dans son dernier sommeil sommeil profond regrets éternels elle rejoint arthur depuis longtemps manquant et du fond de la nuit les fantômes de la Shoah les oubliés du Samudaripen les oubliés de Birkenau les hommes, les femmes et les enfants tous s’inclinent en lui disant madame et du fond de l’Inde du fond de la folie jusqu’à la nudité de l’héroïne du fond de l’asile comme du fond de la prison d’Arles comme de Roumanie et des terrains expulsés de Seine Saint Denis comme du désert du Néguev monte un chant Djelem djelem claire claire auzias claire n’est plus elle a même droit à un clin d’œil d’albert camus en descendant de la Croix-Rousse les canuts, les trimards, les anars ceux d’hier et d’aujourd’hui voient fumer la dernière barricade et la dernière des barricadières celle dont le cœur battait pour eux pour nous pour les vivants et pour les morts claire est passée claire