Avertissement légal

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mercredi 15 février 2012

Trente ans après



Michel Ancilotti au chant (et qui gratouillait, aussi), son frère Henri au synthé, Cassado à la guitare, Raymond Valentin à la basse et Christophe Carfantan à la batterie.
Deux cassettes enregistrées, diffusées lors des concerts, et baste !

C'est bien loin, tout ça, et pas sûr que ça tienne encore le coup…
Mais une filiation s'est quand même dégagée : les Free Martin, d'abord, puis d'un côté le Cartel del Barrio et de l'autre Pincemi et Pincemoi, et maintenant Cheval Blanc, qui était tout minot à l'époque…

vendredi 3 février 2012

Généreux, libre, héroïque…

Il faut beaucoup de prodigues pour faire un peuple généreux, beaucoup d'indisciplinés pour faire un peuple libre, et beaucoup de jeunes fous pour faire un peuple héroïque.

Georges Bernanos, Les enfants humiliés [1940], Gallimard, 1949, rééd. coll. "folio" n°303, 1973, p. 62

dimanche 29 janvier 2012

D'une certaine manière, en cette matière...


Parce qu’il a passé trop d’années à biberonner un sabir infâme à l’Université, Frédéric Lordon écrit comme un pied et jargonne à tout-va, mais il touche pourtant souvent juste :

Il n'est que de voir l'habileté (élémentaire) du discours de défense de l'ordre établi à dissocier les figures du consommateur et du salarié pour induire les individus à s'identifier à la première exclusivement, et faire retomber la seconde dans l'ordre des considérations accessoires. Tout est fait pour prendre les agents « par les affects joyeux » de la consommation en justifiant toutes les transformations contemporaines — de l'allongement de la durée du travail (« qui permet aux magasins d'ouvrir le dimanche ») jusqu'aux déréglementations concurrentielles (« qui font baisser les prix ») — par adresse au seul consommateur en eux. La construction européenne a porté cette stratégie à son plus haut point de perfection en réalisant l'éviction quasi-complète du droit social par le droit de la concurrence, conçu et affirmé comme le plus grand service susceptible d'être rendu aux individus, en fait comme la seule façon de servir véritablement leur bien-être — mais sous leur identité sociale de consommateurs seulement. Il faudrait mettre ce point d'aboutissement en perspective historique et, là encore, le rapporter à la « réussite historique » du fordisme à qui décidément l'on doit la surrection de cette figure du consommateur, émergée de celle du salarié… pour finir par s'y substituer presque complètement, en tout cas dans le discours majoritaire, mais aussi d'une certaine manière dans les psychés individuelles qui pratiquent en cette matière des formes parfois stupéfiantes de compartimentage. Car les médiations qui mènent du travail salarié de chacun à ses objets de consommation sont si étirées et si complexes que tout favorise cette déconnexion, et nul ou presque ne fait le lien entre ce qu'il reçoit comme avantage en tant que consommateur et ce qu'il souffre de sujétions supplémentaires en tant que salarié — et ceci notamment du fait que les objets consommés ont été produits par d'autres, ignorés et trop éloignés pour que leurs sujétions salariales viennent à la conscience du consommateur et puissent* faire écho aux siennes propres.

Frédéric Lordon, Capitalisme, désir et servitude — Marx et Spinoza, La fabrique éditions, 2010, pp. 50-51

* NDGWFW : Je prends la liberté de rétablir ce pluriel absent du texte, qui dit « puisse ».

lundi 16 janvier 2012

Puisque, « pour tout dire, la condition humaine ne nous plaît pas »*, n'hésitons pas à jouir de la faculté d'oubli**


J'ai tout oublié, un documentaire-fiction de Christophe Deleu et François Teste diffusé sur France Culture dans le cadre de l'émission Sur les docks le 23 juin 2008 . Une étrange histoire où se croisent l'amour, la mort et l'oubli complet :



J'aime bien lorsque Dorothée demande à Éric : « Tu ne savais pas qu'on se connaissait ? », et aussi quand le journaliste Jean Bello dit : « Elle, morte, et lui, amnésique, ça a pas été simple ! »

La fiche de l'émission mentionne certains films, de qualité diverse, mais cette histoire m'a surtout rappelé cette poignante romance de Michel Gondry, Eternal Sunshine of the Spotless Mind :



ainsi bien sûr que l'indémodable Total Recall :


et, incidemment, cette pâlotte ritournelle de Romain Didier datant de 1980 :



—————
* Guy Debord, « Manifeste », Internationale Lettriste n°2, 1953.
** « Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l’instant présent ne pourrait exister sans faculté d’oubli », écrivait Nietszche dans La généalogie de la morale.

mardi 10 janvier 2012

Chansons de saillies

On avait eu un aperçu de l'amusant exercice des fausses rimes voici un an avec la chanson de Montier et Prévost interprétée par Sandrey puis reprise quarante ans après par Les Charlots, Ouvr' la f'nêtre :



C'est un genre certes ultra-mineur de la chanson à textes, mais il en est tout de même d'autres exemples :

La jeune fille du métro (L. Hennevé / G. Gabaroche, 1933), ici reprise par Renaud en 1980 :



Folâtrerie (E. Valette / F. Heintz), interprétée par Fernandel en 1931 :



Chantée par le même, deux ans plus tard, Aventure galante (Jean Manse / Roger Dumas, 1932 — merci, Manoupaps !) :



Bien plus tard, une fantaisie de Pierre Vassiliu : Ma cousine / Mon cousin :



[Trois jours après…] Et enfin, grâce au rappel de l'inlassablement sagace Anonyme, Le choix dans la date (D. Roca / Santiago J. Roux), interprétée par Gérard Jugnot :

vendredi 9 décembre 2011

Denis de justice

 Non, non ; il faut que, tôt ou tard la justice soit faite. S'il en arrivait autrement, je m'adresserais à la populace. Je lui dirais : Peuples, dont les rugissements ont fait trembler tant de fois vos maîtres, qu'attendez-vous ? pour quel moment réservez-vous vos flambeaux et les pierres qui pavent vos rues ? Arrachez-les…

Diderot, in Histoire philosophique et politique du commerce et des établissements des Européens dans les deux Indes [ouvrage connu sous le titre abrégé Histoire des Deux Indes, signé par l'abbé Guillaume Thomas François Raynal], 3ème éd. (1781), t. I, livre III, p. 398

(cité par Yves Benot dans Diderot, de l'athéisme à l'anticolonialisme, Maspero, 1970, p. 184)

jeudi 1 décembre 2011

Quand le pis rendait l'eau...

Or donc, en ce soir de juin 2011, j'étais assis sur la banquette d'une rame de métro, à peu de stations de ma destination, et qui vois-je entrer à l'arrêt suivant, un casque sur les oreilles ? une vieille connaissance perdue de vue depuis des années, qui s'assied sur le strapontin opposé en me tournant le dos, sans m'avoir aperçu.
Je me lève aussitôt, contourne des genoux à angles variables, et lui tapote sur l'épaule pour qu'il retire son casque — ce qu'il fait en redressant la tête vers moi :
« Mathias ?
— Oui ? [l'air très interrogatif]
— Salut, je suis Untel : tu ne te souviens pas de moi ? On s'était rencontrés voici environ huit ans grâce à mon copain Arnaud, quand tu tenais ce restau avec ta sœur, Le Sabot, tu te rappelles ?
— Euh... non, je ne vois vraiment pas... [l'air complètement perdu, à présent — et les stations défilent, je dois descendre à la suivante]
— Mais si, rappelle-toi : vous aviez organisé une exposition de ses toiles. Et à cette époque tu jouais du sax dans ce groupe, Jim Murple Memorial — j'ignore si tu en fais encore partie...
[la rame arrive à ma destination, les portes s'ouvrent]
— Désolé, ce n'était pas moi : je m'appelle bien Mathias, mais je ne suis pas musicien et je n'ai jamais entendu parler de ce groupe. »

Nous sommes restés assez hagards à nous regarder quelques secondes (il était vraiment le sosie de l'autre Mathias, sinon lui-même déniant d'un coup tout), et puis l'alarme a retenti et je suis descendu.
Mais j'ai mis pas mal de temps à redescendre de ce bizarre moment.