Avertissement légal

Tous les textes apparaissant sur ce site sont automatiquement générés par notre nouveau logiciel Hétéronomix™ qui vous libère enfin de la pesante nécessité de réfléchir.
Ne perdez plus votre précieux temps de consommateur à répondre à vos correspondants, les plus exigeants fussent-ils quant à la teneur conceptuelle ou la qualité des propos échangés : Hétéronomix™ se charge de tout ! Syntaxe et orthographe garanties parfaites et évolutives au fil des décrets.
Approuvé par la norme AFNOR ISO 9001.

jeudi 19 février 2009

« Homo cogitat »

« L'homme pense. » (Spinoza, Éthique, II, axiome 2).
C'est la pierre d'achoppement de tout matérialisme, historique ou dialectique :
il y a de la pensée, les idées ne sont pas matérielles, la pensée est d'une autre nature que les influx nerveux qui circulent dans le cerveau.
Comment alors échapper au dualisme, aux difficultés des rapports entre corps et esprit, à l'éventuelle suprématie de l'un sur l'autre, à la spirale qui aspire vers le trou noir de la superstition et la religion, comment affirmer le matérialisme contre l'idéalisme ?
Je ne vois que Spinoza, pour avoir édifié un système métaphysique qui soit un matérialisme parfaitement conséquent.
Mais pour cela,
il faut payer le prix fort (et il ne s'agit pas de l'austérité de son œuvre, ni de la présentation au prime abord déroutante de l'Éthique). Le prix fort, c'est qu'il faut admettre que tout pense. La totalité de l'univers matériel existe aussi sous forme mentale (de toute chose matérielle il peut y avoir une idée), et allons-y carrément tant qu'on y est (mais il n'y a pas d'autre possibilité) : sous une infinité d'autres formes, que Spinoza nomme «attributs». L'univers («la Nature», dans l'Éthique, mais bien plus souvent «Dieu», ce qui est certes rebutant, bien qu'idoine pour le XVIIe siècle) est un auto-déploiement infini de lui-même (un peu à la manière du Big Bang, si l'on veut, mais l'image perturbe l'idée) en une infinité d'attributs dont chacun se déploie lui-même à l'infini. Une seule chose, un seul et même déploiement causal identique à lui-même sous quelque attribut qu'on l'appréhende (et dont l'expansion n'a pas de fin : nulle place pour la téléologie ou les causes finales, chez Baruch).
Il est difficile de penser cela.
Ainsi, n'étant constitué que de matière et de pensée, l'être humain ne peut concevoir, envisager, que ces deux attributs-là : l'étendue et la pensée. Mais chaque être réel (c'est-à-dire, dont il y a une idée vraie) existe aussi sous une infinité d'autres attributs, à jamais inconnus de nous, un peu comme des univers parallèles, en quelque sorte, mais ni mentaux ni matériels. Encore que le terme
parallélisme, souvent employé pour désigner les rapports anhiérarchiques entre attributs, soit finalement mal à propos, puisqu'il y a identité totale entre tous les attributs.
Disons que la matière est la même chose que la pensée, à une légère nuance près. Et s'il y a identité, c'est parce que le réel n'est rien d'autre qu'un enchaînement de causes et de conséquences, à leur tour causales, et que c'est cette même et unique causalité qui s'exprime dans chaque attribut. De tout corps, il est une idée. À toute idée vraie, on peut donner corps, trouver le correspondant matériel de cette idée. Aucun arrière-monde, donc, évidemment. Et puisque l'être humain (par exemple) est une partie de la
nature, il exprime une partie d'icelle — de la causalité qu'elle déploie — lorsqu'il est actif, lorsqu'il agit conformément à sa nature propre (pour aller vite, selon l'idée vraie de son corps), ce qui incidemment le rend joyeux. Mais puisqu'il n'est qu'une partie de la nature, environné par une infinité d'autres, il est impossible qu'il ne soit pas souvent passif, obéissant non plus à sa propre causalité (autonomie) mais à celle des autres (aliénation). Comme lorsqu'on reçoit un pot de fleurs sur le crâne, par exemple. Ou qu'on est contraint d'obéir à des ordres qu'on réprouve : c'est moi qui opère, mais c'est autrui qui agit, qui est actif par mon biais…
Bref, voilà pourquoi il faut
«payer le prix fort», lorsqu'on veut tenir à la fois ces deux axiomes, d'une part, que la pensée existe, et d'autre part que cela n'obère en rien le matérialisme : d'une intuition philosophique somme toute simple, on se retrouve projeté dans un système délirant de science-fiction complètement brindzingue, quoique parfaitement rationnel. Et encore n'ai-je rien dit de l'éternité, de l'espèce de largage supersonique de la cinquième partie de l'Éthique
Mais si quelqu'un a une meilleure idée…
Voilà, c'était le quart d'heure de métaphysique, où je pense (hum). On en reparlera.

D'autres êtres humains ont très bien mis en ligne l'Éthique, transformant avec astuce l'arborescence des propositions auxquelles renvoient les démonstrations en liens hyper-texte, et indiquant à quelles démonstrations ultérieures servira la proposition qu'on est en train de lire. Du beau boulot. Comme si l'hyper-texte avait été inventé tout exprès pour lire l'Éthique.
Ah zut, j'oubliais Marignac ! Non, suis-je bête, il ne vient pas par ici.

25 urbanités attiques:

thé a dit…

Pourquoi c'est écrit aussi gros ?

L'Ex a dit…

Pardon, ça doit dépendre des bécanes : moi je n'arrivais pas à me relire, genre corps 7. Ou alors j'ai la vue qui baisse (non, non, pas de contrepéterie. Quoique, hmmm… je vais y réfléchir). Mais si c'est vraiment gênant, dites-le, je diminuerait le corps (et donc forcément son idée).

thé a dit…

"Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie."

sinon, ça y est, c'esst redevenu écrit "normalement"

habes ideam veram, george

thé a dit…

Vous êtes très à l'aise avec Spinoza

L'Ex a dit…

Normal, j'ai redéfini la matrice. À Char donné, on ne regarde pas les russes. Ni divers. Même en buvant du Chardonnay. (Car nous avons une idée vraie).

L'Ex a dit…

Sabine n'est jamais trop à l'aise (là, c'en est une). Désolé, mon précédent commentaire s'adressait au précédent vôtre.
Plus sérieusement, non, je ne suis pas à l'aise : j'oublie tout le temps plein de trucs. Des numéros de propositions, des références de scolies…
Ce dont je me souviens bien, c'est :
«Homo liber nunquam dono malo, sed semper cum fides agit». Mais je ne sais même plus où c'est, dans la quatrième partie…

L'Ex a dit…

Dites, thé, question aisance, votre capacité à manier tant la littérature, la poésie, que les classiques de la philosophie, et à intervenir sur des sujets tant historiques que politiques, tout ça assorti de par exemple votre compréhension de bira qui saute des étapes (je n'aurais pas compris, si vous ne l'aviez pas fait remarquer), eh bien, ça m'effraie un peu, dois-je avouer. Heureusement que vous présentez des faiblesses en polars et en BD !

thé a dit…

Aucun mérite. Très malade enfant, et comme la seule activité permise était la lecture, et qu'on pouvait pas m'acheter des livres pour enfants tous les jours, tout le quartier amenait ce qu'ils avaient...
Après, une fois le pli pris, ça a continué
Et n'exagérons rien. Ubi en sait bien plus en latin. Leroy, évidemment, en littérature, et c'est plus "construit", on va dire. Moi, c'est méli-mélo. Et, vous vous oubliez, George.

George WF Weaver a dit…

Pas au point de faire sur mon pot de chambre, quoi qu'en dise Marchenoir.
Mais vous avez raison, tout comme Spinoza qui aurait pu développer ce genre de détails dans la troisième partie, à laquelle il met à certain moment le holà : on est toujours impressionné par le savoir d'autrui. Je suis pour ma part nul en latin, et incapable de construire quelque histoire que ce soit, ni même d'inventer une blague, malgré les injonctions de Marignac. L'important, c'est de ne pas en souffrir (je me souviens avoir été soufflé par la vitesse de réflexion et de répartie de tel prof.), de jouir le plus souvent possible, quelles que soient les circonstances.
L'histoire personnelle que vous évoquez me fait penser à Selby et à Fred Deux. Chacun est évidemment le produit de sa propre histoire, la résultante de ce qui est arrivé à son corps : back to Spinoza.

George WF Weaver a dit…

Sinon, Manchette disait avec raison, anticipant son Marignac :
« Tout ce qui est culturel est charogne. »
Enfin, "avec raison", je m'entends.

thé a dit…

chanson du soir

autour de minuit (dans le siècle) a dit…

Après Chet et Monk, le Miles que vous demandiez.
A la bonne heure.

George WF Weaver a dit…

Merci, Nicolas, mais je ne demandais rien : les Miles, je les ai tous. Et on n'a pas encore évoqué Blue Train, par exemple, ni Art Blakey, ni Kenny Burrell, ni Sonny Rollins (période The Brige)… Dites, outre Victor Serge, n'y aurait-il pas un peu de Julien Green, là ?
À votre bonheur.

thé a dit…

A propos, étonnée, George , que vous n'ayez pas compris que c'était moi Scutenaire etc., hier. Avoué une fois sur Les Moissonneuses en avoir pris une cinquantaine, loin du compte ; me rappelais pas de tous.
Etais sur CSP, où, dans son dernier billet, il confond bien des choses (littérature, réactionnaires) Fatiguée et réponse mollassonne.

George WF Weaver a dit…

Well, do sleep well, dear tea [Harry] !

George WF Weaver a dit…

Sinon, merci pour la charogne (qui pourra jamais répéter pareille phrase ?)
Mais j'en tiendrai pour ma part toujours férocement pour Le bateau ivre, à Milan, en 1981 (?)
« Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! »

George WF Weaver a dit…

Et donc, personne ne veut se frotter aux noirs parfums du matérialisme ? (Ce n'est pas un concours spinoziste). Personne ? Pfff…, allez, vous finirez tous par crever dans la superstition revenue aux ardents entonnoirs…

thé a dit…

Oui. Mais, il me semble qu'il y a une meilleure version de Ferré que celle de Deezer. Sinon, celle de Léotard . J'aime sa voix rauque, fatiguée, essoufflée.
"Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes "

Spinoza, c'est pour les matins, George.

thé a dit…

"Noirs parfums", ce doit être une hypallage, si mes souvenirs sont bons. Et toujours si mes souvenirs sont bons, la rhétorique serait née de conflits de propriétés.

George WF Weaver a dit…

Désolé de vous reprendre, mais Spinoza, c'est pour les mutins, plutôt.
Sinon, il est certain que sa lecture se parfait de café, mieux que d'alcools divers qu'on peut boire en été, en étant éthéré, absent, absinthe.
J'ai rêvé la nuit verte…
Ça alors, je connaissais de Léotard (RIP) sa version magnifique du Gallion espagnol, mais pas (mon roulis doux) le Bateau (monté de brumes violettes). Trop léotardienne, pourtant, cette version, Ferré paradoxalement cabotine moins.
Toute lune est atroce, et tout soleil amer
C'était vous, l'intéressant anonyme alexandrinien de la césure à l'hémistiche ?
Les "noirs parfums"proviennent du bateau ivre, évidemment.
Mais à défaut de matérialisme, je suis curieux de votre dernière proposition, concernant les rapports de la rhétorique et de la propriété. Très, très curieux, puisque loin de Rousseau, apparemment.

thé a dit…

Si mes souvenirs sont bons, à cette heure, ce serait Barthes. Au IV°, V° ? av JC, en Sicile. Procès pour rétablir la situation initiale. Et donc naissance de la rhétorique. Avant Aristote, donc. ça vous va ou vous en voulez plus ? Mais Rousseau n'a rien à voir là-dedans. Rien du tout. Et Rousseau m'ennuie. M'ennuie vraiment. Si ce n'est celui de la fessée.

...."aux neiges éblouies"...

Sinon, "noirs parfums", oui, reconnu Rimbaud et un peu Verne et les gravures de Le Tour du Monde

Ferré, je maintiens, meilleure version que celle de Deezer. Entendue. Demander à ubi. Il connaît bien. Ce que vous avez envoyé, c'est une version studio. Il doit y avoir un live meilleur. J'ai peut-être, mais suis désordonnée, et ne pourrais vous l'envoyer de chez moi.

thé a dit…

George 22:09, pas compris Sabine. Je crois pas que c'était Sabine dans Ferdydurke. Mais mes souvenirs sont ébréchés.
En latin, pas trop bonne non plus ; il me semble cependant qu'il manque quelque chose dans la 1° proposition

..."Les Aubes sont navrantes"

George WF Weaver a dit…

OK, vu sous cet angle, je crois saisir le rapport entre conflit de propriétaires et rhétorique. L'art oratoire des avocats, quoi. Je ne mentionnais Rousseau que pour le 2nd Discours (« Le premier qui, […] s'est avisé de dire : "ceci est à moi"… », etc. (oublié le reste). Mais l'intérêt qu'il présente ne tient pas qu'à un morceau de peigne oublié sur un radiateur. Songez à la complète folie de cette phrase :«Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur.»
Cette naissance par la bande de la rhétorique me rappelle un truc que j'ai appris récemment en lisant une brève histoire de l'orthographe (de Grévisse) : la complexité de l'orthographe du français provient du fait que les scribes du XIIe siècle qui rédigeaient en moyen français (et non plus en latin) les actes officiels étaient payés à la ligne. Du coup, ils compliquèrent à l'envi la graphie, rajoutant des h et des s à foison dans les mots à l'état d'enfance, pour gagner plus. Juste une histoire de lutte pour la hausse des salaires, donc, mais qui continue de nous pourrir la vie des siècles plus tard. Jusqu'où va se nicher la lutte des classes !
Pour Ferré, il me semblait qu'il n'en existait qu'une version, enregistrée à Milan en 1981 (triple album "Ludwig/L'imaginaire/Le bateau ivre").
Sabine : désolé, on n'explicite jamais ce genre de choses. Pensez aux occlusives labiales, la sonore et la sourde.
Enfin je ne vois plus à quelle proposition vous vous référez.

thé a dit…

La fatigue ou l'ordi qui tangue, ça va être plus court. 3 fois que ça passe pas, et lasse. Non pourtees la rhétorique. Je développe quand ça ira mieux, et moi et le réseau.
ça, c'est l'autre Rousseau, celui des Confessions. C'est pas le même, george
Grévisse, je lui fais confiance sur l'emploi de l'indicatif ou du subjonctif. Pour le reste, non, ça va de plus en plus mal et j(arrête, ça devient illisible, ma connexion ?

GWFW a dit…

Yes, miss !
"La fatigue qui tangue", c'est à creuser.
Pour Rousseau, je sais bien.
Mais pour les "croyé-je" et autres "comprené-je", je ne crois pas avoir tort.
Out of this world !

Enregistrer un commentaire