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Affichage des articles dont le libellé est Spinoza. Afficher tous les articles
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mardi 16 avril 2024

Nul ne sait ce que peut le corps







(Wesh, hem, en vrai c'est pas Wagner mais le père Strauss : désolé, on finit par s'emmêler les pinceaux avec tous ces futurs nazis !)

mardi 17 octobre 2023

De la fiabilité à la faillibilité :
hume Hume !


Même si d'aucuns ne peuvent sentir Hume, n'empêche qu'il tranche à vif dans nos préjugés quand il cause de cause…

C'est toute la semaine sur France Khü, et c'est toujours roboratif de se remettre en tête la différence entre causalité logique et prévision psychologique automatisée par la répétition de l'habitude :




« Par définition, demain c'est
ce dont je n'ai pas l'expérience,
c'est ce qui n'est pas donné. »

Ça donne bigrement à réfléchir, puisque pour Spinoza, en substance, toute chose est cause et toute cause est chose (merci, Alexandre Matheron !)

Alors qu'en est-il, si la notion même de causalité n'est nullement fiable ? 


«  Faut te faire une raison, dit Gabriel dont les propos se nuançaient parfois d’un thomisme légèrement kantien. »
Raymond Queneau, Zazie dans le métro (1959)

dimanche 15 octobre 2023

L'essence du cinéma




Des images qui bougent, un regard, un cadre : mouvement et repos, l'espace et le temps, les formes a priori de la perception, il n'y a rien d'autre.
Comme disait un rigolo, L'image-temps et L'image-mouvement.

Sept minutes sans nul dialogue en plein film d'action à gros budget, en 1973.
Une force qui va.
Et ça roule sans gras ni heurts comme un travelling parfaitement lubrifié.
Oui, c'est décidément une affaire de morale — comme disait encore un autre.

lundi 14 août 2023

La plus saine des philosophies



On l'appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità…) d'Enzo Barboni, 1970 

« Tu me demandes "comment je sais que ma philosophie est la meilleure de toutes celles qui ont jamais été enseignées dans le monde, ou qu’on enseigne encore, ou qui seront jamais enseignées dans le futur". Voilà une question que je serais bien plus en droit de te poser à toi. Car, pour ma part, je ne prétends pas avoir trouvé la meilleure philosophie, je sais seulement qu’est vraie celle que je comprends [ego non praesumo, me optimam invenisse Philosophiam ; sed veram me intelligere scio]. Comment le sais-je, demanderas-tu ? De la même manière, te répondrai-je, que tu sais, toi, que les trois angles d’un triangle sont égaux à deux droits. »

Spinoza, « Lettre 76, à Albert Burgh » (fin 1675-début 1676), Correspondance, trad. M. Rovere, Paris, GF-Flammarion, 2010, p. 372

vendredi 11 août 2023

Censure pompidolo-giscardo-lepéno-chiraquienne ?
Encore un coup de poignard visant Spinoza !


Mal conseillé par un sinistre notoirement incompétent (qui, comme un con, pétait), le Président VGE — quoique ayant veillé à faire légitimer l'IVG par la vieille Veil — s'est récemment laissé aller à divaguer un tantinet sur l'ORTF à propos de cours sur Spinoza — une déclaration qui ne manque pas de susciter les tics.

(Il revenait à peine d'une tendre rencontre avec Yasser Arafat)



Les vidéos litigieuses en question demeurent néanmoins visibles ici, si on cherche une alternative douce aux somnifères.

jeudi 8 juin 2023

dimanche 1 janvier 2023

Au gui l'an neuf, que décide-t-on :
de bonnes résolutions
ou une bonne révolution ?



Arnaud Fleurent-Didier, Ne sois pas trop exigeant



Georges Moustaki, Sans la nommer (1969)


« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ; et plus généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n’aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou du Mexique ; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d’être sains, étant malades, ou d’être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d’avoir des corps d’une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. »
René Descartes, Discours de la méthode, IIIe partie
 
 
« Telle est donc la fin à laquelle je tends : acquérir cette nature supérieure et faire de mon mieux pour que beaucoup l’acquièrent avec moi ; car c’est encore une partie de ma félicité de travailler à ce que beaucoup connaissent clairement ce qui est clair pour moi, de façon que leur entendement et leur désir s’accordent pleinement avec mon propre entendement et mon propre désir. Pour parvenir à cette fin il est nécessaire d’avoir de la Nature une connaissance telle qu’elle suffise à l’acquisition de cette nature supérieure ; en second lieu, de former une société telle qu’il est à désirer pour que le plus d’hommes possible arrivent au but aussi facilement et sûrement qu’il se pourra. »
Spinoza, Traité de la réforme de l'entendement, § 14 (trad. Ch. Appuhn)

« RÉVOLUTION : solution de tous les rêves »
 
 

lundi 17 octobre 2022

Devenir Dieu en trois-cinq sec et puis basta !


En réalité c'est assez simple, il suffit juste de tenir la rampe kantienne de l'autonomie de la volonté (que le chieur vétilleux de Königsberg prône notamment dans la Critique de la raison pratique et qu'il résume pour mieux en assener la matraque morale agnostique dans les Fondements de la métaphysique des mœurs) dans ce domaine très concret qu'est la pratique de la vie quotidienne.
Soi-dit en passant, faut pas se laisser rebuter par les titres pompeux de ces bouquins qui semblent de prime abord à mourir d'ennui : en fait, tout bien réfléchi, c'est juste comme des recueils de recettes de cuisine ces machins-là : t'épluches des patates ou ton cerveau, c'est tout pareil, et puis t'enfournes à 180° mais ce qui  compte c'est de surveiller attentivement la cuisson, après tu peux te régaler et miam-miam.
Mais quand même, pour pimenter un chouïa faut mâtiner ça d'un peu de Nietzsche et de Schopenhauer — qu'étaient pas les derniers des cons non plus, faut pas déconner !
Et puis Marx, aussi, ça mange pas de pain (le jeune, j'entends, celui du fétichisme de la marchandise évidemment  — çui-là qu'aimait pas trop Althusser-le kiki-ALN)

Les totos parisiens des années 80, ils ont tenté de pratiquer la chose (au sens de la praxis, pour les ceusses qui suivent) mais ils étaient talés de tant de branleurs (voulez-vous qu'on incluse au féminin pour moins genrer si ça vous dérangeait ?) que ça a foiré total au final, et puis c'est parti en bastons de keupons et en OD de junks, peu ont survécu et merci la Sécu.
Et puis surtout, ces couillon[ne]s qui parlaient (vaguement) d'extra[di]ction de la plus-value, ils en restaient à cette monumentale connerie hégelienne et téléologique qu'est cette saloperie débile, la dialectique — ternaire comme la Sainte Trinité et d'ailleurs toujours catho au fond (et même au tréfonds de ton petit cul d'enfant de chœur pour les plus immondes de ces salopes de curetons).
Mais bon, z'avaient quand même du savoir-faire dans les paluches, les totos, faut reconnaître : raccorder tuyaux cuivre et plomb avec soudure à l'argent, niquer les compteurs EDF par tous les moyens pensables pour tirer le jus gratis, ouvrir n'importe quel immeuble et le visiter tranquillou voir si on pouvait s'y installer, balancer du béton dans les regards de ces crevards de la Compagnie des Eaux pour les empêcher de venir nous couper le flotte, zouiller n'importe quelle serrure, ouais, y'avait de la pensée pratique : géniales astuces improvisées et système D à fond la caisse.

Ces joyeux enfants innocents ignoraient hélas tout de Spinoza, l'anti-Hegel par excellence, mais peu importe : la théorie, au fond, ils n'en avaient rien à foutre — ce qui comptait c'était surtout de créer un superbe bordel qui niquait par surcroît (et par endroits) les ultimes ressorts du capitalisme « néo-libéral », comme z'y disent (comme s'il y avait des variantes plus ou moins bénéfiques ou néfastes de capitalisme !) : propriété privée, héritage, sécurité & C°.

Moi je suis arrivé sur le tard dans cette histoire mais aussitôt je m'en suis délecté, j'en ai fait mon miel et mon régal.
Apprendre des trucs simples pour glisser entre les failles du système.
La PAO vient juste de surgir, les proprios sont même pas au jus, on peut leur présenter des fiches de paie entièrement bidouillées et louer un appart' sans aucune légitimité.
On peut imprimer des logos EDF à coller au dos d'un bleu de travail et ainsi trifouiller en toute quiétude dans l'armoire électrique d'une cité HLM pour éradiquer le compteur de son logement.

C'est génial.

On comprend l'intérêt d'apprendre, de s'initier.

Internet déboule au milieu des années 90, on comprend que tous les systèmes de contrôle vont changer de nature, qu'il va falloir savoir hacker.

C'est comme ça, sur le tas, qu'on devient Dieu.
Au sens de Hobbes plutôt que de Nietzsche cette fois : « Homo homini Deus ».

On sait désormais construire une maison (tout, mais absolument tout : maçonnerie, menuiserie,  charpente, couverture, plomberie, installation électrique, isolation, évacuation écolo), on sait utiliser tous les outils et manipuler  toutes les machines, on sait conduire tous les véhicules (pas les avions, faut pas déconner !), on sait à peut près tout construire, tout réparer, tout cultiver, on est à même de faire à bouffer des plats exquis pour 80 personnes, on sait corriger les textes aussi, et les mettre en page, et même traduire au besoin, et construire un site internouille et bidouiller du code HTML, et on s'y connait en câblage RJ45, etc., etc. — et chaque fois qu'on dépanne des potes en trois-cinq sec parce qu'on sait le faire et qu'au fond c'est archi-simple, on apparaît comme un dieu à leurs yeux, à eux qui ont tellement été endoctrinés à croire que rien n'est possible sans des spécialistes et des experts et qu'il faut prendre rendez-vous et que dès qu'un truc marche plus il est plus rien bon qu'à jeter.

Bah non, en vrai c'est pas ça.

C'est facile de devenir Dieu.

Il suffit d'apprendre.

dimanche 18 septembre 2022

LE BEAU T'ARRIVE

 

C'était hier soir, en direct sur France Cul depuis le studio 542 de la Maison de la Radio (« et de la Musique », qu'ils ont osé ajouter juste après en avoir supprimé la moitié des orchestres !), à 21h dans l'émission Samedi Fiction, « Arthur Rimbaud - Rumeurs et visions », j'en ai eu le souffle coupé, bouche bée. Gaspe !

Jamais j'avais entendu pareille invocation*.
Rimbaud aurait kiffé grave, foi de GWFW !

Le bateau ivre, par Adrien Michaux

On est à tant d'années-lumière de l'extraordinaire interprétation de Ferré en 1982 — qui du coup en paraît quasi… stalinien !



Allez, toute cette émission de Laure Egoroff est d'une telle beauté époustouflante, je la rebalance ici :



* Comme on dit « incarnation », le fait de prendre chair. Ici, accomplir par la seule voix.
« Je sais bien que ces noms signifient autre chose dans l’usage commun. Mais mon dessein est d’expliquer non pas le sens des mots, mais la nature des choses, et de les désigner par des termes dont la signification usuelle ne s’éloigne pas complètement de la signification avec laquelle je veux les employer ; qu’il suffise que je le fasse observer une fois pour toutes. »

Spinoza, Éthique III, Explication faisant suite à la définition 20 des Affects (trad. Pierre-François Moreau, PUF, coll. « Épiméthée », 2020, p. 327)

dimanche 7 août 2022

Comment je suis devenu communiste libertaire

Cette année, le feuilleton-fleuve de France Culture qui court sur juillet-août, c'est Vie et destin, titre pléonastique s'il en est de Vassili Grossman.
Autant j'avais été happé par Le comte de Monte-Cristo voici quatre ans, autant là ça me disait vraiment rien, non merci, pas envie.
Mais allez savoir pourquoi, aujourd'hui je me suis demandé pourquoi ça me débectait ainsi a priori.
J'ai un peu réfléchi… et puis j'ai compris — enfin plutôt, je me suis souvenu : je confondais avec L'homme de Kiev, de Malamud.

L’homme de Kiev, que ce farceur de Deleuze cite en épigraphe de son Spinoza. Philosophie pratique. L’homme de Kiev est ce pauvre juif qui a acheté pour 1 kopek une traduction de L'Éthique de Spinoza chez un brocanteur tout en regrettant de gaspiller un argent durement gagné, et qui confesse à ses juges :

« Plus tard j’en ai lu quelques pages, et puis j’ai continué comme si une rafale de vent me poussait dans le dos. Je n’ai pas tout compris, comme je vous l’ai dit, mais dès que l’on touche à des idées pareilles, c’est comme si on enfourchait un balai de sorcière. Je n’étais plus le même homme. »

Prologue de la rediff le 19-01-2021 de « Avez-vous lu Baruch ou Portrait présumé de Spinoza » (Les samedis de FC, 3 avril 1978)

Ah oui.
Ah oui, c'est vrai, j'avais complètement zappé !
Le film, je veux dire (car franchement, qui a lu Malamud ?) : le film de Frankenheimer de 1968, The Fixer (John Frankenheimer, oui, le tâcheron pas si tache qui a brièvement brillé avec French Connection 2).
Enfin, plutôt… la première diffusion de ce film sur l'antenne de l'ORTF.
Mais, euh, en fait non, même pas la diffusion : la semi-diffusion.

Chaque fois qu'on en cause, on oublie une chose : c'était les vacances, les vacances “de Pâques” comme on disait alors — pas encore “de printemps” contrairement au Bon Marché ou à aujourd'hui avec toute la galerie qui fayote.

Hé oui : les vacances de Pâques, deux grosses semaines en Normandie chez Daddy et Mamic, youpi !

Neuf ans et toutes mes dents, traire les vaches du fermier d'à côté M. Héry assis sur mon seau à m'en foutre plein les pognes de lait mousseux bien chaud, toutes les joies de la campagne normande éclatante sous les feux de ces trente glorieuses ignorant leur crépuscule galopant (enfin, les menaces de “mise à l'air” — comprenez se faire déculotter par les fils des voisins et frotter bite et cul d'orties — c'était pas vraiment la joie, plutôt grave flippant à vrai dire, mais heureusement c'était pour rire).

Mais la joie suprême, avouons-le en petit citadin que j'étais alors, c'était pas au grand air, c'était pas veaux vaches cochons même si des pensées impures m'égaraient déjà vers Perrette et son pote olé : non, l'extase c'était ce machin magique où je voyais des rêves inimaginables, ce gros globe bulbeux en noir et blanc souvent brouillé, c'était… LA TÉLÉ !
Des images qui bougeaient pour raconter des histoires, une avancée technologique fondamentale qui me faisait frétiller comme un daguet (attention ! j'ai pas dit “bander comme un cerf”) mais que mes parents dédaignaient horriblement, inconscients qu'ils étaient des efforts herculéens que je devais déployer à la récré pour faire mine d'avoir vu la veille Winchester 73 comme tous les copains aux yeux illuminés (« Et tu t'souviens, quand y dégaine avant que l'aut' ait eu l'temps d'dire ouf ? — Ah ouais, sensass ! ») : fallait en affabuler, des trésors d'ingéniosité pour raconter les bribes de tous ces films dont j'ignorais tout, pour faire croire que moi aussi j'avais vu, et surtout que mes parents “avaient la télé”…

Mes grands-parents ne connaissaient rien à ce truc (la télé) dont ils venaient de meubler leur salon, ni d'ailleurs à l'histoire du cinéma, tout au plus Mamic se souciait-elle de l'avis de l'OCFC ou d'un éventuel carré blanc : le vrai péril, c'était l'heure-guillotine du dodo : ils éteignaient sans pitié le poste cinq minutes avant la fin d'un suspense insoutenable.

Mais ce soir-là, ça semblait peinard et assuré : les Dossiers de l'écran passaient en première partie L'homme de Kiev pendant que mes grands-parents avaient disparu je ne sais où, j'étais sûr de voir le film jusqu'au bout.


 
Et c'est là que tout a basculé.
Je sortais à peine de table, bien mangé bien bu, le ventre bien tendu tout repu de la délicieuse soupe de ma Mamic, et voilà qu'un infâme geôlier chargé d'apporter une écuelle de soupe à notre malheureux héros injustement emprisonné, voilà-t-y pas que beuârk ! il crache sous ses yeux un gros mollard dedans avant de la lui passer !!!
C'est franchement dégueulasse, je savais pas qu'on montrait des choses aussi peu chrétiennes à la TÉLÉ, mais en plus voilà que ça se met à déconner à plein tubes sur l'écran, y'a un texte qui défile en bas du film qui continue, ça dit en gros que le président est mort et que le film va s'arrêter, y va y avoir un flash spécial.

Moi je pige que dalle mais une chose est bien claire : le salopard a craché exprès dans l'assiette de soupe du pauvre juif spinoziste innocent à la Kafka, et le président Pompidou il a tellement pas supporté pareille saloperie qu'il a calanché direct et du coup on m'a sucré la fin du film, pour une fois que j'allais enfin tout savoir !
J'en ai conçu une telle haine pour Pompidou* et le capitalisme dont il s'était fait le trente-glorieux héraut, j'ai tellement ressenti cette double injustice dont se trouvaient frappés tant le pauvre homme de Kiev que moi-même, qu'après mûre réflexion, ni une ni deux, hop ! j'ai hopté pour le communisme libertaire.

Et voilà toute l'histoire, et que s'il vous plaît nul althussérien ne vienne me causer à ce propos de surdétermination, merci, j'en ai bien assez pour mon compte quoi que cela puisse bien vouloir dire !

* Pompidou, ce saligaud glaireux prétendument poète, plutôt prouteux tout court, cette baudruche enflée qui bien loin des glamoureux pou pou pidou de Marylin se faisait nuitamment héliporter depuis l'Élysée vers des ruisseaux bien plus frais pour tenter d'y pêcher l'écrevisse à grands renforts de têtes de porcs (c'est du moins ce qu'affirme fortement Raoul Rabut** dans Un tas d'œufs frits dans un chapeau et je ne puis que souscrire sans réserve à cette puissante conviction en opinant du chef de haute trahison).



** Le plus sympathique des trois frères Tellenne, qui jadis fondèrent le rigolo groupe Jalons avant de plus ou moins vite se muer comme des serpents en sinistres conseillers de Pasqua, animateurs téloche niveau Zéro ou de manif pour tou(te ?)s du genre Frijide Barjot. Leur acmé date du 13 janvier 1985, quand ils organisèrent une manif de protestation contre le froid au métro Glacière (après avoir pétitionné pour une candidature de Pompidou à la présidentielle de 1981, mais c'est une autre histoire…)

mercredi 18 mai 2016

Bégueule ou Spinoza ?
Un sabotage en beauté, en une ligne et demie


L'éminent Bernard Pautrat, grand hégélien devant l'Esprit — n'en déplaise à notre ami Le Moine Bleu — vire spinoziste peu après Pierre Macherey et concocte longuement une irréprochable traduction de l'Éthique — imposant par exemple le terme « affect » pour traduire affectus, mais malheureusement pas le terme « mental » pour Mens : il a conservé cet « Esprit » à tendance spirituelle qu'avait choisi Roland Caillois — à la suite d'André Guérinot — dans son exécrable traduction pour la Bibliothèque de la Pléiade.

Bref.

L'ami Pautrat peaufine sa traduction durant des années, savamment, de plus en plus spinozistiquement, aussi patiemment peut-être (toutes choses étant égales par ailleurs) que Spinoza polissait ses verres de lunettes.

Tout bien polissé, il publie en au Seuil en octobre 1988, dans la collection « L'ordre philosophique » alors dirigée par François Wahl, une magnifique énième traduction de Ethica, texte latin (Carl Gebhardt hrsgb., 1925) en regard.

Mise en page avisée, correcteurs sourcilleux (même pour le texte latin), toute l'édition baigne dans le conatus jusqu'à l'ultime scolie, celui de la proposition XLII de la cinquième Partie, p. [541], qui se termine hélas affreusement ainsi :


Ayant minutieusement étudié, j'imagine, au moins à deux reprises, les épreuves passées par les mains de correcteurs chevronnés, quelle n'a pas dû être l'affliction du sourcilleux traducteur à constater que la conclusion du chef d'œuvre — ainsi dépareillée — le flinguait complètement !

Du coup, urgence oblige et fait rare dans l'histoire de l'édition française des années 1980 — mais on ne va quand même pas tout réimposer ni pilonner, y'a du fric en jeu, même si c'est l'Éthique ! —, la maison d'édition a composé fissa et fait insérer (par de petites mains asiatiques ?) un erratum au bon endroit, et que voici :

Onze années passent, on arrive en 1999.

Cette magnifique traduction de l'Éthique est rééditée dans la collection « Points-essais », et l'éditeur (pas encore racheté par ces enflures de La Martinière, mais Claude Durand, sentait déjà sans doute le vent tourner), a consenti à un effort pour réparer la bévue de la première édition : d'accord, on reprend les plaques offset de 1988 et on recompose à l'arrache (comme au temps de la linotype, alors que la PAO l'a liquidée depuis longtemps) le dernier scolie, ce qui aboutit à ceci (on remarquera l'irrégularité typographique des trois dernières lignes) :



* * * * *

Je reproduis ci-dessous la belle « Note du traducteur » que Bernard Pautrat offrait en 1988 aux éventuels lecteurs...
 


 ... ainsi que l'« Avertissement » de la réédition de 1999, où il qualifie bellement l'Éthique de « prodigieuse machine-à-bonheur » :



,

jeudi 18 février 2016

La sagesse ne viendra jamais




J’en ai fini par là avec tout ce que je voulais montrer concernant la puissance du Mental sur les affects et la Liberté du Mental. D'où il appert combien le Sage est fort, et vaut mieux que l’ignorant, qui agit par le seul appétit lubrique. L’ignorant, en effet, outre que les causes extérieures l'agitent de bien des manières, et que jamais il ne possède la vraie satisfaction de l'âme, vit en outre presque inconscient et de soi, et de Dieu, et des choses, et, dès qu’il cesse de pâtir, aussitôt il cesse aussi d’être. Alors que le sage, au contraire, considéré en tant que tel, a l'âme difficile à émouvoir ; mais conscient et de soi, et de Dieu, et des choses avec certaine nécessité éternelle, jamais il ne cesse d’être ; mais c'est pour toujours qu'il possède la vraie satisfaction de l'âme. Si maintenant l'on trouve très ardu le chemin que j’ai montré y mener, du moins peut-on le découvrir. Et il faut bien que ce soit ardu, ce qu'on trouve si rarement. Car comment pourrait-il se faire, si le salut se trouvait sous la main, et que l'on pût le découvrir sans grand labeur, que tous ou presque le négligent ? Mais tout ce qui est remarquable est difficile autant que rare.

Spinoza, Éthique, V, prop. 42, scolie final
(trad. B. Pautrat, modifiée par nos soins)

His omnia quæ de mentis in affectus potentia quæque de mentis libertate ostendere volueram, absolvi. Ex quibus apparet quantum sapiens polleat potiorque sit ignaro qui sola libidine agitur. Ignarus enim præterquam quod a causis externis multis modis agitatur nec unquam vera animi acquiescentia potitur, vivit præterea sui et Dei et rerum quasi inscius et simulac pati desinit, simul etiam esse desinit. Cum contra sapiens quatenus ut talis consideratur, vix animo movetur sed sui et Dei et rerum æterna quadam necessitate conscius, nunquam esse desinit sed semper vera animi acquiescentia potitur. Si jam via quam ad hæc ducere ostendi, perardua videatur, inveniri tamen potest. Et sane arduum debet esse quod adeo raro reperitur. Qui enim posset fieri si salus in promptu esset et sine magno labore reperiri posset ut ab omnibus fere negligeretur ? Sed omnia præclara tam difficilia quam rara sunt.

lundi 28 décembre 2015

« Des effets naturels doivent avoir des causes naturelles… »



Une émission du 20 octobre 1962, sélectionnée par Annie Le Brun pour sa Nuit rêvée pile-poil 52 ans plus tard et rediffusée sur France Culture dans la nuit du 23 au 24 décembre dernier :



Très spinoziste, au demeurant, ce Dialogue entre un prêtre et un moribond, et fort peu pascalien…

jeudi 26 novembre 2015

Le doute même est rendu impossible



[4] La cause d’où naît la superstition, qui la conserve et l’alimente, est donc la crainte ; que si, outre les raisons qui précèdent, on demande des exemples, je citerai Alexandre : alors seulement qu’aux portes de Suse il conçut des craintes sur sa fortune, il donna dans la superstition et eut recours à des devins (voir Quinte-Curce, liv. V, § 4) ; après sa victoire sur Darius, il cessa de consulter devins et aruspices, jusqu’au jour de grande anxiété où, abandonné des Bactriens, provoqué au combat par les Scythes, immobilisé lui-même par sa blessure, il retomba (ce sont les propres paroles de Quinte-Curce, liv. VII ; § 7) dans la superstition qui sert de jouet à l’esprit humain, et chargea Aristandre, en qui reposait sa crédulité, de savoir par des sacrifices quelle tournure prendraient ses affaires. On pourrait donner ici de très nombreux exemples mettant le fait en pleine évidence : les hommes ne sont dominés par la superstition qu’autant que dure la crainte, le vain culte auquel ils s’astreignent avec un respect religieux ne s’adresse qu’à des fantômes, aux égarements d’imagination d’une âme triste et craintive, les devins enfin n’ont jamais pris plus d’empire sur la foule et ne se sont jamais tant fait redouter des rois que dans les pires situations traversées par l’État ; mais cela étant, à ce que je crois, suffisamment connu de tous, je n’insisterai pas.

[5] De la cause que je viens d’assigner à la superstition, il suit clairement que tous les hommes y sont sujets de nature (et ce n’est pas, quoi qu’en disent d’autres, parce que tous les mortels ont une certaine idée confuse de la divinité). On voit en outre qu’elle doit être extrêmement diverse et inconstante, comme sont diverses et inconstantes les illusions qui flattent l’âme humaine et les folies où elle se laisse entraîner ; qu’enfin l’espoir, la haine, la colère et la fraude peuvent seuls en assurer le maintien, attendu qu’elle ne tire pas son origine de la Raison, mais de la passion seule et de la plus agissante de toutes. Autant par suite les hommes se laissent facilement prendre par tout genre de superstition, autant il est difficile de faire qu’ils persistent dans la même ; bien plus, le vulgaire demeurant toujours également misérable, il ne peut jamais trouver d’apaisement, et cela seul lui plaît qui est nouveau et ne l’a pas encore trompé ; c’est cette inconstance qui a été cause de beaucoup de troubles et de guerres atroces ; car, cela est évident par ce qui précède, et Quinte-Curce en a fait très justement la remarque (liv. IV, chap. X) nul moyen de gouverner la multitude n’est plus efficace que la superstition. Par où il arrive qu’on l’induit aisément, sous couleur de religion, tantôt à adorer les rois comme des dieux, tantôt à les exécrer et à les détester comme un fléau commun du genre humain.

[6] Pour éviter ce mal, on s’est appliqué avec le plus grand soin à entourer la religion, vraie ou fausse, d’un culte et d’un appareil propre à lui donner dans l’opinion plus de poids qu’à tout autre mobile et à en faire pour toutes les âmes l’objet du plus scrupuleux et plus constant respect. Ces mesures n’ont eu nulle part plus d’effet que chez les Turcs où la discussion même passe pour sacrilège et où tant de préjugés pèsent sur le jugement que la droite Raison n’a plus de place dans l’âme et que le doute même est rendu impossible.


Précisons qu'à l'époque où Spinoza écrit ce Traité, le terme « Turcs » désigne par métonymie les tenants de l'empire ottoman.

mardi 3 février 2015

vendredi 12 décembre 2014

On déballe tout ou on se déballonne ? (22)



Spinoza, Éthique, partie IV, dans la traduction de Bernard Pautrat publiée aux éditions du Seuil :

Proposition XV :
N'importe quelle chose peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de Désir.
Corollaire :
Du seul fait d'avoir contemplé une chose avec un affect de Joie ou bien de Tristesse dont elle n'est pas la cause efficiente, nous pouvons l'aimer ou l'avoir en haine.


Proposition XXVII :
De ce que nous imaginons une chose semblable à nous, et que nous n'avons poursuivie d'aucun affect, affectée d'un certain affect, nous sommes par là-même affectés d'un affect semblable.

Proposition XLI :
Si quelqu'un imagine être aimé de quelqu'un, et croit n'avoir donné aucune raison pour cela, il l'aimera en retour.



Tiens, j'ai retrouvé ce passage d'une lettre que je lui avais écrite à l'époque, à cette amoureuse-là (Foutredieu ! j'étais pas si manchot avec ma plume, en ces temps reculés…) :

Un mot pour toi, pour chacune de ces heures, de ces journées de printemps prometteur, Prométhée fort et fier, qui te sont entièrement dédiées au long de ces rues si connues, inconnues, étonnantes, pavées de chemins de fer sous lesquels on prend un malin plaisir à passer — ces rails dont l'origine ignore le dessous. Ces rues comme les coulisses d'un théâtre dans les ténèbres desquelles tu aurais un peu peur, tu chercherais à respirer une présence rassurante, calmées par le soleil pâle dont la pâleur enivre d'espoir, ces rues désordonnent la ville de tous les jours — maintenant ce sont d'autres jours —, la fragmentent en morceaux d'autres villes parfois plus belles — je veux dire, dont la beauté n'attend pas ce soleil, jaillit tout de suite aux yeux qui désirent —, Rome ou Valence ou Narbonne, comme dans un tableau où tout d'un coup on entrerait se promener nonchalamment. Dans ces journées tournées vers l'achèvement, vers l'accomplissement, ces journées qui se sédimentent, immenses, vers l'imminence, les passants sont des chats paisibles, pas des chasseurs, qui sourient de leur regard perdu qui court à sa perte avec joie. Les arbres tendent leurs branches vers le ciel, réclament leurs feuilles, une pluie de feuilles multicolores qui viendra s'ajuster sur leur frêle armature d'oiseau, sur leur rêve de roseaux.
Ce soir il a fait froid soudain je n'ai plus eu envie de patienter, je voulais me gorger de l'accomplissement de ce qui n'était qu'esquissé, « mais rien, je n'avais rien » qu'un bourdonnement obstiné et obtus qui te nie, qui me tenaille, aïe ! Une sorte de condensation du silence, comme des absences de paroles accumulées sur une vitre-plafond, un silence extrême — mais qu'on aime, qu'on appelle même — prend forme dans l'étalement des soirées qui se perdent à force d'attente de.
Toi.
Les mots qu'on ne peut pas dire, parce qu'ils n'existent pas (d'avoir été tant attendus, tendu). Se dire : soi, ou des choses, comme des rideaux qui soudain se rabattent en sourcils froncés, en sardines mises en boîte.
Et sinon, ailleurs, des enclaves d'esclaves à n'en plus finir, à n'en plus finir de pleurer sur des airs de Bach.

Cette nuit il fait jour, je n'y comprend plus rien. Il y a un blanc d'argent qui pousse derrière l'immeuble…

vendredi 27 juin 2014

Sénèque…
partie remise ?



« Ce n'est pas la difficulté qui fait manquer d'audace ; c'est le manque d'audace qui fait la difficulté.
[…]
Jetons au rebut la richesse, prix de notre vente en esclavage ; quittons l'or, l'argent et tout ce qui écrase les maisons prospères. La liberté ne s'acquiert pas gratuitement, mais, si tu trouves qu'elle a beaucoup de prix, elle ne te paraîtra pas trop chère. »

Sénèque, Lettre à Lucilius n°104, trad. Henri Noblot, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1993, p. 1003 et 1005.

Concernant la démarcation de Spinoza par rapport aux Stoïciens, on lira avec profit cet excellent article d'Alexandre Matheron :

jeudi 6 février 2014

Spinoza et la vie des autres



Une conférence limpide de l'éminent et réjouissant Steven Nadler donnée à l'ENS-Ulm le 22 mai 2012, récupérée grâce à l'ami Fred de la liste ANPR, Hey !



vendredi 31 janvier 2014

Un drame spinoziste



Jusqu'au 26 février prochain, le théâtre de Ménilmontant présente un spectacle intitulé Bienvenue dans l'angle Alpha qui est une adaptation par Judith Bernard de l'essai de Frédéric Lordon, Capitalisme, désir et servitude — Marx et Spinoza (que je critiquais ici sur la forme), le mardi et le mercredi à 21 h. Encore huit représentations à venir, donc.

Adèle van Reeth en causait vendredi dernier dans les Nouveaux chemins de la connaissance avec Judith Bernard et Frédéric Lordon :



C'est pas si souvent que Spinoza se retrouve d'une manière ou d'une autre sur les planches… La dernière fois, si je ne m'abuse, c'était au milieu des années quatre-vingt dans la pièce de Gilles Aillaud, Vermeer et Spinoza.