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vendredi 11 décembre 2009

Quand Barthes faisait son Leiris

« L'entreprise, le mot n'est pas beau. D'abord il y a lente, l'œuf des poux. Puis il y a prise, comme si quelque chose s'attrapait, comme s'il y avait une emprise qui s'opérait. Et entre les deux, ce re qui ne va pas tarder à gêner le ri, et qui sonne comme un rot. Bref, l'entreprise est grosse de l'emprise du parasite. »
Roland Barthes, « Pastiche », 1963, inédit
Cité par Corinne Maier en exergue de son livre Bonjour paresse, Michalon, 2004

samedi 22 août 2009

Une récente paraphrase…

… de la première partie du film In girum imus nocte et consumimur igni, en musique, avec un récitant un peu trop emphatique, mais le montage est foutrement bien fichu. On s'amusera à repérer les détournements, d'ailleurs signalés au générique de fin.
C'est en trois parties. On peut télécharger le film sur
cette page, et lire le texte sur celle-ci.



vendredi 5 juin 2009

GWFW, factotum

Le Comité invisible (désormais bien visible) vient de publier un nouvel opus, Ingénierie sociale et mondialisation, 33 pages serrées que l'on peut télécharger sur cette page.

dimanche 31 mai 2009

La liberté à l'ombre de l'Adémoc™ rassis

Certains prétendent que Julien serait sorti de taule.
D'autres n'en sont pas certains.
Tous lui collent au train.
À défaut des locomotives, prendra-t-on les wagons ?
Le Monde :
— Comment analysez-vous ce qui vous arrive?
Julien :
— Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien.

vendredi 22 mai 2009

Quelqu'un comme toi


Damnature ! C'est vrai qu'au bout d'un moment on oublie d'abord les visages de ceux qu'on aimait, et puis jusqu'à leur nom…

mercredi 20 mai 2009

Sexby, Selby



On peut certes dire qu’un livre qui traite du rapport naturel du citoyen et du tyran a beaucoup perdu de son actualité avec les récents progrès de la société mondiale, du fait de la disparition presque totale du citoyen. Mais il est aussi permis de penser qu’il compense cette perte, et au-delà, du fait de la prolifération cancéreuse de la tyrannie : cette tyrannie d’aujourd’hui, si insolemment surdéveloppée qu’elle peut même assez souvent se faire reconnaître le titre de Protecteur de la Liberté ; si minutieusement impersonnelle, et qui s’incarne si aisément dans la personne d’une seule vedette du pouvoir ; cette tyrannie qui choisit à la fois comment ses sujets devront se soigner et pourquoi ils seront malades ; qui fixe le triste modèle de leur habitat et le degré exact de la température qui devra y régner ; l’apparence et le goût qui devront plaire dans un fruit, et la dose convenable de chimie qu’il lui faudra contenir ; et qui enfin s’est donné la puissance de défier une vérité aussi éclatante que le soleil lui-même, et le témoignage de vos pauvres yeux, en vous faisant admettre qu’il est bel et bien midi à dix heures du matin.
« Note de l’éditeur pour Tuer n’est pas assassiner [Killing No Murder] d’Edward Sexby (1657) », Champ Libre, juillet 1980
(tr. Carpentier de Marigny, 1658)

Pendant très longtemps, le seul fait de se revoir en train de pousser le corps sur la voie le remplit d’une exaltation suffisante pour le libérer des sentiments qui le rongeaient, et puis, le bruit sourd du corps contre la rame et les hurlements commencèrent à s’amplifier, toujours davantage, et bientôt, l’homme tendit les bras, agrippa Harry, l’entraînant avec lui dans sa chute.
Et puis bientôt, il fut frappé d’une autre plaie, ou plus précisément ce mal remonta du tréfonds de lui-même, petit à petit, pour venir affliger son esprit. Ce qui n’était d’abord qu’une vague intuition se changea bientôt en une certitude absolue. Il la sentait monter en lui, et pendant un court laps de temps, il essaya de résister, de nier, puis il se résigna à accepter le fait qu’il allait recommencer. C’était inéluctable. Lorsqu’il se fut rendu à l’évidence, il prit conscience d’un autre fait : il n’éprouverait aucune satisfaction en procédant de la même façon que la première fois.
Harry eut beaucoup de difficultés à essayer d’imaginer la manière dont il allait s’y prendre cette fois-ci. Après y avoir réfléchi une minute ou deux, il se sentit pris de nausées, et même, se mit à trembler légèrement. Et alors, il comprit pourquoi il ne servirait à rien de procéder de la même façon. Son rôle n’avait pas été assez actif. Cette fois, il lui fallait un contact personnel avec sa victime. C’était ça, la solution. Il lui fallait s’engager plus directement, s’engager plus totalement.
Cette fois encore, la fièvre de l’attente chassa la tension et l’anxiété, et il se sentit libéré. Mais au fond de lui-même, il savait qu’il ne pourrait pas attendre longtemps et que, s’il s’y risquait, les sentiments habituels reviendraient le torturer.
À cette idée, il était effrayé car cela signifiait qu’il était forcé d’admettre un autre fait non moins inéluctable que les précédents : chaque fois que ces sentiments s’emparaient de lui maintenant, c’était avec une force accrue. Il savait aussi qu’il lui fallait à tout prix les chasser, sinon ils finiraient par le détruire. Il devait indiscutablement les contenir.
Hubert Selby Jr, Le Démon, Les Humanoïdes Associés,
coll. « Speed 17 », 1977 (tr. Marc Gibot), pp. 314-[315]
Je me suis permis de corriger ici en quelques endroits indispensables (« aggripa », « à tous prix »…) le texte de cette édition, Manœuvre et Dionnet ayant toujours considéré orthographe et syntaxe comme réservées aux bourgeois ou aux pleutres, alors que l’accord sur la langue est le socle minimal de tout échange discursif. Bon, ça les arrangeait bien, cette posture, histoire de pas larguer des ronds aux correcteurs, et voilà ce que ça donne — sans parler qu’ils ont fini aux Enfants du rock avant de se liquéfier dans l’abandon au spectacle comme tout le monde —, ceci explique toujours cela, et vice versa.

samedi 25 avril 2009

Fred Deux, deuxième

Donc, personne n'a daigné écouter les intéressants propos du bonhomme, qui raconte entre autres les actes de sabotage des nains employés dans son usine (réquisitionnée par les Allemands sous l'Occupation) à riveter les extrémités des ailes d'avion ?
Ou comment il s'est intéressé au dessin via Leroy et ses propres déjections ?
Ou à quoi pouvait penser, dans les années trente, un prolétaire adolescent assigné à sa tâche infecte par l'ordre qui continue de plus belle de nous mener ?
Ou comment il a tenté de s'en sortir, par le vélo, par la boxe, par la natation, pour toujours finir par lâcher l'affaire ?
Les feuilles mortes se ramassent à rappel : c'est audible ici.

jeudi 12 mars 2009

Discutons-en

« Parce qu’il nous semble que la répression n’est pas uniquement le fait des flics, des médias, des politiciens et de leurs souteneurs, mais que l’on exige également de nous de participer quotidiennement à notre propre servitude.

À partir de là, quelles oppositions à la répression ?

Mardi 17 mars 2009
De 19h à 22h au CICP
21 ter rue Voltaire
75011 Paris

M° Rue des Boulets

Prix libre en solidarité avec Kalimero,
caisse de soutien aux inculpés de la guerre sociale. »

mercredi 25 février 2009

Les armes de la critique

Léon de Mattis, l'auteur du pamphlet “Mort à la démocratie” (L'Altiplano, 2007), livre d'intéressantes analyses sur son blogue. Son dernier billet, en date du 30 janvier, est intitulé « L'antiterrorisme n'est pas une exception ».

mardi 24 février 2009

Acharnement des charognards

On apprend à l'instant que la quatrième demande de remise en liberté de Julien C. a été rejetée par le jugeudèlibertézédeuladétention devant qui il comparaissait hier, lundi 23 février 2009, après plus de cent jours de taule, réveillé toutes les deux heures la nuit comme tout détenu étiqueté DPS : allumage des lampes de la cellule, un coup de trique dans le torse pour vérifier qu'il réagit, qu'il ne s'est pas suicidé, qu'il n'était qu'endormi, « bonne nuit ! » Et les nuits sont longues, en cabane, quand on vous force à l'insomnie, alors que vous veniez de réussir à vous assoupir au creux de toutes ces heures sans fin passées à broyer du noir, noyé dans l'incertitude à chaque instant plus totale…

jeudi 19 février 2009

« Homo cogitat »

« L'homme pense. » (Spinoza, Éthique, II, axiome 2).
C'est la pierre d'achoppement de tout matérialisme, historique ou dialectique :
il y a de la pensée, les idées ne sont pas matérielles, la pensée est d'une autre nature que les influx nerveux qui circulent dans le cerveau.
Comment alors échapper au dualisme, aux difficultés des rapports entre corps et esprit, à l'éventuelle suprématie de l'un sur l'autre, à la spirale qui aspire vers le trou noir de la superstition et la religion, comment affirmer le matérialisme contre l'idéalisme ?
Je ne vois que Spinoza, pour avoir édifié un système métaphysique qui soit un matérialisme parfaitement conséquent.
Mais pour cela,
il faut payer le prix fort (et il ne s'agit pas de l'austérité de son œuvre, ni de la présentation au prime abord déroutante de l'Éthique). Le prix fort, c'est qu'il faut admettre que tout pense. La totalité de l'univers matériel existe aussi sous forme mentale (de toute chose matérielle il peut y avoir une idée), et allons-y carrément tant qu'on y est (mais il n'y a pas d'autre possibilité) : sous une infinité d'autres formes, que Spinoza nomme «attributs». L'univers («la Nature», dans l'Éthique, mais bien plus souvent «Dieu», ce qui est certes rebutant, bien qu'idoine pour le XVIIe siècle) est un auto-déploiement infini de lui-même (un peu à la manière du Big Bang, si l'on veut, mais l'image perturbe l'idée) en une infinité d'attributs dont chacun se déploie lui-même à l'infini. Une seule chose, un seul et même déploiement causal identique à lui-même sous quelque attribut qu'on l'appréhende (et dont l'expansion n'a pas de fin : nulle place pour la téléologie ou les causes finales, chez Baruch).
Il est difficile de penser cela.
Ainsi, n'étant constitué que de matière et de pensée, l'être humain ne peut concevoir, envisager, que ces deux attributs-là : l'étendue et la pensée. Mais chaque être réel (c'est-à-dire, dont il y a une idée vraie) existe aussi sous une infinité d'autres attributs, à jamais inconnus de nous, un peu comme des univers parallèles, en quelque sorte, mais ni mentaux ni matériels. Encore que le terme
parallélisme, souvent employé pour désigner les rapports anhiérarchiques entre attributs, soit finalement mal à propos, puisqu'il y a identité totale entre tous les attributs.
Disons que la matière est la même chose que la pensée, à une légère nuance près. Et s'il y a identité, c'est parce que le réel n'est rien d'autre qu'un enchaînement de causes et de conséquences, à leur tour causales, et que c'est cette même et unique causalité qui s'exprime dans chaque attribut. De tout corps, il est une idée. À toute idée vraie, on peut donner corps, trouver le correspondant matériel de cette idée. Aucun arrière-monde, donc, évidemment. Et puisque l'être humain (par exemple) est une partie de la
nature, il exprime une partie d'icelle — de la causalité qu'elle déploie — lorsqu'il est actif, lorsqu'il agit conformément à sa nature propre (pour aller vite, selon l'idée vraie de son corps), ce qui incidemment le rend joyeux. Mais puisqu'il n'est qu'une partie de la nature, environné par une infinité d'autres, il est impossible qu'il ne soit pas souvent passif, obéissant non plus à sa propre causalité (autonomie) mais à celle des autres (aliénation). Comme lorsqu'on reçoit un pot de fleurs sur le crâne, par exemple. Ou qu'on est contraint d'obéir à des ordres qu'on réprouve : c'est moi qui opère, mais c'est autrui qui agit, qui est actif par mon biais…
Bref, voilà pourquoi il faut
«payer le prix fort», lorsqu'on veut tenir à la fois ces deux axiomes, d'une part, que la pensée existe, et d'autre part que cela n'obère en rien le matérialisme : d'une intuition philosophique somme toute simple, on se retrouve projeté dans un système délirant de science-fiction complètement brindzingue, quoique parfaitement rationnel. Et encore n'ai-je rien dit de l'éternité, de l'espèce de largage supersonique de la cinquième partie de l'Éthique
Mais si quelqu'un a une meilleure idée…
Voilà, c'était le quart d'heure de métaphysique, où je pense (hum). On en reparlera.

D'autres êtres humains ont très bien mis en ligne l'Éthique, transformant avec astuce l'arborescence des propositions auxquelles renvoient les démonstrations en liens hyper-texte, et indiquant à quelles démonstrations ultérieures servira la proposition qu'on est en train de lire. Du beau boulot. Comme si l'hyper-texte avait été inventé tout exprès pour lire l'Éthique.
Ah zut, j'oubliais Marignac ! Non, suis-je bête, il ne vient pas par ici.