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mardi 31 mars 2009

À la croisée de Spinoza et de Charlie Schlingo

Même une pomme de terre au fond d’une cave obscure possède une basse astuce dont elle se sert à bon escient. Elle sait parfaitement bien ce qu’elle veut, et comment l’obtenir. Elle sent la lumière tomber du soupirail, et elle y envoie tout droit ses pousses rampantes, et elles ramperont sur le sol et le long du mur jusqu’au soupirail et à l’air libre. Et s’il y a un petit peu de terre quelque part en route, la pomme de terre saura la trouver et s’en servir pour ses fins. Combien de patients calculs elle peut faire pour diriger ses pousses quand elle est plantée dans la terre, nous l’ignorons ; mais nous pouvons l’imaginer occupée à raisonner de cette façon : « Il faut que j’aie une pousse de ce côté-ci et une de ce côté-là, et alors j’absorberai tout ce qui peut m’être avantageux dans ce qui m’entoure, j’étoufferai cette voisine sous mon ombre et je minerai cette autre, et ce que je pourrai faire sera la limite de ce que je ferai. Celle qui est plus forte et mieux placée que moi me vaincra, et celle qui est plus faible que moi, je la vaincrai. »
La pomme de terre exprime tout cela en le faisant, ce qui est le meilleur des langages. Mais qu’est-ce que la conscience, si ce n’est pas là de la conscience ? Il ne nous est pas très facile de sympathiser avec les émotions d’une pomme de terre, pas plus qu’avec celles d’une huître. Ni la pomme de terre ni l’huître ne font du bruit quand on fait bouillir l’une ou qu’on ouvre l’autre, et le bruit pour nous a plus d’éloquence que toute autre chose, parce que nous en faisons tant pour nos propres souffrances ! Il s’ensuit que du moment qu’elles ne nous importunent par aucune expression de douleur, nous disons qu’elles ne sentent rien. Elles ne sentent rien en effet du point de vue du genre humain. Mais le genre humain n’est pas tout le monde.
Samuel Butler, Erewhon, Gallimard, coll. « L’imaginaire »,
pp. 238-239 (tr. V. Larbaud)

vendredi 27 mars 2009

L'amour fou est éternel



Le son étant assez faible sur cette copie où se trouve le passage qui nous intéresse, voici la retranscription partielle des propos échangés entre Pandora Reynolds et Hendrick van der Zee dans l'extrait qui nous importe :

— There’s something beyond my understanding, something mystical in the feeling I have for you.
I feel as if I’d loved you always, not only in this life, but in lives I’ve lived before and do not remember. It’s as if everything that happened before I met you didn’t happen to me at all, but to someone else. […]
You have no idea the things I’ve imagined myself saying to you…
Jeffrey once said that the measure of love is what one is willing to give up for it.
It was when Stephen destroyed his car for me : it was a wonderful gesture, but then he took it back. Stephen doesn’t realize it, but when he recovered his car, I felt that he’d set me free…
— And you… what would you give up ?
— I’ve asked myself that question…
— Your life, for instance ? Would you give up your life ?
— Yes, I would : I’ll die for you without the least hesitation.
I know that sounds extravagant, but I thought about it.
I mean it : I give up my life for you. That’s the measure of my love. And you, what would you give up ?
— My salvation.


Ayant répondu cela après un terrible silence, Van der Zee se met aussitôt à œuvrer à la perte de son salut en déversant sur Pandora énamourée d'odieux reproches sur sa conduite et en l'assurant de son complet mépris pour son attitude et la « confession choquante » qu'elle vient vient de lui faire.

jeudi 26 mars 2009

«Nous partons d’un point d’extrême isolement»


Après que ses journalistes ont pris connaissance du dossier judiciaire de l'affaire de Tarnac, Le Monde a publié hier l'article suivant :

CE QUE CONTIENT LE DOSSIER D’INSTRUCTION DE L’AFFAIRE TARNAC

L'ensemble atteint déjà la hauteur de sept à huit Bottin. Le dossier de l'affaire Tarnac, que Le Monde a pu consulter, près de mille pièces et procès-verbaux numérotés, peut être scindé en deux. D'un côté, sept mois de filatures, d'écoutes, dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte le 16 avril 2008 ; de l'autre, quatre mois d'instruction, toujours en cours depuis la mise en examen, le 15 novembre 2008, de neuf personnes accusées de terrorisme et pour certaines, de sabotage contre des lignes SNCF en octobre et en novembre 2008.

Bertrand Deveaux, 22 ans, Elsa Hauck, 24 ans, Aria Thomas, 27 ans, Mathieu Burnel, 27 ans, puis Gabrielle Hallez, 30 ans, Manon Glibert, 25 ans, Benjamin Rosoux, 30 ans, et Yildune Lévy, 25 ans, ont tous, depuis, recouvré la liberté sous contrôle judiciaire. Seul, Julien Coupat, 34 ans, considéré comme le chef, reste incarcéré.

Le dossier a beau être dense, il ne contient ni preuves matérielles ni aveux, et un seul témoignage à charge, sous X, recueilli le 14 novembre. Les rares confidences lâchées lors des gardes à vue ont été corrigées depuis. « Ils [les policiers] ont tout fait pour me faire dire que Julien Coupat était un être abject, manipulateur », affirme le 22 janvier Aria Thomas à Yves Jannier, l'un des trois juges instructeurs du pôle antiterroriste. « Pour que les choses soient claires, poursuit-elle, je n'ai jamais pensé, ni cru ou eu le sentiment que Benjamin Rosoux ou Julien Coupat soient prêts à commettre des actes de violence. » Suit cet échange, le 13février, entre le juge Thierry Fragnoli et Julien Coupat, dépeint par le témoin sous X comme un « gourou quasi sectaire », enclin à la violence politique.

« UNE ESPÈCE DE CHARLES MANSON DE LA POLITIQUE »

— Le juge : « Pensez-vous que le combat politique puisse parfois avoir une valeur supérieure à la vie humaine et justifier l'atteinte de celle-ci ? »
— Julien Coupat: « Ça fait partie (…) du caractère délirant de la déposition du témoin 42 [sous X] tendant à me faire passer pour une espèce de Charles Manson de la politique (…) Je pense que c'est une erreur métaphysique de croire qu'une justification puisse avoir le même poids qu'une vie d'homme. »
Il arrive parfois que le juge tâte le terrain à ses dépens.
— « J'imagine que votre ami Coupat et vous-même, de par vos formations et vos goûts, vous vous intéressez à l'histoire (…) des grands mouvements révolutionnaires. Est-ce le cas ? », demande-t-il le 8 janvier à Yildune Lévy, la compagne de Julien Coupat.
— « Pour ce qui me concerne, je m'intéresse plus à la préhistoire », rétorque l'étudiante en archéologie.

Séparément, le couple Lévy-Coupat livre une même version pour justifier, au terme de multiples détours, leur présence, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à proximité d'une des lignes SNCF endommagées. Elle : « On a fait l'amour dans la voiture comme plein de jeunes. » Lui : « On s'est enfoncés dans la campagne pour voir si nous étions suivis et nous n'avons eu aucun répit, puisque, où que nous allions, 30 secondes après s'être arrêtés, même dans les endroits les plus reculés, il y avait des voitures qui surgissaient. »

Tous deux s'accordent sur leur voyage de "tourisme", en janvier 2008, et le franchissement clandestin de la frontière des Etats-Unis depuis le Canada. Cette information, transmise par les Américains, motivera l'ouverture de l'enquête préliminaire. « Pour moi, refuser de se soumettre volontairement au fichage biométrique est un principe éthique », justifie Julien Coupat.

Les neuf reconnaissent leur engagement militant et leur présence lors de manifestations qui ont pu donner lieu à des affrontements, tel le contre sommet de l'immigration à Vichy en novembre2008. Mais ils récusent l'étiquette de « structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l'étranger » que leur attribue la sous-direction à la lutte antiterroriste (SDAT), sur la « base des informations communiquées par la direction centrale du renseignement intérieur », non jointes. Les sabotages ont été revendiqués le 9 novembre 2008 à Berlin. « Si ce sont des Allemands qui revendiquent, ça semble être une explication », relève Yildune Lévy.

La police a déployé d'importants moyens comme en témoignent les très nombreuses écoutes téléphoniques et interceptions de courriers électroniques des mis en examen et parfois de leurs parents, bien avant les interpellations. Une enveloppe à bulle contenant une clé, envoyée par Julien Coupat depuis la Grèce en septembre 2008, au domicile de son père à Rueil-Malmaison, est ainsi ouverte avant d'être distribuée. Des caméras de surveillance ont été posées autour de la ferme du Goutailloux à Tarnac (Corrèze) — considérée comme la base du groupe — et au domicile parisien de Yildune Levy et Julien Coupat.

LA SURVEILLANCE DU GROUPE NE DATE PAS D'HIER

Les filatures s'enchaînent, minutieuses mais peu démonstratives. Au fil des pages, on découvre les « albums photos » de tous ceux qui ont fréquenté les lieux. Les manifestations de soutien recensées à l'étranger sont maigres: un engin incendiaire devant la porte de l'AFP à Athènes, des boules de Noël contre le consulat français à Hambourg.

L'interpellation des neuf, le 11 novembre 2008, trois jours après le sabotage constaté sur plusieurs lignes TGV, donne lieu à de nouvelles investigations: brosses à dents, rasoirs, sacs de couchage, manteaux, bouteilles, mégots sont examinés au plus près pour récupérer les ADN. Un sac poubelle noir contenant deux gilets pare-balles coincés dans une cheminée au Goutailloux est trouvé. « Je n'ai jamais vu ce sac auparavant », dira Benjamin Rosoux au juge. Les expertises des gendarmes sur les crochets métalliques fixés aux caténaires n'ont rien donné, pas plus que l'étude des lieux. Un responsable de la maintenance SNCF précise que le dispositif malveillant « ne peut en aucun cas provoquer un accident entraînant des dommages corporels ».

La surveillance du groupe ne date pourtant pas d'hier comme l'atteste, en 2005, l'enquête pour blanchiment versée à l'instruction. Elle fait suite au signalement opéré par Tracfin dès l'achat du Goutailloux. « Julien Coupat et Benjamin Rosoux seraient membres de mouvances anarcho-libertaires et auraient participé, à ce titre, à de nombreuses actions contestataires », justifie la cellule antiblanchiment de Bercy. La police financière note que Julien Coupat fait l'objet d'une fiche RG créée le 26 décembre 2002 [date qui correspond à l'occupation de Nanterre par des étudiants], modifiée le 28 octobre 2005 pour "mise sous surveillance". Même chose pour Gabrielle Hallez et Benjamin Rosoux. Jusqu'ici, aucun n'a fait l'objet d'une condamnation.

Les enquêteurs ont saisi et décortiqué les lectures du groupe. Le livre l'Insurrection qui vient, attribué à Julien Coupat, — ce qu'il nie —, figure dans le dossier. Il voisine avec un document Internet, traduit de l'allemand sur des produits AEG « sans sueur, sans sciage, le crochet en forme de griffe pour les bricoleurs ».

Conscients que les résultats des commissions rogatoires internationales lancées par les juges vont prendre du temps, les avocats, Irène Terrel, défenseure de quatre des mis en examen et William Bourdon, conseil de Yildune Lévy, s'apprêtaient, mercredi 25 mars, à adresser un courrier au juge Thierry Fragnoli lui demandant de se déclarer incompétent et de se dessaisir du dossier. Un dossier qu'ils ont l'intention, avec leurs confrères Dominique Vallés et Philippe Lescène, de commenter, le 2 avril, devant la presse dans les locaux de la Ligue des droits de l'homme.
Isabelle Mandraud

mercredi 25 mars 2009

L'amour fou au XXIe siècle

La veille, il était arrivé une heure en retard au rendez-vous. J’étais devant la station d’essence de la porte d’Orléans à guetter les 4 L en espérant qu’il vienne. Il a fini par apparaître. J’avais envie de faire la tête mais la gaieté de le voir annulait tout. Ce n’était pas le moment de faire une remarque : déjà qu’il ne m’aimait pas beaucoup. J’ai juste relevé son manque de ponctualité sur le ton de la plaisanterie.
Valérie Mréjen, L'Agrume, Allia, 2001, p. [7]

J'ignore pourquoi, je n'arrive pas à mépriser complètement cette Mréjen, qui écrit mal mais réalise des films parfois inattendus. Pourtant, elle cultive l'autofiction et joue à la performeuse, toutes choses immédiatement haïssables. Allez savoir. J'aime bien le point qui clôt la phrase « … déjà qu'il ne m'aimait pas beaucoup », par exemple.

On a toujours raison de se révolter

Justice, force. — Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.

Montaigne a tort : la coutume ne doit être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle est raisonnable ou juste ; mais le peuple la suit par cette seule raison qu'il la croit juste. Sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu'elle fût coutume ; car on ne veut être assujetti qu'à la raison ou à la justice. La coutume, sans cela, passerait pour tyrannie ; mais l'empire de la raison et de la justice n'est non plus tyrannique que celui de la délectation : ce sont les principes naturels à l'homme.
Il serait donc bon qu'on obéît aux lois et coutumes parce qu'elles sont lois ; qu'il [sic] sût qu'il n'y en a aucune vraie et juste à introduire, que nous n'y connaissons rien, et qu'ainsi il faut seulement suivre les reçues : par ce moyen, on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n'est pas susceptible de cette doctrine ; et ainsi, comme il croit que la vérité se peut trouver, et qu'elle est dans les lois et coutumes, il les croit, et prend leur antiquité comme une preuve de leur vérité (et non de leur seule autorité sans vérité). Ainsi il y obéit ; mais il est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien, ce qui se peut faire voir de toutes, en les regardant d'un certain côté.
Blaise Pascal, Pensées, fragments 298 et 325 (Brunschvicg)

samedi 21 mars 2009

Hédoniste, ou sybarite ?

Le rire, tout comme la plaisanterie, est Joie pure et simple ; et par suite, à condition d’être sans excès, il est bon par soi. Il n’y a certainement qu’une torve et triste superstition pour interdire qu’on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d’éteindre la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Voici ma règle, et à quoi je me suis résolu. Il n’y a ni dieu ni personne, à moins d’un envieux, pour prendre plaisir à mon impuissance et à ma peine, et pour nous tenir pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte et les autres choses de ce genre, qui marquent une âme impuissante ; mais, au contraire, plus grande est la Joie qui nous affecte, plus grande la perfection à laquelle nous passons, c’est-à-dire, plus nous participons, nécessairement, de la nature divine. Et donc user des choses, et y prendre plaisir autant que faire se peut (non, bien sûr, jusqu’à la nausée, car ce n’est plus prendre plaisir), est d’un homme sage. Il est, dis-je, d’un homme sage de se refaire et recréer en mangeant et buvant de bonnes choses modérément, ainsi qu’en usant des odeurs, de l’agrément des plantes vertes, de la parure, de la musique, des jeux qui exercent le corps, des théâtres, et des autres choses de ce genre dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui. Car le Corps humain se compose d’un très grand nombre de parties de nature différente, qui ont continuellement besoin d’une alimentation nouvelle et variée pour que le Corps tout entier soit partout également apte à tout ce qui peut suivre de sa nature, et par conséquent pour que l’Esprit [Mens] soit lui aussi partout également apte à comprendre plusieurs choses à la fois. Et donc cette règle de vie convient excellemment et avec nos principes, et avec la pratique commune ; cette règle de vie, si elle n’est pas la seule, est donc la meilleure de toutes, et doit être recommandée de toutes les manières, et il n’est pas besoin d’en traiter plus clairement ni plus longuement.

Spinoza, Éthique, IV, proposition 45, corollaire 2, scolie (tr. B. Pautrat)

vendredi 20 mars 2009

Présomption d'innocence

Lorsque, parvenu à l'âge de onze ans, je me mis à inspecter sérieusement la bibliothèque de mes parents, seuls deux livres me parurent dignes d'intérêt (et l'expérience aidant, je sais aujourd'hui que c'était effectivement les seuls, ou peu s'en faut) : L'attrape-cœurs, de J. D. Salinger (R. Laffont, coll. « Pavillons »), et Les onze mille verges, de Guillaume Apollinaire (Régine Deforges), qui se présentait par la tranche, sur l'étagère la plus haute.
Leur lecture me marqua durablement.