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jeudi 19 mars 2009

On y revient (TP, V, §4)

Ayant remis la main, après moult manipulations et déplacements de cartons, sur la traduction de Sylvain Zac (Vrin, 1968), ayant ressaisi sa beauté dont nous conservions un vague souvenir, nous la livrons ici.
Quasiment oublié aujourd'hui, comme presque tout ce qui relève de l'intelligence, Sylvain Zac fut un patient et pertinent commentateur de Maïmonide, avant de consacrer à Spinoza sa thèse à présent introuvable, L'idée de vie dans la philosophie de Spinoza, qui fut la première pierre, peu avant la rafale Gueroult-Deleuze-Matheron, du renouveau des études spinozistes, officialisé dix ans plus tard par les colloques organisés à l'occasion du 350ème anniversaire de la naissance du polisseur de verres de lunettes.
D'une cité, où les sujets, empêchés par la crainte, ne prennent pas les armes, on doit dire seulement qu'elle n'est pas en guerre, mais non qu'elle est en paix*. […] Du reste une cité dont la paix dépend de l'inertie des sujets et qu'on conduit, par conséquent, comme un troupeau, afin de les dresser à l'esclavage, on peut l'appeler avec plus de raison « solitude » plutôt que « cité ».
* Zac explique en note contre quoi Spinoza prend soin d'écrire ce passage : « Hobbes définit, au contraire, la paix par l'absence de la guerre ». Et de renvoyer à De cive, I, XII (« Bellum enim quid est præter tempus illud, in quo voluntas certandi per vim, verbis factisve satis declaratur ; tempus reliquum Pax vocatur. »). De même, toujours pédagogue, il mentionne que la dernière phrase fait allusion au discours de Calgacus dans Tacite, Vie d'Agricola, 30.

mardi 10 mars 2009

Intraitable à traduire


D'autres traducteurs que Saisset ont proposé leur propre version française du Traité politique : Charles Appuhn au début du XXe (rééd. GF Flammarion), Madeleine Francès en 1954 (sans doute la pire de toutes, chez Gallimard, sous le titre Traité de l'autorité politique), Sylvain Zac en 1968 (Vrin), et plus récemment Pierre-François Moreau (Réplique, 1979) et Charles Ramond (PUF, 2005 ; le texte n'est plus celui que donnait l'édition Gebhardt des années 30, Omero Proietti s'étant chargé d'un nouvel établissement). Verne en aurait également fourni une traduction, me souffle-t-on curieusement (sous toutes réserves, donc).
Voici les traductions Appuhn et Moreau du passage dont il était question ici voici peu (chap. V, § 4) :
Si dans une Cité les sujets ne prennent pas les armes parce qu'ils sont sous l'empire de la terreur, on doit dire, non que la paix y règne, mais plutôt que la guerre n'y règne pas. […] Une Cité, faut-il dire encore, où la paix est un effet de l’inertie des sujets conduits comme un troupeau, et formés uniquement à la servitude, mérite le nom de solitude plutôt que celui de Cité.

Si les sujets d'un corps politique ne recourent pas aux armes parce que la terreur les paralyse on doit y voir absence de guerre plutôt que paix. […] En outre, un corps politique où la paix dépend de l'inertie des sujets que l'on conduit comme un troupeau uniquement formé à l'esclavage, mérite plus justement le nom de solitude que celui de corps politique.
Ces problèmes de traduction incitent incidemment à se plonger dans ce texte fondateur qu'est Défense et illustration de la langue française (1549) de Joachim du Bellay — une vieille connaissance, dans ces eaux-ci (pas Zola) —, qui écrit notamment, au chapitre VI de son traité :

Mais que dirai-je d'aucuns, vraiment mieux dignes d'être appelés traditeurs
que traducteurs ? vu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrant de leur gloire, et par même moyen séduisent les lecteurs ignorants, leur montrant le blanc pour le noir : qui, pour acquérir le nom de savants traduisent à crédit les langues dont jamais ils n'ont entendu les premiers éléments, comme l'hébraïque et la grecque…