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lundi 22 avril 2019

Une mise en abyme langagière vertigineuse
Le faux est un moment du vrai
Traduttore, traditore


Un hommage en flèche de l'impétrant Dreyfus
à celle de Notre-Dame – bien malgré lui

En 2006, Steve Martin reprend magnifiquement le flambeau du défunt Peter Sellers pour incarner l'inspecteur Clouseau dans cette immonde stupiderie qu'est la saga de La panthère rose— aussi débile, s'il est possible, que la série du Gendarme de Saint-Tropez.

Qui saura jamais pourquoi Blake Edwards et Peter Sellers ont concocté vingt ans durant cette lamentable galère qui ne sentait pas franchement la rose (puisque l'argent n'a pas d'odeur), alors que ces deux joyeux compères fulgurèrent par exemple dans l'intervalle un chef-d'œuvre comme The Party (1968) ?
(Et Le jour du vin et des roses, ça vous dit quelque chose ? )

Mais bon, peu importe, youpi, MIRACLE ! le film de 2006 de Shawn Levy est une éberluante succession de gags évidemment très inégaux (on navigue entre le génie propre à Steve Martin et celui des Monty Python ou des frères Zucker) mais help, AIUTO ! certaines séquences obligent à appuyer sur la touche "pause" pour foncer pisser de rire aux toilettes.

Et surtout, il y a cette scène.
Cette scène-là.

Car, comment dire ?
Comment faire semblant d'apprendre à parler une langue soit-disant étrangère qui est en fait sa propre langue maternelle, sa langue la sienne ?
Et comment on fait pour se démerder en sus après ça, pour le doublage en français ?
Comment fait-on, pour anéantir la langue et le langage, quand on ne sait pas taire ce dont on il ne faut que parler (et merci Ludwig Wittgenstein, et merci Grégoire Bouillier, et merci aux dames-burgers) !??

Car dans ce film, c'est un acteur américain (Steve Martin) qui interprète cette caricature de flic français qu'est Jacques Clouseau, avec l'accent caractéristique indispensable, genre béret-baguette :



Mais quand il attire notre attention sur une question d'accent, vu que cet Amerloque cause en franzözich comme l'inverse de Truffaut avec Hitchcock, y'a de quoi s'interroger un peu, non ?

Genre : pourquoi un Américain qui s'efforce de prendre l'accent des Français qui s'efforcent eux-mêmes de causer angliche, pourquoi donc s'offusquerait-il du mauvais accent d'un soi-disant Russe ?
(D'accord, il s'avérera finalement que ce spécialiste du lobe occipital devait tout autant l'être des herbes chinoises — si tant est qu'elles en fussent.)
La scène est capitale au sein de cette intrigue insignifiante, mais elle ouvre surtout un gouffre qui ne fera que s'accentuer :



Là où l'histoire se complique fichtrement, c'est quand l'acteur américain qui s'est doté d'un accent français caricatural fait mine de prendre des cours d'amerloque parce qu'il doit se rendre à Nouillorque.

Dans la VOSTF, on arrive encore à suivre (heu…, hem !) ce bigarrement :



Mais dans la version doublée en français, ça devient un sacré bazar, et comment donc pourrait-on y retrouver ses petits ?

Un Américain pur jus joue un Français qui est censé s'efforcer d'apprendre les rudiments de l'amerloque, et les malheureux artisans du doublage (qui ne sont pas rétribués à un tarif métaphysique, que je sache) devraient parvenir à traduire exactement ses fausses tentatives en « vrai français » ?

Gaspature de pommedeterration !
(euh… comment on traduirait ça, nom d'un Charlie Schlingo !??)

Je voudrais acheter un en-bourgeois!

samedi 20 avril 2019

Notre-Dame débande




Patrice, de la Goguette des Vénères, vendredi 19 avril 2019 au festival Michto La Noue à Montreuil

mardi 16 avril 2019

Maux fléchés…


Allez, c'est le moment ou jamais de remettre en selle mon billet du 2 décembre 2015 !


Extrait du film d'Yves Robert, Les copains (1964)

Feu à tous les bastions !

Tant va la dîme au pot que le pot t' lâche !







lundi 15 avril 2019

Un feu d'artifice en l'honneur de Jimmy Gladiator !




Incroyable !
Jamais Jimmy n'aurait pu imaginer plus bel hommage, ni plus bel hasard objectif…

Qu'elle crève, l'immonde charogne !

Tous les curetons du monde s'inquiètent asteure, faute hélas pour eux de pouvoir s'indigner contre une volonté "terroriste" revendiquée, mais combien de centaines (de milliers, de dizaines de milliers ?) de serfs ont succombé à construire ce magnifique monument dédié à la connerie religieuse et catholique, entre le XIIe et le XIVe siècle ?
Et ces abrutis d'encapuchonnés d'aujourd'hui, ils n'envisagent même pas un instant cette fois que si pareil incendie advient c'est encore et toujours par la volonté de leur Dieu barbichu, celui auquel ils sacrifient par millions leurs ouailles pour leur plus grand profit  et celui de leurs maîtres !

C'est leur foutue crétinerie infantile d'invention pèrenoëlesque ("Dieu le Père")  qui décide toujours, faut pas l'oublier !
Hé oui (allô ?, toc-toc ! allô ?) Dieu a décidé ce lundi 15 avril 2019 de faire cramer un bon coup le temple dédié depuis près d'un millénaire à la mère du crapaud de Nazareth !
Sa propre bru, nondidjou !
Y'aurait de quoi réfléchir, non ?

C'est à croire, dirait Victor Hugo, que c'est justement toutes ces superstitions débilitantes que la cathédrale vomit ce soir en flammes…


Fouchtra ! Rien, jamais rien de ce qui regarde la beauté ne se rapporte à la religion.

Comme l'ont manifesté à leur manière et à leur époque, l'Internationale lettriste avec Michel Mourre et Serge Berna (qui élaborèrent ensemble une des premières "construction de situation" : le scandale de Pâques 1953), et puis bien après Philippe Petit :

Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de Paris,
J’accuse l’Église Catholique Universelle du détournement mortel de nos forces vives en faveur d’un ciel vide ;
J’accuse l’Église Catholique d’escroquerie ;
J’accuse l’Église Catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire,
d’être le chancre de l’Occident décomposé.
En vérité je vous le dis : Dieu est mort.
Nous vomissons la fadeur agonisante de vos prières,
car vos prières ont grassement fumé les champs de bataille de notre Europe.
Allez dans le désert tragique et exaltant d’une terre où Dieu est mort
et brassez à nouveau cette terre de vos mains nues,
de vos mains d’orgueil,
de vos mains sans prière.
Aujourd’hui, jour de Pâques en l’Année sainte,
Ici, dans l’insigne Basilique de Notre-Dame de France,
nous clamons la mort du Christ-Dieu pour qu’enfin vive l’Homme.

samedi 13 avril 2019

La dernière bière d'un qui vomissait les urnes ?…


… ou « La camarde, camarade ! », ou bien « Houilles, Houilles, Houilles ! », ou encore « Ce que le glas dit à tort » ?
J'ignore quel calembour aurait eu la préférence de Jimmy Gladiator pour annoncer sa propre disparition — sans doute quelque chose de bien plus fulgurant que ces pauvres tentatives : inventer un titre aussi magnifique que Au libre olibrius, jamais cela ne m'a été donné.

Bref, un troisième Mordicant nous a quitté ce 10 avril 2019, après Daniel Joubert et Arthur, ça fait mal au cœur et ça donne envie de pisser des larmes mais chaque souvenir du zigue est tellement joyeux qu'en réalité penser à lui — même mort — raboule aussitôt vers le haut les commissures des lèvres.


Les funérailles (fun et raï ?) auront lieu mardi 16 avril à Poissy, au cimetière des Grands Champs, à 11 h.
Des hommages commencent à fleurir sur la Toile : ici celui de son ami Abdul Kader El Janabi, un salut de Gérard Lambert

« Jimmy Gladiator est le fils du tabac brun et de la mer à boire. Et de ce terrain vague, depuis qu’il écrit, c’est lui l’arpenteur et l’orpailleur. Je ne vois que lui, en ce moment, à faire ça, orpailler Paris. À savoir que Paris est rousse comme la révolution, noire comme l’orient, mirages à part, mirages compris, qu’elle a, dans l’amour, vingt et une positions sans jamais retourner sa veste, que le rock est né sur les rochers des Buttes Chaumont, que les Tuileries sont un ancien circuit de formule 1. À ne rien rendre à César, à errer aujourd’hui dans les ruines futures de l’Empire. À écrire des poèmes, à chercher l’or du sang. »
Pierre Peuchmaurd (1948-2009)

Une seule anecdote parmi plein de souvenirs, un hasard objectif.

En 1994, lorsqu'il a fallu se résoudre à clore l'aventure du journal Mordicus — force anéantissante de l'économie marchande, baisse du nombre de happy few — la bande de zozos qui avait pris langue et se réunissait allègrement depuis plus de trois ans pour concocter cet engin n'avait pas du tout envie de se dissoudre en sus : on a décidé d'ouvrir un local pour s'y retrouver à loisir, organiser des débats, des projections, des beuveries, une bibliothèque, etc.
Ce fut La bonne descente, au 64 rue Rébéval à Paris, dans le vingtième, qu'on a aménagé vaille que vaille avec du matos de récupe plus ou moins pourri.

D'entrée, Jimmy a proposé d'y présenter un ciné-club régulier de films improbables, avec programme annoncé sur papier, tout ça tout bien.
À l'époque, c'était télé grand écran cathodique et magnétoscope, et c'était pas toujours facile de dégotter la cassette VHS.

Un soir, ce fut un truc vampiro-érotique para-surréaliste de Jean Rollin (un nanar impensable, peut-être Les deux orphelines vampires). Il me semble que Michel Zimbacca était là.
On était une douzaine de curieux, sagement assis sur des chaises face à cette téloche mahousse pendant que Jimmy déballait un petit topo pour expliquer son choix de ce film.
Mais au moment où il s'apprête à s'asseoir en concluant sur la phrase : « Quand j'ai vu ça, j'en suis resté sur les fesses ! », CRAC ! la chaise s'est instantanément effondrée sous lui.
Jimmy les quatre fers en l'air, ouille ! mais le fait de joindre ainsi le geste à la parole était tellement magique que l'instant de stupeur passé, la douleur au coccyx pas encore arrivée, il a aussitôt fusé en fou-rire comme toute l'assistance.

Mordicus n°5, juillet 1991, p. 19

dimanche 7 avril 2019

Coins-coins si denses…






Bon.
Ça arrive, certes.
La preuve.
Mouaiche.
Mais à qui d'autre cela pourrait-il « arriver » ?

L'inverse (ou peut-être plutôt la contraposée, allez savoir) de « l'arrivée », ce n'est pas le départ, c'est plutôt le retour, le retour d'une baffe en plein dans la gueule que tu te prends au moment où tu ne t'y attends pas du tout. 
Une baffe ? Disons plutôt une baffle, dont la tonitruance t'explose directement dans tes oreilles les tiennes (pour paraphraser Grégoire Bouillier, dont je dévore en ce moment Le Dossier M).

Voilà qu'on me propose de picorer cette semaine dans un festival de cinéma qui présente nombre d'excellents films, pour la plupart méconnus (de moi), et voilà-t-y pas qu'en y allant ,

(gaspe ! Jodorowsky's Dune, presque aussi introuvable que le film dément qui n'a jamais été réalisé – manquaient juste 5 M $ sur 15 – malgré toute l'équipe réunie : Mœbius, Christopher Foss, Dan O'Bannon, Dali, Mick Jagger, Orson Welles, etc.),

quand j'y débarque ingénument, innocemment, tous yeux toutes ouïes, je découvre que les deux invités d'honneur à qui ce festival consacrait une rétrospective étaient respectivement,

l'un, mon ex-beau-père,

et l'autre, mon ex-employeur.

Quant à l'illustrateur de l'affiche du festival – à qui rend hommage une exposition dans le musée local –, j'ai habité en face de chez lui douze années durant, je le croisais chaque jour lorsqu'i sortait son chien. Nous avons chacun déménagé depuis (lui plus à l'ouest, moi plus à l'est).

Cela arrive, certes, mais ça peut laisser songeur, comme on dit.
Toujours on nage dans la réalité mais on n'y est pas maître-nageur, tout au mieux maître-songeur.
Et encore, même pas sûr.
Seulement peut-être lorsqu'on peut jouir, au moment du fragile réveil, de la réalité indicible de ses rêves.

Mais là, en ces circonstances (Sire, qu'on se tance !) pas de songe, pas de rêve, juste la réalité brute, des faits, RIEN QUE DES FAITS !
(hem, désolé, encore l'influence de Grégoire Bouillier)
Les trois créateurs auxquels ce festival rend hommage n'ont jamais eu aucun rapport entre eux mais ils sont directement liés à ma propre histoire personnelle, et c'est un fait, C'EST UN FAIT HISTORIQUE, c'est fait exprès ?

D'accord, okay, certes, oui, bien sûr, les coïncidences véritables ont toujours quelque chose de personnel, on pense être le seul à pouvoir les appréhender pleinement, dans toute leur puissance époustouflante, mais quand même, quand on s'aperçoit qu'un foutu festival de cinoche s'adresse DIRECTEMENT À VOUS, vous a pris pour cœur de cible, qu'un putain de festival de cinéma VOUS VISE DIRECTEMENT, vous, George WF Weaver (mais pourquoi, nondidjiou, POURQUOI MOI ?), ça fait bizarre, croyez-moi.

Croyez-moi.

(mais pourquoi ?)

La seule chose à laquelle il n'est pas complètement débile de croire, c'est au hasard.

Alors ainsi ballotté, kant est-ce qu'on peut s'orienter dans la pensée ?

Quand on sent
la pierre de touche de la vérité ?

mercredi 27 mars 2019

Simon et Joseph ? Frayons sans effroi avec ces frères guère évangéliques !


Simon Johannin et Joseph Ponthus ont publié chacun dans leur coin en ce début d'année un deuxième opus :



De Simon, on avait parlé ici voici deux ans après avoir durement savouré son premier roman, paru chez Allia en 2017.
Pour le deuxième, Nino dans la nuit, chez le même éditeur, il co-signe cette fois avec son épouse Capucine.

De Joseph, distrait que nous sommes, on n'avait pas pas parlé en 2012 lors de la publication du remarquable ouvrage Nous… la Cité (La Découverte, coll. « Zones »), dont il avait pris l'initiative et où il coordonnait les récits du quotidien de quatre jeunes de Nanterre qui firent confiance à l'éducateur de rue qu'il était alors :


Mais on a tout de même beaucoup causé de (et avec) lui ici-même (et ailleurs), lorsqu'il tenait la barre du très chouette blogue Ubifaciunt ou qu'il rédigeait d'impeccables chroniques pour Article XI — canard pour lequel on s'est échiné ensemble (et puis avec l'ami Wroblewski) à concocter d'abracadabrantes grilles de mots croisés…

Et puis voilà que sort à La Table Ronde À la ligne – Feuillets d'usine, où il s'avère enfin comme un écrivain de grande classe, après avoir emprunté presque autant de pseudonymes que de chemins de traverse : khâgneux de fortune, éducateur de rue par choix, blogueur discret mais tonitruant, anarchiste acharné, élégant chroniqueur et verbicruciste, tireur à la ligne et à la lie de l'usine et breton d'accointance, en attendant d'autre aventures…

Bref, Joseph, Simon et Capucine se sont retrouvés à causer ensemble sur France Culture dans l'émission Le temps des écrivains le 2 mars 2019 :


Mais sur la même chaîne, Capucine et Simon étaient les invités de Tewfik Hakem ce 18 février :


et auparavant, d'Aurélie Charon le 5 janvier :


cependant que Joseph ponthusifiait sans phare — mais illuminant et allumé ! — chez Marie Richeux le 15 février :


dimanche 24 mars 2019

Plans rapprochés


Trois photogrammes du Psychose d'Hitchcock (1960)…




… et du Brazil de Terry Gilliam (1985), discrètement pétri d'une foultitude de références acidement savoureuses qui multiplient Orwell par Kafka et où l'Icarie s'esquisse en chromo, entre autres (au point de se demander si le dénommé Eric Blair n'aurait pas préféré ce film-là à la très fidèle adaptation de 1984 par Michael Radford, sorti justement l'année précédente) :




Je crois me souvenir que Godard, dans son Histoire(s) du cinéma, établit de façon très époustouflante nombre d'hommages intra-cinématographiques de ce genre, ce qui témoigne chez lui d'une ahurissante mémoire de chacun des films qu'il a vus (sans possibilité facile de les revoir, à l'époque, rappelons-le : il fallait disposer d'une mémoire visuelle réellement prodigieuse, pour en plus se souvenir encore de ces correspondances de plans plusieurs décennies plus tard).



vendredi 22 mars 2019

Plagiat par anticipation


Des blouses blanches aux gilets jaunes, Lars von Trier avait tout de même plus de trente ans d'avance…


(Epidemic, 1988)

mardi 19 mars 2019

Bandit mais Courtois




Il est loin, le 19 décembre 1985.



Le carnaval est terminé, Georges Courtois s'est définitivement fait la belle samedi après un dernier coup de feu.

Je me souviens qu'il m'avait raconté en 1997 cette blague de taulards à propos de Lady Di, avec sa foutue gouaille chaleureuse :

— « Hé ben maintenant on sait pourquoi il s’appelle comme ça, le pont de l’Alma !
— Ah ouais , pourquoi ?
— C'est un acronyme pour "Attention, La Mercedes Arrive" ! »

On peut lire ici un bel hommage à ce réfractaire qui sut agir avec force, courage et détermination, et constater ses talents épistolaires.

mercredi 13 mars 2019

Georges Guingouin, l'esprit de Résistance
(un ohm, un vrai !)



Attention, document exceptionnel !

Voici pile vingt ans, Geneviève Huttin proposait sur France Culture une série d'entretiens avec Georges Guingouin, alors âgé de 86 ans, pour l'émission À voix nue.

Cet ensemble a été rediffusé en deux parties la nuit dernière et la précédente :



lundi 11 mars 2019

Des mots pour une voix : deux textes à propos de l'autobiophonie lardée de rêves de Fred Deux



En 2017, deux expositions majeures rendirent hommage à Fred Deux, deux ans après sa mort.

D'abord à Lacoux, au Centre d'art contemporain qu'il avait fondé au début des années 70 avec Cécile, Roche vive — cf. deux, du 3 juin au 10 septembre (exposition commune avec l'URDLA de Villeurbanne du 3 juin au 22 juillet).

Et puis Le monde de Fred Deux, au musée des Beaux-Arts de Lyon, du 20 septembre 2017 au 8 janvier 2018 :



Pour les catalogues de ces expositions, deux amis écrivirent des textes qui témoignaient chacun à leur manière de l'effet que leur fit l'écoute des bandes magiques (à la diffusion desquelles je me réjouis  d'avoir contribué, et ces textes, je les contresigne des deux mains, c'est comme si je les avais écrits moi-même).

Tristan a décrit cette fragrance de fragments ressaisis pour l'expo de Lacoux-Villeurbanne :

Les Bandes Magiques
(pour Cécile et pour l’Ex-homme-âne-yack)



« Ici Fred, ici Fred, j'essaie de mettre en route cet appareil. J'écoute. » (89.1)*
Vers 1963, Lacoux.
Cécile Reims et Fred Deux ont repris la maison du vieux Séraphin, dans le quartier de sous la velle, le quartier du haut du village du bout du monde. « Là une immense faille, une immense plaie, une déchirure : le Jura qui s’était cassé là, le Jura avait cédé. » (émission « Fiction 30 », 9 mars 2000)

Fred à cette époque comme le village est dans une faille. Il a écrit La Gana et s’est mis à Sens Inverse, mais comme dessoudé plus rien n'avance, ni l'écriture ni dessin.
Surgit alors chez eux un lecteur curieux qui, récoltant sans y croire cet aveu sans espoir, repart laissant derrière lui les semaines passer.

C'est par courrier et dans un carton qu'arrivera l'inattendue thérapeutique proposée par l'homme. Un petit magnétophone, un micro, quelques bandes.

Un temps pour accepter à ses côtés cette nouvelle présence, un temps d'apprivoisement et les premiers souffles enregistrés, la première voix. Fred se lance.

Il ne sait pas ce qui va arriver, et parce qu'il n'y avait pas de raison que ça arrive en ressort 30 ou 40 bandes plus tard sans en savoir davantage. Quatre fois encore les bandes seront sorties : 1972-73...1983... 1993, 1994. La dernière fois exceptée, une dizaine d'années s'accumule pour que « la poussière finisse par devenir un peu de terre, et que de là on soit mieux pour aller fouiller. » (93.1)

Fred devient un homme aux trois territoires: le dessin, le texte, la parole; chacun devant sans troubler l'autre trouver et préserver sa place.

Si avec Nœud Coulant l'expérience d'une transcription des bandes vers l'écriture le laissera insatisfait, la question de l'alternance entre le dessin et la parole le travaille. Ce qui est à craindre c'est « ce relais que la parole veut prendre, la parole qui voudrait doubler le dessin (...) c'est à la fois tout à fait différent d'un dessin et c'est très proche d'un dessin. Ce qui est certain c'est que ça n'a rien à voir avec de l'écriture ; ce n'est ni proche ni loin de l'écriture, c'est autre chose. Le dessin est une parole rentrée que l'on fait sortir et que la parole comme [il] l'utilise là c'est une parole qui va chercher quelque chose qui est enfoui. » (91.1)

Si la puissance des bandes pourtant l'impressionne, c'est en rituel magique qu'elles seront invoquées. Magique, oui : « ils appellent ça des bandes magnétiques, mais c'est des bandes magiques aussi. » (90.3)

Désenfouies lorsque la machine de Fred se grippe et qu'il s'agit d'y voir plus clair. Remuer la chose, explorer l'en-dedans, chercher une voie.
Là, un merdier d'histoires à « SE » raconter, à retrouver « devant une petite bouche qui guette tout ce que vous dites et qui le ramasse, et au bout de cette bouche la mémoire qui s'inscrit. » (132.4)

Chaque histoire, il « la retournera des milliers de fois, et des milliers de fois il y aura un autre sens. » (27.1) Celle capturée sur une bande, dans un paragraphe ou par un dessin sera la variation d'une histoire primitive, fondamentale et profonde qui toujours nous échappera, et le long de laquelle Fred n'en finira de creuser.

Malgré les détails sculptant chacune, c'est donc toutes ensemble qu'il faut recueillir les divergences de ces versions buissonnières. Le vrai est à ce prix, « le vrai existe », le vrai est dedans et pour ainsi le révéler il aura fallu le triturer jusqu'à côtoyer « l’énormité du faux, parce que là d'où je sors on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui est faux. » (48.6)

À sa grand-mère aveugle déjà réinventait-il en lisant les histoires du journal, mais le dialogue arbitré par les bandes le confronte désormais à son « autre moi. » (132.3)

Jamais pratiquement Fred n'aura réécouté les bandes, et s’il lui arrive de le proposer à Cécile ou à quelque ami, il n'y a pas là de but. La parole délivrée importe davantage que sa conservation ; et pour laisser place à une nouvelle parole les premières bandes seront effacées. Pas davantage que l'écriture ou le dessin ne seront destinés à un tiers, les enregistrements ne l'auront été pour être écoutés: « J’ai fait ça pour personne; personne ne va écouter ça. » (88.2)

Il aura fallu 1998 et leur édition sur disques par André Dimanche, précédée de leur numérisation pour la BNF par Madeleine Solà et Alain Trutat, pour que Fred assume les bandes comme un geste artistique à part entière, avec le partage induit : « Maintenant il faut que ça tourne, il faut qu’on les écoute. »

Mais cette écoute demandera un engagement à la mesure de celui qu'à sa table Fred aura. « Ce que je fais m'agite » (89.1) et « c’est très fatiguant de parler » (01.02), très, car ce fouissement se trouve mû par un état davantage que par une préparation. 
Pour laisser venir la parole sans la déflorer, très peu de notes, tout juste quelques miettes reliées par le flot. Alors, « quand je vais ressouder ça, la phrase va être inattendue mais connue profondément en moi, très profondément. Donc une immense surprise, pour ne pas dire une bousculade à l'intérieur de moi, mais reconstitution. » (93.1)

Dans un rapport similaire au dessin Fred sert d'intermédiaire, et la parole un transport passant par lui, jusqu'à vouloir « avaler le micro (...) il n’aurait plus besoin de parler, ça coulerait tout seul. » (01.2)
Tout ça comme la vie « c’est un breuvage, et il faut le boire. »

Traversé par ce flux, plusieurs fois le trouble est sensible, la voix agitée et les phrases heurtées (57.2) ; c'est que la mécanique du ressouvenir se trouve elle-même dans une nervosité s'ajoutant à celle intérieure qui le fait venir au micro. « J’ai arrêté les bandes, tout est revenu; je ne dors plus, j'ai des grandes peurs, j'ai des douleurs, je suis obligé de me lever. » (91.1)

Vidé, une force l'invoque et l'ébranle ; mais vidé c'était déjà une force.

« Voilà, il y aura eu ça dans ma vie: résistance et irrésistible. » (132.3) Toujours la Gana, « à la fois la plus forte des forces est la plus faible des faiblesses, puissance originelle et impuissance tout ensemble », où se réconcilient les contraires, à l'embrassement desquels Fred se confronte.

Pour une quête sans issue un mot sans réponse : « Pourquoi ? »

« Faire ça pour y voir clair ? Faux. Faux. Je ne vois pas plus clair aujourd'hui (...) C'est l'inutile qu'il faut dire. Moi j'accepte que ce soit l'inutile (...) Alors pourquoi je fais ça ? Pourquoi je parle de la mie de pain, des yeux du bouillon, de la combinaison de ma mère, de la mort de Zerbid ? Pourquoi j'ai parlé de l'imitation et de la passivité ? Pourquoi (...) J'ai pas besoin de comprendre ; j'ai pas envie. Quand je pose la question "pourquoi ?", ça pourrait être commencé par un point d'interrogation ? » (88.2)

Aucune justification ne sachant rien résoudre, lorsque sont évacuées ses peaux mortes demeure le geste. Creuser, usiner, gratter, comme à l'usine. Causer.

Toujours sa propre matière première, c'est « à lui-même qu'il parle » (48.6) et chaque personnage traversé devient une part de lui. Tous existent dans lui et dans les bandes par lui. Tous eux-mêmes se mélangent, se modèlent et se travaillent, façonnés et rendus à travers les histoires et le temps. Et au milieu, Fred, lui-même traversant le temps et les personnages, pour s'y retrouver.

Et pour se retrouver, ce qu'il faut se perdre ! Dans le temps, dans les histoires, et dans lui-même.

« Est-ce que vous me suivez, vous ? Ouais, ouais, je vous suis, me dit le Lyonnais en face de moi... Je l'avais un peu oublié, je me parlais à moi-même. » (48.6) Alors combien de Fred dans ce « visiteur de La Gana » ? Combien de Fred dans Leroy ou dans Casquette?
Chaque rencontre a son essence propre, mais les racines s'entremêlent et les reliant Fred comme souche. Et si c'est à ces êtres aux contours agités et bruissants que Fred dans l'évocation s'adresse, c'est d'abord de lui à lui que la parole chemine. « Les ruelles... J'ai tellement parlé des ruelles de La Châtre. J'ai aussi parlé des ruelles à Boulogne. La rue du Port à Boulogne, elle est plus belle que les rues de La Châtre. Hmm, il y a des ruelles à La Châtre qui sont plus belles que la rue du Port, faut pas les opposer. Non, mais j'aimais mieux Boulogne que La Châtre. »(88.2)

Seulement parfois, débordant d'entre les rives, nous laisse-t-il affleurer cet auditeur magique dont la place nous hèle. Comme par surprise, le tutoiement : « tu vois » (132.4), « tu sais » (93.2). Comme par surprise, le vouvoiement : « ce que je viens de vous dire » (26.1) ou encore, après s'être surpris à roter et jurer au cours d'une phrase, « excusez-moi. » (91.1)

Cette brèche dans le dialogue intérieur trouvera son déploiement naturel dans les entretiens radiophoniques qui en un sens ont pris le relais à partir des années 90.

Mais avant encore, à l'éclosion déjà des bandes la voix était toute proche, tournée vers nous, et accompagnée du regard.

Une série de reportages tournés à Lacoux et l'on découvre ce que Fred jamais peut-être n'aura évoqué : le Centre d'Art Contemporain que Cécile et lui ont créé dans l'ancienne école du village.

La voix est là, elle nous parle, et en contrechamp ce qui a nourrit tant de bandes apparait: le village, les habitants, les gestes, les présences ; une miette de la vie à Lacoux.

Dupont est là. Griot est là ; il roule son clope. Ce même clope décrit sur une bande par Fred : « Puis on s’est retrouvés là à fumer. Il m’a tendu son paquet de tabac, j’ai roulé une cigarette — il était très curieux de me voir rouler une cigarette. Lui, il avait des doigts qui n’étaient pas faits pour les rouler et qui pourtant réussissaient mieux que moi avec mes doigts fins. » (26.2) Ces doigts... on les voit.

On ne verra pas les autres, ou bien sans les reconnaître, mais on les sent, on les sait, eux aussi ils sont là.

Griot, Dupont. Et les autres : ils sont tous là, en dehors du cadre mais profondément dans le champ, invisibles mais présents. Maclais, « un immense bonhomme » qui avait coupé son pouce parce qu'il était pourri. Jeanne, la femme de Griot et la fille de Maclais, qui avait le palais défoncé et se levait la nuit pour aller marcher toute seule là-haut, vers la Vierge. Les Bagulet, Éric qui écrivait aussi sur des bouts de papelards et Suzanne qui tirait les cartes. Le vieux Tony, qui habite le quartier du centre et dont « l’exploit de la guerre de 14 avait été de foutre un coup de poing dans la gueule du capitaine ». « La grosse », obnubilée par les taches dans l'atelier de Fred, et son mari qui martelait la pierre pour faire sa tombale, lui aussi né à Boulogne. Un peu de Fred encore. Et Vucher. Et le gars de la place, qu'on appelait « la Météo » parce qu'il passait son temps à noter sur son calepin les détails du temps. Mais aussi, « le Rougeot », un gros bonhomme à qui on ne pouvait se fier, « une tête de con ». Et « le Mutilé », le vétéran du village qui a perdu sa jambe à Verdun « le 17 juillet 1916, sous un feu nourri d'artillerie ». Ils sont là.

Et Cécile.

Et les chats.

Et nous, au bout, quelque part.

* La notification des extraits cités renvoie au recensement tel qu’il est disponible sur le site Gallica et sur lesbandesmagiques.fr : d’abord le numéro de la cassette, puis celui de la partie.

Et Emmanuel Guibert a publié cette magnifique exhortation dans le catalogue de l'expo Le monde de Fred Deux (Lienart, 2017) :

Ecoutez Fred Deux ! by on Scribd



Le 22 septembre 2017, une soirée exceptionnelle a réuni au musée des Beaux-Arts de Lyon Frederick Aubourg, Georges Monti (des éditions Le temps qu'il fait), André Kleim et Emmanuel Guibert, qui chacun nous offrirent un aperçu des trois outils de Fred :

mardi 19 février 2019

Le vandalisme est un jeu d'enfant





A l'occasion de la parution numérique du Livre de Troels Jorn (à télécharger en suivant ce lien jusqu'à demain, après quoi on pourra envoyer une requête au judicieux éditeur de ce trésor), j'ai trouvé pas mal à propos d'exhumer des limbes ondulaires ce Profils perdus en deux parties, d'abord diffusé sur France Culture les 25 mai et 3 juin 1993 :





lundi 4 février 2019

Le néant contre-attaque
(communiqué de L'insomniaque éditeur)




Des robots affairistes déclarent la guerre à un éditeur indépendant


Le site Internet de L’insomniaque éditeur a été contraint de déménager en ce début d’année 2019.

Peu avertis des arcanes de la communication cybernétique, nous avions laissé passer la date d’expiration de notre adresse d’origine (insomniaqueediteur. org).

En conséquence, le gestionnaire de noms de domaine GoDaddy a jugé bon, sans nous en aviser directement, de vendre ledit nom à l’encan.
Notre précieuse adresse a été adjugée, pour une poignée de dollars, à des imposteurs, qui, sous notre ancien nom de domaine, tentent désormais de se faire passer pour L’insomniaque éditeur — sans la moindre crédibilité, ni même le moindre effort pour paraître crédible.

Leurs desseins, politiques ou commerciaux, restent très mystérieux à ce jour, mais leurs agissements ne resteront pas impunis, de même que le préjudice moral et matériel que ces escrocs nous ont causé, et nous causent encore à ce jour. 
Le nom et l’adresse qui sont indiqués à la rubrique « contacts » sont, bien sûr, tout aussi bidons que les prétentions et le contenu de ce pseudo-site, mais nous ne désespérons pas de démasquer la ténébreuse entité qui nous nuit de la sorte.

On jugera de la nature de ce préjudice en consultant le site qu’a bricolé ce gang d’androïdes à très bas quotient intellectuel artificiel.
Usant d’algorithmes rudimentaires et s’exprimant dans un sabir robotique aussi grotesque qu’inintelligible, ces ennemis de l’humanité présentent certains ouvrages parus à notre enseigne dans des articles conçus par ordinateur, qui assemblent en désordre des mots-clés glanés de manière aléatoire sur le site originel de L’insomniaque et d’autres sites Internet.

Par exemple, l’essai d’anthropologie radicale de Georges Lapierre, Être Ouragan, donne lieu à un simulacre d’articulet sur « Les 3 pires ouragans des 50 dernières années ».
Et notre livre en soutien aux pirates somaliens du golfe d’Aden, Frères de la Côte, est commenté par une notice cyber-encyclopédique délirante qui nous apprend que ces Frères de la Côte constituent une organisation qui « s’est réunie pour la première fois au Chili en 1950 » et qu’ils obéissent à « une loi appelée Octagon », le tout illustré de photos tirées de banques d’images et montrant de jeunes et beaux matelots de la marine de guerre américaine…
Le reste est à l’avenant.

On pourrait se contenter de rire de cette très grossière manipulation-falsification. Ou de mépriser de telles inanités, dépourvues en elles-mêmes de tout sens.
On peut aussi y déceler une menace de plus à l’encontre de la liberté, un danger d’asservissement par la confusion mentale généralisée, engendré par les réseaux numériques et ceux qui les contrôlent.

En tout état de cause, cette affaire, digne du théâtre de l’absurde, en dit long sur les progrès qu’accomplit le « grand mensonge » qui tient lieu de communication de masse en ce malheureux siècle — le dernier, si les humains n’y portent remède.

NB : Afin d’accélérer dans les moteurs de recherche en ligne le référencement de notre site ressuscité, nous demandons à nos amis et sympathisants de l’activer le plus souvent possible pendant au moins une minute en cliquant sur http://www.insomniaqueediteur.com


L’insomniaque
Montreuil, le 31 janvier 2019

mercredi 30 janvier 2019

« On est tous bloqués dans un état de semi-conscience… »




Bref extrait de ce film à bien des égards extraordinaire qu'est Boyhood (2014), de Richard Linklater, juste avant la fin de la deuxième heure (de 01:55:56 à 01:58:43)

Franchement, ça donne à réfléchir : pourquoi le capitalisme paierait-il des savants fous à construire de compliqués cyborgs, alors que tant d'humains dociles sont contraints d'aller joyeusement se crever au boulot à la place d'onéreuses machines ?

L'ami Philip Dick aurait acquiescé, pour sûr !

(Cela dit, hem, j'ai moi-même dû batailler avec pas mal de logiciels pour parvenir à extraire ce passage avec ses sous-titres, et il a fallu me résigner en désespoir de cause à ré-enregistrer à l'ancienne le son brut issu de l'ordi lors de la captation de la séquence en cours de diffusion — d'où ce bizarre écho métallique absent du film original…)