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lundi 30 décembre 2019

Saoule à y honnir (et vocables)


Sue Lyon, 10 juil. 1946 - 26 déc. 2019

« She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita. »
Et dans mes rêves, ce sera toujours Sue Lyon.

Elle avait donné un interviouve après la sortie du film de Kubrick, bien avant que l'équipe de Cinéma-cinémas ne la retrouve en 1987 (voir ce billet de juillet dernier) :



(Et à la réflexion, concernant ledit billet, la nouvelle traduction de Maurice Couturier ne démérite pas tant par rapport à celle d'Eric Kahane : moins élégante, elle est tout de même plus exacte. Par exemple, dans l'incipit cité ci-dessus, il est clair que Lo ne se tient pas sur un seul pied : elle a enfilé une seule chaussette et mesure un mètre quarante-huit sans talons.)

jeudi 19 décembre 2019

C'est pas pour faire genre, mais on se questionne…


À la réflexion, pourquoi tout ce bouzin ?
Pourquoi les femmes, pourquoi les hommes, pourquoi le genre humain — voire la genre humaine ?

Et pourquoi zigouiller la planète, alors qu'il a longtemps semblé qu'elle pût demeurer chouette ?







L'humanité se fend de moins en moins d'humanité.

mercredi 18 décembre 2019

Voyages en solitaires
(Onan est là ?)


Trois versions d'un des premiers tubes de Gérard Manset (après Animal, on est mal en 1968) à des décennies d'intervalle :

Manset lui-même en 1975, puis en 2008 Bashung (pour qui Manset avait écrit sur l'ultime album  d'Alain Comme un Lego et Je tuerai la pianiste), et enfin, l'an dernier, René Joly – celui-là-même dont le tube Chimène, déliramment cornélien, fut écrit par le même Manset en 1969, voici cinquante ans.

« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, 
La valeur n'attend point le nombre des années »







Mais n'oublions pas que Manset a sorti l'an dernier un album ahurissant, ce qui lui valut d'être invité par Marie Richeux pour une émission au cours de laquelle ses propos ne le furent pas moins – tant cet ingénu espère encore pouvoir désirer gentiment :



Album dont nous extrayons ce morceau pour le moins provocatrice :



Même si, perso, je préfère celle-ci, vraiment moins complotiste…


Lâche
(et la proue happe, ourle : hombre, partez sur les routes !)




Encore une beauté surgie de la boucle musicale que diffuse France Culture depuis le début de la grève de Radio France ce 25 novembre (trois semaines, déjà !)

mardi 17 décembre 2019

Damien, ça aise






Dix ans, déjà, bien après que Cantat trisse…

Yonnet était-y honnête, ou juste un jacques ?


France Culture a rediffusé l'an dernier d'intéressants entretiens de 1963 avec Jacques Yonnet, un chroniqueur bougrement intéressant du milieu du siècle dernier, cabotineur en diable, auteur du splendide Rue des Maléfices (initialement publié chez Denoël sous le titre Enchantements sur Paris en 1954) et dont L'Échappée a réédité récemment une sélection des chroniques qu'il publiait dans L'Auvergnat de Paris : Troquets de Paris.

On se reportera aux billets que lui a consacrés l'ami Jules sur le blogue Dans l'herbe tendre (où un judicieux anonyme a mentionné ces entretiens dont j'ignorais jusqu'alors l'existence), ainsi qu'aux souvenirs de l'hurluberlu Marino Zermac.




lundi 16 décembre 2019

« … ou alors, c'est que je ne comprends rien à l'amour ! »




C'était voici quarante-et-un ans, ça fait pas si longtemps, Jean-Pierre Léaud était toujours jeune et Dorothée balançait alors son corps à la télé pour les enfants, bien avant Le lundi au soleil et sa tristement notoire p. 106.

Truffaut était encore vivant, la vie était truffée de plein de plantes potentielles, la terre grasseyait, nous étions salement affamés.

Mais bon, mieux vaut se réjouir de tant de souvenirs que de pleurer sur l'avenir !
(Ou bien serait-ce l'inverse ? Je finis par m'embrouiller…)

(Et qui donc est le perruqué peinturluré sur le tableau derrière Dorothée ?)

samedi 14 décembre 2019

Plutôt l'aura – ce halo – que le haro !
(Allô ?)






Ils étaient quatre chez Guy Béart, dix au bonheur des dames, mais Laura demeura seule à balancer son corps.

vendredi 13 décembre 2019

Initials B. B.





Neuf ans près le flop de L'Halluciné, le jeune Scorsese a réussi à convaincre Roger Corman qu'il était possible de faire mieux en revenant à l'esprit de Mitraillette Kelly.

Même sous-titré en espingouin, même si le film n'a que très peu de rapports avec le bouquin de Ben Reitman, Boxcar Bertha, c'est de la balle (et merci à M'sieu Pop pour l'avoir dégotté sur la Toile) !




L'ouvrage de Ben Reitman a d'abord été traduit par les soins de nos amis de L'insomniaque, puis réédité en 10/18 (contre une prébende de 5000 F. d'alors, merci Jean-Claude Zylberstein !) et ensuite chez Nautilus.
Une nouvelle réédition est prévue chez Nada l'année prochaine.





mercredi 11 décembre 2019

Jadis, c'est naguère ?


Jusqu'à voici pas si longtemps, « un vieux film », pour moi, c'était un film d'avant-guerre, et même plutôt d'avant le temps du parlant : un Eisenstein, un Griffith, un Sjöstrom, par exemple.
Un slapstick, genre Mack Senett.

Mais « un vieux film », maintenant, ce n'est plus ça, non, plus du tout.

Matrix, ça date de vingt ans, c'est un vieux film.

Les aventuriers de l'arche perdue, c'est de la préhistoire.

Citizen Kane, c'est quasi le big bang.

Ma gaminette de quatorze ans s'est trouvée très étonnée avant-hier quand elle a appris que l'invention du cinématographe datait de 1895, que les débuts du parlant remontent à 1927, que le premier film en couleurs (enfin, en Technicolor, procédé ultra-lourd avec les trois pellicules synchrones) date de 1932 : Des arbres et des fleurs, avant Blanche-Neige et les sept nains en 1937 et Autant en emporte le vent en 1939…
(On pourra jeter un coup d'œil ici, pour un rapide aperçu de ces prouesses techniques).

Du coup (de mou, mon colon !), j'ai peut-être encore le rein beau (de l'air !) mais moi aussi j'ai mal vers l'aine.
Et je me sens mal armé.






mardi 10 décembre 2019

Des livres et nous
(de l'économie)



Voici un mois, début novembre, la productrice de France Culture dont aucun écrivain n'aurait osé imaginer le nom si époustouflamment romanesque — Tiphaine de Rocquigny — nous a régalé d'une série en quatre épisodes sur l'économie de la littérature.

C'est tout simplement passionnant, et bigrement instructif.







lundi 9 décembre 2019

Pense-bête pour distrait
(dix-treize ans maximum)


Oui, malgré toutes les vaporisations internettes dont il a été victime, ce blogue me sert entre autres de pense-bête, un nœud à mon  pauvre kleenex.

Et comme je kiffe grave cette anecdote que l'ami Thierry Horguelin a relevée dans l'étude qu'Olivier Smolders a consacrée à Paul Nougé, je me permets de la rebalancer sans fard ici-même.
Plus tard, des liens très particuliers vont lier Paul Nougé avec un autre médecin dont on prétendait qu’il avait inspiré à Hergé le personnage du professeur Tournesol : le docteur Breuer.
Il semble même que cette filiation célèbre ait quelque peu déteint sur les souvenirs qu’on rapporte à son sujet puisqu’on le présente souvent comme un homme attachant, arrivant au laboratoire avec des souliers de couleurs différentes et commettant de mémorables impairs.
[Témoignage de Charles Sluys :]
« Nougé m’a raconté que Breuer avait assisté jusqu’à la mort un de ses amis, se chargeant ensuite de toutes les démarches administratives, soutenant la jeune veuve dans le malheur. Puis, peu de temps après l’enterrement, il rencontre la jeune femme et, oubliant tout, lui demande des nouvelles de son mari. Elle le regarde d’un air tellement effaré que, pris d’un certain vertige, il ajoute :
“Alors…, toujours mort ?” »

Olivier Smolders, Paul Nougé. Écriture et caractère.
À l’école de la ruse.

Labor, « Archives du futur », 1995.


Sauf que.

Sauf que quand on consulte la notice Ouiquipédia du professeur Tournesol, ce Dr Breuer n'est même pas mentionné : il n'est question que d'Auguste Piccard, de Tryphon Bekaert et de John Philip Holland, dont il est vrai qu'un cliché présente aussi une ressemblance assez frappante avec le génial étourdi sourd éternellement coiffé d'un melon et inséparable de son parapluie :


 
À l'ouest… toujours à l'ouest !

(Pour ma part, tout bien réfléchi concernant l'origine de Tournesol, j'avalise l'hypothèse Breuer !)

vendredi 6 décembre 2019

Moreau… vache !



France Culture a rediffusé dans la nuit de mercredi à jeudi, entre deux trous de grève, une émission du 14 mai 1955 avec Jeanne Moreau (27 ans et toutes ses dents à l'époque).

Où l'on s'aperçoit avec un certain effarement qu'avant de croiser Bassiak/Rezvani elle chantait décidément comme une casserole !

jeudi 5 décembre 2019

Caisse que la lutte de classes ?





Alors aujourd'hui on est le 5 du mois, c'est le jour où tombe le RSA (492 € et des miettes), chouette, je file m'acheter des andouillettes commasses au Monoprix du coin (et puis des tripes en promo, tiens ! faut avouer que je suis pas vraiment végétarien).

J'arrive à la caisse derrière des vieux (enfin, plus vieux que moi, c'est dire !) qui n'ont pas compris qu'on casque avant de ranger sa boustifaille, que ça peut accélérer la fluidité des transactions.

Non, eux, ils rangent méthodiquement en vérifiant bien tout qu'ils ne se sont pas fait arnaquer, et puis l'aïeule introduit enfin son rectangle de plastique dans la machine qui te suce ton compte tandis que son époux s'endort les bras croisés sur le caddie, mais elle demande de surcroît au jeune caissier fatigué si elle a pas du rab' sur sa carte de fidélité (à son mari ?), désolé, non Madame, ça vous fait 178 € et des miettes là encore.

Contraint de patienter derrière ces vioques vétilleux, je commençais à bouillir en examinant les autres files d'attente : c'était un comble, j'étais sur la plus courte (bingo !) mais c'était la plus lente (vérole !).

Encore heureux que le caissier n'ait pas dû appeler le SAMU pour ranimer le vieux qui se moribondait de plus en plus avachi sur le caddie !

Mais bon, tout esprit de charité mis à part, on va tous vieillir jusqu'à leur point et finir par crever peut-être même avant eux, alors je demeurais stoïque, la main crispée sur mon sac d'andouillettes et de tripes (j'avais pris une canette de Goudale, aussi, faut bien l'avouer).

Sauf que quand ces Bidochon se cassent enfin, après avoir vérifié jusqu'au moindre centime, le jeune caissier se trouve pris d'un coup de mou et appelle sa cheffe pour lui réclamer une pause.

Là, ni une ni deux, je me souviens que non seulement on est le 5 du mois mais pas n'importe lequel, fouchtra !
On est le 5 décembre 2019, foutredieu ! et j'enjoins illico à ce godelureau de faire carrément la grève plutôt qu'une simple pause.

Il me fixe les yeux ronds et balbutie, confus : « Mais ça je peux pas : le directeur, c'est mon père ! »

Ça m'a rappelé un film, mais je sais plus lequel.

Bref, j'ai fini par payer 10,41 € (et les miettes) avec ma carte sans contact et puis j'ai vidé les lieux, encore plus vieux.


mercredi 4 décembre 2019

Balance ton corps !






Merci à la grève de Radio-France, qui m'a donné l'occasion d'entendre cet ambigu joyau dans la boucle musicale que déroule France Culture depuis une semaine.

Et mort aux traîtres ! (qu'on ne peut certes guère plus se permettre de qualifier de « jaunes »)

Mais pour faire bonne mesure, dans la veine (bleutée du poignet) de Jules et Jim :



Aujourd’hui, dans le milieu activiste, la problématique de « l’identité sexuelle » occupe une place de plus en plus importante. L’intitulé du mouvement LGBT se voit ainsi constamment rallongé pour que chacun ait sa case bien à lui. Pour commencer, à Lesbienne Gay Bisexuel Trans, on a rajouté Queer, puis le signe plus pour Intersexuels et pansexuels. Aux États-Unis, cela paraît se démultiplier à l’infini : le T pour trans se dédouble en Transgender et Transexual, le I pour Intersex est suivi d’un A pour Asexual, puis d’un deuxième A pour Allies (alliés hétéros de la cause) et enfin un P pour Pansexual, quand on ne rajoute pas en prime un O pour Other, au cas où.

Dans le milieu « militant », à l’identité de genre et d’orientation vient à présent s’ajouter l’identité de « race », les trois prenant le pas sur l’identité de classe.

Être un homme cisgenre, c’est-à-dire un hétérosexuel dont l’identité de genre correspond au sexe de naissance, vous classe tout en bas de l’échelle et, même si vous êtes maçon, vous serez considéré comme moins estimable que n’importe quelle femme, fût-elle cadre chez Google, ou que le patron de votre boîte s’il est noir ou porte un nom arabe ; s’il est homo en plus, vous pouvez vous cacher sous la table.
J’en resterai là parce que la probabilité qu’un patron ou une patronne soit trans est encore infinitésimale, mais j’espère bien que cela ne saurait durer.

Heureusement que tout cela se passe dans un microcosme largement sous influence universitaire parce que sinon, ce serait à pleurer.

Quant au « communautarisme » gay, pour aussi peu révolutionnaire qu’il puisse être en lui-même, on ne peut néanmoins oublier qu’il s’est construit en réaction tant à la répression qu’aux conséquences de l’épidémie du sida, et ce n’est pas la fréquence des agressions homophobes et des meurtres de transgenres un peu partout dans le monde qui va conduire à le remettre en cause, c’est le moins qu’on puisse dire.

Les luttes de défense sont donc plus que jamais nécessaires mais les luttes pour les droits ne devraient, selon moi, représenter qu’une étape, ou plutôt une partie de la lutte contre toutes les oppressions.


Lola Miesseroff, Fille à pédés, Libertalia, 2019, pp. 137-138

Le cœur fou robinsonne à travers les romances




Dis, c'est tant ?
Tant de temps tentant ?

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

Le cœur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.


« La sève est du champagne et vous monte à la tête » est un alexandrin si splendide qu'il m'a fait divaguer à jamais sur les rives de ces dix-sept ans, frappé que je fus par lui et la beauté assise sur mes genoux à moi.

Mais foin de bucolie, on n'oubliera pas que 1974 fut l'année où Franco creva enfin, peu avant Mao, celle aussi où la télé nous annonça en direct la mort du président Pompidou un soir de diffusion de L'homme de Kiev aux Dossiers de l'écran, celle enfin après quoi tout le monde préféra baisser les bras plutôt que brandir le poing comme pourtant si souvent peu auparavant.
La GP avait été dissoute un an avant, le MLF se forcifiait, ça commençait à partir en tout sens.

Mais surtout, SURTOUT — qui s'en souvient ? —, il n'y avait que quatre (QUATRE !) stations de radio à l'époque, que l'on ne pouvait écouter que sur les grandes ondes : France Inter, RTL, Europe 1 et Radio Monte-Carlo.
(Bon, en vrai, il y avait aussi la BBC, et puis sur la FM FIP, France-Musique et France-Culture, mais ça, fallait vraiment vouloir.)

Avant 1981 (date de l'essaimage des radios "libres"), ces quatre stations imposèrent à loisir leur variétoche de merde.
D'où la consécration omnipotente d'un Michel Sardou, d'un Patrick Juvet, d'une Nicole Croisille.

Sylvie Vartan, Nicoletta, Sheila, Frédéric François.
Laurent Rossi !
Et tant d'autres nullités, tandis qu'en vain on aurait espéré y entendre Brassens, Ferré, Barbara, Anne Sylvestre, Ricet Barrier, Jean-Roger Caussimon, Boby Lapointe et qui sais-je ?

Mais le régal des chacals de ces quatre stations monopolistiques, ce fut le dieu qu'elles ont forgé, et dont chacune a fait ses choux gras de sa brutale disparition électronaniste dans une baignoire (un peu à la Marat, en somme, toutes choses égales par ailleurs), savoir un mignon plein d'énergie qui s'est de lui-même livré en pâture : Clo-Clo, qui voulait lui aussi rester adolescent toute une éternité et qui s'y employait énergiquement et férocement.


dimanche 1 décembre 2019

Mais grimpe, hareng !






Le hareng saur

Il était un grand mur blanc — nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle — haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur — sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains — sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou — pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle — gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle — haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu — toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc — nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau — qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle — longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur — sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle — haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau — lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs — loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur — sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle — longue, longue, longue,
Très lentement se balance — toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire — simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens — graves, graves, graves,
Et amuser les enfants — petits, petits, petits.

Charles Cros

vendredi 22 novembre 2019

L'âge d'or



Quand George Weaver pouvait s'enfiler tranquillou un gros litron de gnôle maison dans le dos de sa pépée d'alors effondrée et ravie de ses prouesses pourtant modestes vu son âge…

(Juste avant de s'écrouler, elle avait murmuré : « Là, je dors. »)

C'était à Grimaud, l'été 68, le monde perdu.

jeudi 14 novembre 2019

Désirs impurs et promesse de bonheur


Pleure pas la bouche pleine (Pascal Thomas, 1973, à 01 h 04' 43")

Le photogramme ne présente à priori guère d'attraits, mais voyez les lignes horizontales, verticales, obliques, les deux plantes symétriques, et au centre le flou de l'illustration pointilliste, et au-dessus le vague dans le regard d'Annie Colé, avant que tout déferle enfin malgré la sagesse de sa chevelure striée comme son maillot de bain.

L'illustration du premier plat de ce J'ai lu n'est pas ce coup-ci du déprimant Paul Durand, je ne retrouve pas le nom de l'artiste mais c'est encore plus accablant.

Quant à la sous-daube du roman de Guy des Cars de 1946, voici l'alléchant début de son prière d'insérer (et ceci explique peut-être cela) :

« Très belle et adulée, Chantal est un ancien mannequin ayant brusquement renoncé à sa carrière pour une raison inconnue. En quittant Paris pour l'archipel des Iles Fidji, dans le Pacifique Sud, où sont soignés des lépreux, elle attire, d'emblée, tous les regards de ses compagnons de voyage. »

lundi 11 novembre 2019

vendredi 8 novembre 2019

Vite old ?
Oui, mais non.
Car « la jeunesse, c'est la beauté », et la beauté — tout comme l'immaturité — est éternelle, comme chacun sait.



Comme le temps passe, comme titrait l'autre !
(mes bras si yack m'en tombent)

Ça fait déjà plus de cinquante piges que l'ami Witold a cassé sa fiole le 24 juillet 1969, et voici qu'entre une représentation fugace du Mariage au théâtre de la Bastille le mois dernier et la reprise de l'adaptation lyrique d'Yvonne, princesse de Bourgogne par Philippe Boesmans, onze ans après sa création, au Palais Garnier (du 26 février au 8 mars 2020), France Culture rediffusait avant-hier le fameux Nuits magnétiques du 7 mars 1984 que j'avais déjà proposé ici-même en 2010 et derechef en 2014 mais qu'on ne se lasse jamais d'écouter — mais fouchtra ! comme le temps passe :



Et tiens, puisque tous les liens des précédents billets ont disparu, je rebalance illico les entretiens du grand artiste avec Gilbert-Maurice Duprez vu que je viens de les retrouver sur la Toile, désolé du peu :









jeudi 7 novembre 2019

« Le terrorisme de la fin 1946 »


C'est juste que, rapport au billet précédent, j'ai de la suite dans les idées…

— Ah bon, mais t'en as très peu pourtant (décidé) 

— Ta gueule, la mémoire !
Et c'est pas parce qu'il nous servait à boire / Qu'on oubliera l'espoir / D'un grand soir

— Mouaif…



À cette époque-là, en 1946, il n'y avait plus de Führer, en effet, même si les deux candidats de 1988 rêvaient de l'être, chacun à sa manière.

Intéressant lapsus, tout de même, ce « 1946 » pour « 1986 », surtout de la part d'un vieux briscard auréolé de sa Francisque qui avait auparavant cherché à en remontrer à un Marchais qui lui-même protestait ses grands dieux que jamais au grand jamais il n'avait filé comme un agneau au STO.

Comme a priori ce Chirac qui assure ici n'avoir jamais « levé le voile », lui qui quinze ans plus tard nourrira l'animosité contre le hijab.

Sans parler du burkini, que ce même Chirac aurait pu — dans un futur antérieur conditionnel, temps hypothétique s'il en est — revêtir avec une élégance peut-être bernadettesque pour se baigner dans la Seine.


mardi 5 novembre 2019

Finissons-en avec la langue de boa !




Le fameux débat du 28 avril 1988 entre Mitterrand et Chirac, avant le deuxième tour de l'élection présidentielle, enfin restitué dans sa vérité les yeux dans les yeux par Bruno Candida.

Rappelons juste que cette histoire de « dans les yeux » se réfère aux attentats qui avaient ensanglanté Paris en 1985-1986, à l'instruction de cette affaire par le juge Gilles Boulouque, tout ceci étant lié aux otages français du Hezbollah au Liban, à la guerre des ambassades entre la France et l'Iran en 1987 et au retour à Téhéran de Wahid Gordji, utilisé comme monnaie d'échange contre la libération des otages.

Pour ceusses que cette sinistre affaire d'État intéresserait, je renvoie au film de William Karel, La fille du juge :



Et puis tiens, après des heures à visionner tous les clips de Bruno Candida, je me suis recogné le débat de l'entre-deux-tours de 1988 entre ce vieillard de renard franciscain aux yeux papillonneurs et cette pute de loup aux dents pas moins aiguisées dont la charogne schlingue plus fraîchement.

Franchement, ma foi, ça vaut le jus de se taper ces deux heures quinze de boxe télévisuelle dans un gant de velours. Que des lames assassines assenées en toutes courtoisie, amorties par des matelas de mensonges de part et d'autre.

Et c'est intéressant, très a posteriori, d'entendre Chirac tenter d'appâter les électeurs du 8 mai 1988 par le fait que lui au moins n'aurait pas à dissoudre le Parlement, alors que pas moins de deux ans après son élection au poste suprême en 1995 (enfin ! à la troisième tentative), après la catastrophe immédiate du gouvernement Juppé, il dissoudra l'Assemblée Nationale en 1997.

Mais c'est certes une autre histoire, sans doute un calcul de sa part pour ramener la gôche au gouvernement (deuxième cohabitation, Chirac-Jospin, 1997-2002) pour qu'elle merde à son tour vu que c'était inéluctable et que lui-même, Jacquot, puisse être réélu en 2002 pour échapper aux graves casseroles de magouilles financières mahousses que des juges cherchaient à lui coller au cul.

Quitte à faire voter massivement, le 21 avril 2002, tout le RPR pour le Borgne, de manière à évacuer Jospin dès le premier tour et se garantir une réélection dans un fauteuil, à 82 %.
Sans parler de Papy Voise.

Au fait, il y a justement un film du même William Karel sur le sujet : Poison d'avril.

dimanche 3 novembre 2019

Les damnés de la terre (cévenole)




J'ai découvert Mario Ruspoli voici fort peu, c'est une grâce que je vous souhaite.

Du sens esthétique de branquignols de la cambriole :
une lapidaire critique du marché de l'art



Photogramme issu d'un réjouissant délire de Martin Scorcese en 1985 : After Hours
(à environ 01 h 32 mn et 40 s)

« Vous allez être heureux »


mercredi 30 octobre 2019

Beguine yourself


« Solution de tous les rêves »




Institutio & multitudo




Y'avait pas mal de monde hier soir à La Parole Errante pour assister au spectacle de l'auteur du récent Vivre sans, Frédéric Lordon.
Lequel n'a commencé à s'énerver, toutes choses égales par ailleurs, que lorsqu'un gaillard lui a posé la question de sa propre praxis : construire un livre, passer un coup de serpillière, est-ce pareillement envisageable ?


Perso j'ai trouvé ça assez courageux, un individu qui tient près de deux heures vent debout face à plus de trois cents gisquettes et loustics assez critiques, au bas mot.
Mais bien qu'il lui semblât que « le privilège qui est le [sien] n'est pas tenable », il ne s'est quand même pas abaissé à filer la main lorsque à l'issue de cette présentation il a fallu ranger les centaines de chaises et tout le reste de la logistique.



Hem.



L'enregistrement est défectueux au possible, on a fini par tirer la chasse.
Mais comme je n'ai pas eu d'emblée le réflexe d'ouvrir le micro, je me dois de préciser pour la clarté du propos que c'est du Comité invisible dont Lordon cause au début de la captation.

À part ça, les Bara ont été expulsés mardi 29 octobre avant l'aube, ils sont 150 à se geler dans un campement de fortune sur le trottoir, pas au bar.

Bref, vous voudriez pas Médée ?
On n'est jamais trop PED.

vendredi 18 octobre 2019

Quand Louise Bourgeois chantait, faisait bander et persévérait dans son être




Le texte original de Brigitte Cornand, que Louise réarrange à sa guise en impro :

Il découvre
un vaccin
Elle dégotte
un canapé à l'Hôtel des ventes

Il est un diseur, elle calembourgeotte
Il parle, elle parlotte
Il joue à la bourse, elle boursicotte
Il cuisine, mais elle popote
Il transporte, elle fourgotte
Il siffle, mais elle sifflote
Il touche, elle touchotte
Il tousse, elle toussotte
Il bouquine, elle bouquinotte
Il vit, elle vivote

Pour son pote, elle est idiote
Avec son pote, elle dansotte

Je suis un beau vieillard, mais tu es vieillotte

La litote a été la bouée de sauvetage de Lisotte
Louise est une momotte (elle fait des mots)
Créosote (Louise joue sur les mots, elle crée, donc elle est une créosote)

Charlotte à la crème / Charlotte à la crotte
Notes sur Charlotte
Qui est Charlotte ? Une idiote

Il escamote les crottes contre les carottes
Des bécottes

Idiote sans dot, elle se fagote, se chapotte,
Et se culotte comme une cocotte

Dans sa cocotte, elle fricote, elle popote
Des compotes

Les cloportes de la poivrote trottent et rotent

Charlotte, l'idiote, vivote et souffrote
Elle se fagote et se chapotte
Comme une berlingote
Elle boursicote des échalotes
Dans sa gnognotte
Elle ne mange pas, elle chipote

La femme de l'amigo est une amigotte
La crapotte est la femme du crapaud
La chamotte est la femme du chameau





Un documentaire de Camille Guichard sur l'artiste, issu d'entretiens menés à New York en 1993 :

jeudi 17 octobre 2019

« J'aime les gens qui doutent…


… mais voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps. »



Cette sympathique chanson d'Anne Sylvestre passait à la fin de l'émission Les chemins de la philosophie de ce matin, qui elle-même concluait une intéressante série consacrée à Hume, intitulée « L'art d'être sceptique » (mais dont le titre initial était « David Hume sans foi ni loi », semblerait-il).



Hume est souvent négligé dans l'histoire de la philosophie — le mérite principal qu'on daigne lui reconnaître étant d'avoir « tiré Kant de son sommeil dogmatique » — parce qu'il a renié son magistral Traité de la nature humaine dont il avait terminé la rédaction en 1737 à l'âge de vingt-six ans et qui « tomba mort-né des presses ». Alors que la raison de ce reniement résulte d'un affinement de la pensée de Hume, qui a vite compris que l'exposé systématique ne convenait pas à une pensée sceptique, ce pourquoi il a passé le restant de sa vie à la reformuler sous la forme d'essais, d'enquêtes, de discours et de chroniques.

Un important recueil de l'ensemble de ses essais — sur lequel j'ai passé quelques années — a paru aux PUF en 2001.

Adèle van Reeth, quant à elle, apprécie certainement ce philosophe à sa juste mesure, puisqu'elle lui avait déjà consacré une semaine voici plus de trois ans : « David Hume, l'étincelle du doute ».
En voici les épisodes (le troisième n'avait pas été diffusé pour cause de grève de la station le 9 mars 2016 et n'est donc pas disponible sur le site de France Culture, j'ignore s'il a été enregistré) :









Pourquoi bouder son plaisir ? j'ai dégotté une reprise de la chanson d'Anne Sylvestre par Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et Albin de la Simone :

mercredi 16 octobre 2019

Gardiens de la paix… sociale



« La Série Documentaire » de la semaine dernière était consacrée aux récentes déclinaisons de ce fameux « maintien de l'ordre à la française » dont on se souvient peut-être qu'une ministre de caniveau, Michèle Alliot-Marie, en était si fière qu'elle souhaita fort judicieusement en janvier 2011 le mettre au service de son ami le raïs Zine el-Abidine Ben Ali — enfin crevé voici peu, quant à lui.

Quatre émissions diversement intéressantes, la moins consistante étant paradoxalement la troisième, une sorte d'hagiographie de l'ami David Dufresne qui sans doute n'en peut mais.

La première rapporte les propos de trois flics (un Laurel et deux Hardy, à moins que ce ne soit l'inverse), dans la seconde on entendra avec intérêt le justificatif droit dans ses bottes du commissaire de Mantes-la-Jolie au sujet des événements du 6 décembre 2018, et la quatrième brosse un honnête tableau historique de la domestication des masses par les cognes.


« Un Rafale, ça fait beaucoup plus de dégâts qu'un LBD »