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mardi 15 avril 2014

On [nous] a [fait] marcher sur la lune



Ayant retrouvé, grâce aux amis de la liste ANPR, un bel entretien avec William Karel, j'ai mis à jour le billet que j'avais consacré voici quatre ans à son magnifique documenteur, Opération Lune.

C'est ici.

Tous les films de William Karel sont au bas mot excellents, mais j'ai un faible particulier pour ceux qui s'écartent du cadre classique du documentaire — à quoi on l'associe généralement —, comme par exemple Hollywood (2000), Poisson d'avril (2006) ou encore Meurtres à l'Empire State Building, réalisé en 2008, qui réunit une des plus belles brochette d'acteurs imaginable :

vendredi 11 avril 2014

Encore une histoire de la RAF (dix ans en quatre heures et demie)



Un Surpris par la nuit en trois volets, diffusé sur France Culture les 31 mai, 1er et 2 juin 2006, « Fraction Armée Rouge », suite et fin :



Merci à Donald, de la liste ANPR !

jeudi 10 avril 2014

Alcool
(L'odyssée… bon aussi…)




Extrait du dernier album de l'ami Cheval Blanc, Rouge, désormais dans les bacs en vinyle et  CD, et intégralement écoutable ici.

Cheval Blanc a fait hier soir une belle session sur Aligre FM avec La Féline et interviendra tout à l'heure sur France Culture dans Le RenDez-Vous.

Hasard des choses : il se trouve que l'invitée de Goumarre est Dominique Reymond, qui fut révélée au cinéma par Y aura-t-il de la neige à Noël ?, premier film (et hélas seul succès public) de Sandrine Veysset qui elle-même ne fut justement pas pour peu, voici bien longtemps, dans la genèse musicale du jeune Cheval…
(Hé, dis, Henri, ça vient, ces numérisations des Free Martin ?)

lundi 7 avril 2014

Un million de disques à numériser…



Encore une excellente cuvée de Chanson Boum ! hier soir sur France Culture : Hélène Hazéra recevait Lionel Michaux, conservateur au service des documents sonores de la Bibliothèque Nationale de France.



Ce monsieur qui supervise la numérisation des archives sonores de la BNF avait apporté dans sa musette deux belles raretés, entre autres :

La marche des cambrioleurs, de Berger, interprétée par Maréchal en 1902 (qui fut reprise plus de soixante après par Jacques Marchais) :



Et une chanson écrite — qui l'eût cru ? — par Pasolini et interprétée en français en 1962 par son égérie, Laura Betti, La parade du suicide :

dimanche 6 avril 2014

Mieux vaut Cravan que crever !



Hommage radiophonique à Arthur Cravan, poète méconnu et boxeur vaincu mais précurseur du dadaïsme, via une flopée d'émissions de divers pays.
C'est tout ce que j'ai pu réunir pour l'instant mais si vous en connaissez d'autres, je suis preneur.

France Culture, un Surpris par la nuit de Frank Smith du 12 juillet 2001 : « Mais où est passé Arthur Cravan ? » :



Radio Suisse Romande / Espace 2, émission Entre les lignes du 8 novembre 2006 :



Radio Suisse Romande / Espace 2, émission Sonar : « Arthur Cravan contre Arthur Cravan » (20 septembre 2009, avec plusieurs extraits du Surpris par la nuit ci-dessus) :



BBC Radio 4 : « Arthur Cravan Memorial Society » (date inconnue). En angliche, évidemment, ce qui ne manque pas de saveur sonore — même si Cravan se serait peut-être écrié : « Ni Dieu, ni saveur suprême ! ») :



France Culture, Ça rime à quoi, 1er décembre 2013 :



France Culture, L'Atelier de la création du 20 mars 2014 : « Le scandale Arthur Cravan » (ici, la version longue) :



Merci, la liste ANPR !

À propos de Cravan, on trouvera moult chouettes archives et liens sur cette page (oui je sais, c'est Sollers, OK !).
Par exemple le lien vers les fac-similés des numéros 3 et 4 de Maintenant.

jeudi 3 avril 2014

Aujourd'hui, un caprice…



Ça y est, le premier recueil de nouvelles d'Echenoz est désormais en librairie.

Le début de la première, « Nelson » (elle sonne et il a de quoi être sonné, en effet) :

Hiver 1802, manoir dans la campagne anglaise, l’amiral Nelson vient dîner. Les autres invités se pressent dès qu’il paraît au salon parmi les tentures, candélabres, cuivres, portraits d’ancêtres, peintures florales, fleurs. On l’admire alors qu’il revient de la bataille de Copenhague. Il a l’air fatigué, se dit-on mais qu’il est beau, pensent-elles.
Fatigué, certes, il y a de quoi, après tout ce qu’il a vu.
Déjà, embarrassant pour un marin, ce malaise éprouvé dès qu’il est monté sur un bateau, matelot à treize ans sur le vaisseau de guerre de troisième rang Raisonnable. Il a cru que ça passerait mais non, jamais il n’a cessé, jour après jour, depuis trente années qu’il navigue, de souffrir affreusement du mal de mer.
On s’affaire donc autour de lui, posé dans un fauteuil près de la grande fenêtre d’où se voient des jardins ingénieusement désordonnés, bordés de sous-bois puis d’une forêt murale. Brandissant un plateau sur quoi frémissent des verres, un valet se penche vers Nelson qui en cueille un d’une main floue. Nelson est un petit homme mince, affable, juvénile, fort beau personnage en effet mais peut-être un peu pâle. Et s’il sourit tel un acteur interprétant son propre rôle, n’empêche qu’il a l’air bien fragile, friable, au bord de se fracturer tout le temps.
Fine silhouette vêtue de bas blancs, de souliers à boucle en acier, d’une culotte et d’un gilet blancs sous une redingote bleue dont la poche gauche semble enflée par une poignée de shillings, et au plastron de laquelle scintille l’ordre du Bain, chacun de ses yeux brille aussi mais d’un éclat distinct, le droit moins vivement que l’autre. Et si sa main hésite en attrapant son verre, c’est qu’ayant contracté le paludisme aux Indes il y a vingt ans, alors qu’il commandait la frégate Hinchinbroke, de récurrents accès de fièvre, maux de tête, polynévrite et tout le tremblement ne l’ont jamais quitté.
Au salon, comme la conversation porte sur la paix d’Amiens, on attire l’attention de l’amiral sur un point délicat concernant l’évacuation de l’île d’Elbe, on lui tend un journal qui aborde ce sujet.
Nelson dispose la feuille de biais sur sa gauche et paraît ne pouvoir la lire qu’ainsi, latéralement — c’est aussi que pendant le bombardement de Calvi, comme il croisait en Méditerranée à bord du soixante-quatre canons Agamemnon, l’impact d’un boulet lui a projeté en plein visage des éclats de pierraille qui lui ont fait oublier l’usage de son œil droit.
On passe à table et, bien qu’on ait prévu de petites parts prédécoupées pour l’amiral, celui-ci manifeste une belle adresse pour manier sa fourchette et son couteau d’une seule main – c’est encore qu’au large de Santa Cruz de Tenerife, comme à bord du Theseus il projetait de s’emparer d’une masse d’or convoyée par un navire ennemi, Nelson a été atteint par un tir de mousquet qui, fracturant son humérus en plusieurs points, lui a soustrait l’exercice de son bras droit aussitôt amputé.

mercredi 2 avril 2014

La page 106




Adoncques, du milieu de l'hiver à la fin du printemps de l'an 1998 s'est tenu à Jussieu, fac parisienne, une joyeuse et foutraque assemblée débordant d'imagination et d'inventivité pour, sinon mettre un peu à mal ce système, du moins tenter de s'y ébattre selon nos moyens réunis plus à l'aise.

On a longtemps été bien 400, chaque jour, de janvier à mars, pour finir à la mi-juin autour d'une petite cinquantaine (mais sur la pelouse, au soleil).

Un bonheur chasse l'autre ?

C'était parti de Marseille, cette histoire, fin décembre 1997, une étincelante connexion entre des cégétards pas trop crevards et le mouvement AC ! éclos depuis peu.

C'est vite devenu, dans les médias et dans les têtes, « Le mouvement des chômeurs ».
À Paris, le socle des revendications qui nous unissait était simple : zéro revendication.
Des slogans du genre : « Nous voulons un salaire de merde payé des miettes », « 35 h par jour, sinon rien ! », et surtout une certitude : « Vous, vous avez le fric ; nous, nous avons le temps ».
Le temps…
Le temps  de s'assembler, de réfléchir ensemble, d'agir là où ils ne s'y attendaient pas, et de bien rigoler.

Mais bon, au bout de deux-trois mois on ne rigolait plus tellement, à l'Assemblée de Jussieu.
L'amphi naguère plein à craquer ne regorgeait plus tant  que ça. Des volontaires pour des actions-castagne ? Plus personne, ou quasi.
Bref, des tensions se faisaient jour.
En même temps, on analysait au quotidien non seulement les possibilités d'action mais aussi l'état de l'Assemblée.
En avril, une scission s'est ouvertement déclarée.

Je résume très grossièrement (ça a duré pas mal de temps, toutes ces discussions assez déchirantes). Tout le monde (on devait être quand même être encore une bonne centaine, si mes souvenirs sont bons) s'accordait sur le fait que le mouvement était sur le déclin — pas besoin d'être Einstein pour le comprendre, ça…
Et du coup, si on divise grosso modo en trois tendances :


— Une partie voulait arrêter de papoter de façon désormais stérile et agir immédiatement, concrètement. La première idée fut d'investir un terrain vague à Montreuil pour en faire un potager (tout fut arraché quelques mois plus tard sur l'ordre du maire d'alors, Jean-Pierre Brard, juste avant la récolte). Il y eut aussi un élevage de cochons (qui se sont un jour enfuis sur le périphérique, foutant un sacré bordel, mas ça n'a guère à voir en fait — d'autant qu'après le boudin, le petit salé, les jambons, tout le bastringue qui avait été soigneusement remisé aux frigos, ceux-ci ont lâché dans la nuit et tout a pourri…)

— Une partie voulait arrêter de continuer à blablater en vain, et se mettre sérieusement à la réflexion théorique de ce qui venait de se jouer là depuis plusieurs mois (entre autres). Ça a donné Tiqqun.

— Une dernière partie proposait — et c'est ça qui a provoqué ces réactions, cette scission : des gens d'une petite structure éditoriale, L'insomniaque, qui en avaient marre de voir ainsi moribonder cette Assemblée naguère si pétillante — de se mettre à réunir tracts, témoignages et récits sur tout le mouvement en cours, pour en faire un bouquin qui donnerait peut-être des idées à d'autres, ailleurs, moins exténués que nous.
Aussitôt, holà et haro, même réaction que Breton face à Nadeau en 1945 : « Si on en fait un livre, ça fossilise, c'est mort ! »

Mais il n'empêche qu'une partie de l'Assemblée comprenait que c'était pas si bête, de tenter ainsi de rassembler ces traces et ces témoignages, et que ça signait pas pour autant la mort du mouvement — ou alors il l'était déjà, mort.
Ça a donc donné Le lundi au soleil, après trois mois de sillonnages pour recueillir les récits, rassembler les tracts, mettre en forme tout ça et l'imprimer avec nos petites mains (et un peu de matos, genre une imprimerie offset, entre autres).

Entretemps, l'Assemblée de Jussieu avait fini par se dissoudre de sa belle mort, comme prévisible, mais au même moment, en ce début d'été 1998, des copains avaient ouvert un beau squat rue des Maraîchers, un ancien couvent avec jardin arboré, vaste chapelle et tout et tout, et c'est là qu'on a fait une fête de présentation du bouquin tout nouveau tout chaud, grillades et cubis à l'appui.

Et là, catastrophe, nouvelle scission, au sein du dernier cercle des camarades, ceux qui avaient œuvré jour et nuit pour mettre au monde le bouquin.
Mais furieuse, cette fois, presque à en venir aux mains.

À cause de la page 106 de ce fichu recueil.

Une planche de BD plutôt fichtrement bien troussée — à un détail près, certes — que j'avais moi-même été récolter à Perpignan quelques mois plus tôt, et qui fut tout à fait innocemment insérée dans ledit recueil, mais que des camarades pro-féministes se sont acharnés ce soir-là, au vu de l'infamie, à arracher du bouquin en question juste avant de le distribuer.

Pourquoi donc ?