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vendredi 24 mars 2017

Léthé : dèche à rogne ?




« J'avais rencontré Lou quelques mois auparavant et sentant venir la catastrophe, la tragédie, j'effaçais mes souvenirs comme on nettoie les vitres.
Le premier jour elle était sur le trottoir d'en face et la vie lui sortait par tous les pores.
Elle avait vraiment besoin de vivre elle, elle était pas comme nous à traverser l'existence bêtement en s'appuyant sur sa tristesse pour se contenir, à se hisser sur ses malheurs pour atteindre le regard des autres.
Elle était pas comme ça elle en voulait Lou, elle était prête à tout pour en avoir encore des secondes. Elle m'a mangé comme un requin.
J'ai surpris sa féminité, ce que je pensais être la féminité lui faire exécuter tout un tas de gestes [sic].
C'étaient des cheveux en l'air, des sourires en coin, des déhanchements vertigineux et des brassières deux tailles en dessous, et un rire à amadouer les démons.
Sa vie c'était un maléfice, elle était bridée comme un cheval par une famille trop malheureuse et cumulait les privations, tout ce qui aurait pu la définir se retrouvait interdit. Elle vivait en délire sous les coups du sortilège dans une puissante hystérie, j'ai vite appris une chose avec Lou, il ne faut pas enfermer les gorilles.
Alors quand elle arrivait le lundi dans son pull trop noir et trop grand comme un deuil de coton, on filait s'enfermer aux toilettes pour qu'elle se rhabille le moins possible et laisse courir sa peau dans les yeux des autres, ça déclenchait des cataclysmes.
Elle se peignait les paupières en noir et m'emmenait lui trouver des sous-vêtements, il fallait que ça tape droit dans le cœur. Elle rugissait de plaisir comme un Lion quand elle s'enfilait dans de la dentelle et moi je souriais de la voir si heureuse pour un string bon marché.
On s'apprenait la vie comme on apprend l'anglais en faisant des maladresses, ça nous faisait briller les dents de rire, ça faisait une galaxie à deux bouches entre les poteaux de fer et le vieil asphalte.
La Terre a tremblé dans mon crâne quand elle m'a dit son prénom.  »
 Simon Johannin, L'été des charognes, Allia, Paris, 2017

C'est un premier roman, c'est un pain dans la tronche (mais sans mie, que la croûte, et salement rassie !), un chien de sa chienne qui cause peu d'amour et qui nous vient du Tarn (et gare aux nœuds !)

Innocence (?) et beauté — mais façon chat.

L'auteur a causé à plusieurs reprises sur France Culture, notamment ici :


vendredi 17 mars 2017

La colonisation du savoir



Passionnant entretien avec Samir Boumedienne diffusé lundi matin dans La fabrique de l'histoire.

Comment l'invasion de l'Amérique par les Espagnols a aussi servi à extorquer aux Indiens leurs secrets médicinaux, en même temps que les colons apportaient avec eux des maladies qui allaient exterminer les indigènes tout aussi sûrement que les massacres perpétrés par les conquistadors.

Très pédagogue, l'auteur avait captivé l'auditoire du café-librairie Michèle Firk le 9 décembre dernier, lorsqu'il était venu y présenter le fruit de ses recherches sur ce sujet très pointu en apparence, et tout aussi inexploré jusqu'alors que la forêt vierge, mais d'une richesse tout aussi profuse.


jeudi 2 mars 2017

C'est moral, hein, régner…


© Jane Evelyn Atwood, 14 juin 2016

Un sacré mec — même si dans son angoisse permanente il l'ignorait sans doute —, droit dans ses béquilles, à qui je dois entre autres la vie.
Salut !

mardi 28 février 2017

Petit pays

L'Atelier Fiction du 21 février dernier, enregistré les 18 et 19 janvier à la Maison de la poésie, à Paris.
Gaël Faye est accompagné à la guitare et au chant par Samuel Kamanzi.
Aussi poignant que glaçant.

(si le lecteur ne fonctionne pas, on peut écouter l'émission ici)

jeudi 19 janvier 2017

Plutôt Aurousseau que la rousse, ho !



Un chouette entretien avec Nan Aurousseau dans le Mauvais genres de samedi dernier, qui nous restitue l'atmosphère d'une enfance parisienne dans le vingtième, vers la porte de Montreuil, voici un demi-siècle...


dimanche 8 janvier 2017

Jean Ray était-il « genré » ?



Certes, c'était de la « littérature de genre » — disait-on à l'époque — mais le sens des mots change plus vite, souvent ! que le cœur d'un mortel…


Jean Ray examinant la pertinence d'un récit genré

vendredi 25 novembre 2016

« J'existe, je me suis rencontré »



Une lecture par Gilles-Gaston Dreyfus d'extraits de l'ouvrage autobiographique de Gotlib J’existe, je me suis rencontré (Flammarion, 1993, rééd. Dargaud 2014), enregistrée en public au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme le mercredi 9 avril 2014 dans le cadre de l’exposition « Les mondes de Gotlib » et rediffusée dimanche dernier sur France Culture :