
Je ne reconnais aucune différence entre l’idée vraie et l’idée adéquate, sinon que le mot de vraie se rapporte seulement à l’accord de l’idée avec son objet, tandis que le mot d’adéquate se rapporte à la nature de l’idée en elle-même. Il n’y a donc aucune différence entre une idée vraie et une idée adéquate en dehors de cette relation extrinsèque. Quant à savoir de quelle idée d’une chose, parmi beaucoup d’autres, toutes les propriétés d’un objet considéré peuvent se déduire, je n’observe qu’une seule règle : il faut que l’idée, ou la définition, fasse connaître la cause efficiente de la chose. Pour rechercher les propriétés du cercle, par exemple, je me demande si, le définissant par l’équivalence de tous les rectangles formés avec les segments d’une droite passant par un point donné, je puis de cette idée déduire toutes ses propriétés, je me demande, dirai-je, si elle enveloppe la cause efficiente du cercle. Comme il n’en est pas ainsi, j’en considère une autre, à savoir que le cercle est une figure décrite par une ligne droite dont une extrémité est fixe, l’autre mobile. Comme j’ai là une définition qui exprime une cause efficiente, je sais que j’en puis déduire toutes les propriétés du cercle, etc. De même, quand je définis Dieu : l’Être souverainement parfait, comme cette définition n’exprime pas une cause efficiente (j’entends une cause efficiente tant interne qu’externe), je ne pourrai en déduire toutes les propriétés de Dieu. Au contraire, quand je définis Dieu : un Être, etc. (voir Éthique, partie I, définition 6).
Spinoza, Lettre LX, à Tschirnhaus
