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dimanche 20 décembre 2009

En fin de compte, ce n'était pas Jennifer Jones…

C'est pourtant ce que j'ai longtemps cru, lorsque me sont tombés sur le coin de la tronche des films aussi poignants que Duel au soleil ou Ruby Gentry, et que sont alors remontées en anamnèse des bribes de ce film-ci — la fin, surtout —, que j'avais vu tout gamin à la "Télévision française", sans doute peu avant l'éclosion de la troisième chaîne, sans en connaître ni le titre ni le réalisateur, et dont j'ai compris par la suite que son souvenir n'avait pas peu contribué à me précipiter dans les bras soyeux et rougeoyants du surréalisme, puis en bien pire brandonneuse compagnie…
Non, ce n'était pas la belle Jennifer si tourmentée, finalement : c'était Dolorès del Rio, encore plus oubliée.
S'enflammer dès l'enfance pour l'amour fou qui se révèle ensuite indissociable de la plus évidente révolte, dressant une vie debout, et tout ça grâce à ce vieux catho de King Vidor… quel paradoxe !

jeudi 17 décembre 2009

Un gadjo

Laure Adler n'est certes au mieux qu'une chienne de garde, mais Tony Gatlif, lui, est un Prince.
C'était hier soir, sur France-Culture, dans Hors-Champs.

vendredi 11 décembre 2009

Quand Barthes faisait son Leiris

« L'entreprise, le mot n'est pas beau. D'abord il y a lente, l'œuf des poux. Puis il y a prise, comme si quelque chose s'attrapait, comme s'il y avait une emprise qui s'opérait. Et entre les deux, ce re qui ne va pas tarder à gêner le ri, et qui sonne comme un rot. Bref, l'entreprise est grosse de l'emprise du parasite. »
Roland Barthes, « Pastiche », 1963, inédit
Cité par Corinne Maier en exergue de son livre Bonjour paresse, Michalon, 2004

jeudi 10 décembre 2009

And now on on TV…



Ne serait-ce que pour s'en payer une bonne tranche avec cet Oliver Hardy hitlérien de Bauer, toujours aussi impayable dans sa bouffonnerie bien stipendiée…
Le reportage est visible en ligne sur cette page, ou ici : " Le coup de Tarnac " .

lundi 30 novembre 2009

Vous voyez

Pendant que la galerie (fragnolique ou autre) s'amuse, on continue à tenter de dénicher des pépites disponibles en ligne.
Ici, c'est un film que Jorge Furtado a réalisé cinq ans après L'île aux fleurs. Ne causant pas lusitanien, je pige guère la deuxième partie, mais le tout semble aussi bath, quoique peut-être moins fracassant. Toujours aussi marxiste, en tout cas, et de ceux dont le père Karl serait fier — pour redonner un peu de tonus à cet adjectif… Y aurait-il des traducteurs, dans le coin ?

vendredi 27 novembre 2009

Tishe !

Pendant une année, le cinéaste russe Victor Kossakovsky a filmé ce qui se passe sous les fenêtres de son appartement à Saint-Pétersbourg. Des ouvriers viennent creuser un trou au milieu de la chaussée, puis le rebouchent, puis reviennent creuser au même endroit, inlassablement, sans que jamais on n'y comprenne rien.
Cette merveille est sortie en 2003 dans l'indifférence générale.

vendredi 20 novembre 2009

Radiotage (GWFW, factotum)

Malgré le grand chamboulement de 1995 et la bulledozérisation lauradlerienne quelques années plus tard, il reste encore, sur France-Culture, quelques émissions dignes de nos oreilles, parmi une foultitude de pseudo-débats à propos de l'actualité culturelle ou politique.
L'une d'entre elles, aujourd'hui défunte au grand dam d'Alain Veinstein, s'intitulait Surpris par la nuit. Les archives (présentation de toutes les émissions depuis le 22 avril 2002) en sont disponibles sur cette page.
Je viens de m'apercevoir qu'il était encore possible de réécouter nombre de ces émissions, à condition de disposer sur sa bécane d'un lecteur de fichiers .ram, du genre RealPlayer (hum, désolé). Il suffit d'ouvrir le site
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/SURPRIS/SURPRISaaaammjj.ram
en remplaçant (car il faut toujours préciser, sait-on jamais) aaaa par l'année, mm par le mois et jj par le jour.
Tout n'est pas accessible, mais on peut quand même s'offrir par exemple le plaisir de réécouter la dernière émission en date où il a été question de Fred Deux.

mercredi 18 novembre 2009

Le renversement de perspective, 4


Et si, un jour ou une nuit, un démon venait se glisser dans ta suprême solitude et te disait : « Cette existence, telle que tu la mènes, et l'as menée jusqu'ici, il te faudra la recommencer et la recommencer sans cesse ; sans rien de nouveau ; tout au contraire ! La moindre douleur, le moindre plaisir, la moindre pensée, le moindre soupir, tout de ta vie reviendra encore, tout ce qu'il y a en elle d'indiciblement grand et d'indiciblement petit, tout reviendra, et reviendra dans le même ordre, suivant la même impitoyable succession,… cette araignée reviendra aussi, ce clair de lune entre les arbres, et cet instant, et moi aussi ! L'éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière infime des poussières ! »… Ne te jetterais-tu pas à terre, grinçant des dents et maudissant ce démon ? A moins que tu n'aies déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu ; je n'ai jamais ouï nulle parole aussi divine ! »
Si cette pensée prenait barre sur toi, elle te transformerait peut-être, et peut-être t'anéantirait ; tu te demanderais à propos de tout : « Veux-tu cela ? le reveux-tu ? une fois ? toujours ? à l'infini ? » et cette question pèserait sur toi d'un poids décisif et terrible ! Ou alors, ah ! comme il faudrait que tu t'aimes toi-même et que tu aimes la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation !

Nietzsche, Le gai savoir, § 341, « Le poids le plus lourd »

Le renversement de perspective, ter

Imaginons, si vous voulez, un ver vivant dans le sang, supposons-le capable de distinguer par la vue les particules du sang, de la lymphe, etc. et de calculer comment chaque particule venant à en rencontrer une autre ou bien est repoussée, ou bien lui communique une partie de son mouvement, etc. Ce ver, vivant dans le sang comme nous vivons dans une certaine partie de l’univers, considérerait chaque partie du sang comme un tout, non comme une partie, et ne pourrait savoir comment toutes ces parties sont sous la domination d’une seule et même nature, celle du sang, et obligées de s’ajuster les unes aux autres suivant que l’exige cette nature pour qu’entre leur mouvement s’établisse un rapport leur permettant de s’accorder. Si, en effet, nous imaginons qu’il n’y a point de causes extérieures au sang, qui puissent leur communiquer de nouveaux mouvements, et qu’il n’y a point d’espace au-delà, ni d’autres corps auxquels les particules du sang puissent transmettre leur mouvement, il est certain que le sang restera toujours dans le même état, que ses particules ne subiront point de variations autres que celles qui se peuvent concevoir par la seule nature du sang, c’est-à-dire par un certain rapport que soutiennent les mouvements de la lymphe, du chyle, etc., et dans ces conditions le sang devrait être toujours considéré comme un tout, non comme une partie. Mais il y a un grand nombre d’autres causes dans la dépendance desquelles se trouve la nature du sang, et qui à leur tour dépendent du sang, d’où suit que d’autres mouvements et d’autres variations se produisent qui n’ont pas pour origine unique les rapports que soutiennent les mouvements de ses parties, mais aussi les rapports du mouvement du sang avec les causes extérieures et réciproquement. Le sang cesse alors d’être un tout et devient une partie. Voilà ce que j’ai à dire sur le tout et la partie.

Nous pouvons et devons concevoir tous les corps de la nature en même manière que nous venons de concevoir le sang ; tous en effet sont entourés d’autres corps qui agissent sur eux et sur lesquels ils agissent tous, de façon, par cette réciprocité d’action, qu’un mode déterminé d’existence et d’action leur soit imposé à tous, le mouvement et le repos soutenant dans l’univers entier un rapport constant. De là cette conséquence que tout corps, en tant qu’il subit une modification, doit être considéré comme une partie de l’Univers, comme s’accordant avec un tout et comme lié aux autres parties. Et comme la nature de l’Univers n’est pas limitée ainsi que l’est celle du sang, mais absolument infinie, ses parties subissent d’une infinité de manières la domination qu’exerce sur elles une puissance infinie et subissent des variations à l’infini. Mais je conçois l’unité de substance comme établissant une liaison encore plus étroite de chacune des parties avec son tout. Car, ainsi que je vous l’écrivais dans ma première lettre, alors que j’habitais encore Rijnsburg, je me suis appliqué à démontrer qu’il découle de la nature infinie de la substance que chacune des parties appartient à la nature de la substance corporelle et ne peut sans elle exister ni être conçue.

Vous voyez ainsi pour quelle raison et en quelle manière le corps humain est à mon sens une partie de la nature.

Pour ce qui est de l’âme humaine, je crois aussi qu’elle est une partie de la nature : je crois en effet qu’il y a dans la nature une puissance infinie de penser et que cette puissance contient objectivement, dans son infinité, la nature tout entière, les pensées particulières qu’elle forme s’enchaînant en même manière que les parties de la nature qui est l’objet dont elle est l’idée.

Je considère en outre l’âme humaine comme étant cette même puissance de penser, non en tant qu’elle est infinie et perçoit la nature entière, mais en tant qu’elle perçoit seulement une chose finie qui est le corps humain : l’âme humaine est ainsi conçue par moi comme une partie de l’entendement infini.

Spinoza, Lettre XXXII, à Oldenburg (20 novembre 1665). Trad. Ch. Appuhn

samedi 14 novembre 2009

Mystère et beugue de Bloom !

Nous sommes au regret d'annoncer l'effacement récent de tous les messages que l'on pouvait lire sur les pertinents blogues
Icarie,
À un ami et
Le Pet-au-Diable.

jeudi 12 novembre 2009

Le temps des bouffons

Voici quelques mois, nous proposions de revoir le film de Jean Rouch, Les maîtres fous (1954), dans lequel des Ghanéens possédés parodient jusqu'à l'horreur le protocole et les manières des colons anglais.
Le cinéaste et militant indépendantiste québécois Pierre Falardeau, disparu fin septembre, avait présenté en 1993 une variation autour du film de Rouch, sur des images tournées en 1985 au Beaver Club de Montréal. Son commentaire est impeccable de mépris salutaire.


« Au Ghana, les pauvres mangent du chien. Ici, c'est les chiens qui mangent du pauvre… »

vendredi 6 novembre 2009

Le renversement de perspective, bis



… Une véritable chape de plomb doctrinale se constitue, prenant notamment appui sur des slogans tels que « nos luttes ont construit nos droits ». Or, ces droits n’ont pas été « conquis de haute lutte » ; ils formalisent un rapport de force à un moment précis (souvent la fin d’une lutte) entre deux positions aux intérêts antagoniques. On fait du droit tel qu’il est le but des luttes sociales passées et non leurs limites mises en forme par l’Etat et le Capital. Cette illusion rétrospective établit que la somme des victoires de la lutte des classes n’est pas autre chose que l’édification lente, laborieuse et linéaire de codes juridiques. Certes, des protections, des garanties ont été mises en place à l’issue de ces luttes, mais il s’agit d’avantages restreints et d’aménagements de l’exploitation. Et cela s’est fait au prix du désarmement de l’offensive et reste bien en deçà de ce qui s’y jouait : l’élaboration de solidarités de classe, de pratiques collectives et de contenus subversifs et révolutionnaires.

Les luttes, concrètement, n’ont pas pour objet des droits. Si la Bastille a été prise, ce n’était pas pour obtenir le droit de vote mais parce que c’était un dépôt d’armes. De même, si les mal logés sont en lutte, c’est avant tout pour avoir un logement. La revendication du « droit au logement » est toujours le fait des associations et des partis qui viennent se poser comme seuls médiateurs crédibles et font carrière en négociant par-dessus la tête des collectifs.

Cette position qui réduit tout à la défense du droit empêche donc la ré-appropriation de formes de luttes qui n’ont jamais été inscrites dans le droit mais qui ont toujours appartenu aux mouvements, comme la grève sauvage, les auto-réductions, les ré-appropriations collectives ou le sabotage. Nous laissons aux adorateurs du code du travail le choix d’inscrire dans les textes juridiques le droit au refus du travail, à la grève sauvage, à la destruction de machines, au sabotage, à la bastonnade des petits chefs, à l’incendie des usines et à la défenestration des patrons.

Voir dans le droit la finalité de toutes les luttes passées et présentes empêche tout renversement de perspective qui viserait la critique de l’Etat, de la démocratie et de la propriété privée, non pour les réformer ou les fuir dans un prétendu « en-dehors » mais pour les abolir. S’affirmer solidaires d’actes dénoncés comme irresponsables alors qu’ils ont toujours été des outils de la lutte de classes, réaffirmer par là leur contenu politique et leur appartenance à la conflictualité de classe va dans le sens de ce renversement de perspective.

Conclusion du texte Contribution aux discussions sur la répression antiterroriste, publié le 27 octobre 2009 sur Bellaciao et téléchargeable sur cette page du site.

jeudi 15 octobre 2009

Le renversement de perspective



On a beaucoup épilogué — précisément depuis les surréalistes — sur la disparition de certains rapports idylliques comme l'amitié, l'amour, l'hospitalité. Qu'on ne s'y trompe pas : la nostalgie de vertus plus humaines dans le passé ne fait qu'obéir à la nécessité future d'aviver la notion de sacrifice, par trop contestée. Désormais il ne peut plus y avoir ni d'amitié, ni d'amour, ni d'hospitalité, ni de solidarité où il y a abnégation. Sous peine de renforcer la séduction de l'inhumain. Brecht l'exprime à la perfection dans l'anecdote suivante : comme exemple de la bonne manière de rendre service à des amis, M. K., pour le plus grand plaisir de ceux qui l'écoutaient racontait l'histoire suivante. Trois jeunes gens arrivèrent chez un vieil Arabe et lui dirent : « Notre père est mort. Il nous a laissé dix-sept chameaux et dans son testament il ordonne que l'aîné en ait la moitié, le cadet un tiers et le plus jeune un neuvième. Nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord sur le partage. A toi de prendre la décision. » L'Arabe réfléchit et dit : « Je constate que, pour pouvoir partager, il vous manque un chameau. J'ai le mien, je n'ai que celui-là, mais il est à votre disposition. Prenez-le, faites le partage et ne me ramenez que ce qui restera. » Ils le remercièrent pour ce service d'ami, emmenèrent le chameau et partagèrent les dix-huit bêtes : l'aîné en reçut la moitié, ce qui fit neuf, le cadet un tiers, ce qui fit six, et le plus jeune un neuvième, ce qui fit deux. A leur étonnement lorsqu'il eurent écarté leurs chameaux il en restait un. Ils le rendirent à leur vieil ami, en renouvelant leurs remerciements. M. K. disait que cette manière de rendre un service d'ami était bonne, parce qu'elle ne demandait de sacrifice à personne. L'exemple vaut d'être étendu à l'ensemble de la vie quotidienne avec la force d'un principe indiscutable.

Il ne s'agit pas de choisir l'art du sacrifice contre le sacrifice de l'art, mais bien la fin du sacrifice comme art. La promotion d'un savoir-vivre, d'une construction de situations vécues est partout présente, partout dénaturée par les falsifications de l'humain.

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations (1967)

On trouvera d'autres textes intéressants dans la bibliothèque assemblée ici.

Le monde comme il va


Villiers-le-Bel : non-lieu requis pour les policiers

D'après des informations de la radio RTL lundi matin, la procureure de Pontoise a pris, mi-septembre, un réquisitoire de non-lieu dans l'enquête ouverte pour homicide involontaire. Le cabinet de Jean-Pierre Mignard, avocat des deux adolescents, a confirmé cette nouvelle en fin de matinée. La juge d'instruction devrait suivre son avis dans les semaines à venir. Dans son réquisitoire, la procureure liste les fautes des deux victimes et exonère les policiers de toute responsabilité dans l'accident. Pas de casque, mini-moto non homologuée, vitesse excessive de 66 km/h, pour la procureure, la collision résulte de la responsabilité exclusive des deux adolescents.
Lors de l'instruction, une expertise avait mis en évidence que les deux policiers avaient menti sur la vitesse de leur véhicule qui aurait été de 64 km/h au lieu de 50 km/h, sans gyrophare. Les familles des victimes, qui ont toujours mis en cause la version des policiers, entendent contester le réquisitoire devant la cour d'appel de Versailles.
Le Monde, 12 octobre 2009

Violences à Villiers-le-Bel : cinq jeunes renvoyés devant les assises

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a confirmé, mardi 13 octobre, le renvoi devant la cour d'assises de cinq jeunes dans l'affaire des tirs sur des policiers durant les violences en novembre 2007 à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise). Quatre d'entre eux sont renvoyés pour tentative d'homicide volontaire sur des policiers dans les nuits des 25 et 26 novembre 2007, ainsi que pour détention et port d'arme prohibés. Le cinquième, soupçonné d'avoir fourni le fusil à pompe, est renvoyé pour complicité.
Le parquet de Pontoise avait requis le renvoi devant la cour d'assises des cinq personnes mises en examen au cours de l'instruction, et les accusés avaient fait appel de l'ordonnance de mise en accusation. Selon Me Sylvie Noachovitch, avocate d'un des accusés, il n'y a "aucun élément matériel" contre son client, qui a "toujours nié les faits". "Il était sur les lieux mais pour calmer les jeunes, et des témoins sont là pour l'attester", a-t-elle affirmé à l'AFP, en ajoutant qu'elle plaiderait l'acquittement devant la cour d'assises.
Le 25 novembre 2007, soir du drame qui avait coûté la vie à deux adolescents, Mushin et Lakamy, dans une collision entre leur moto et une voiture de police, avait été suivi de deux jours de violences entre jeunes et forces de l'ordre. Une centaine de policiers avaient été blessés par des tirs d'armes à feu, un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits.
Le Monde, 13 octobre 2009

mercredi 14 octobre 2009

Sous la botte (écosse tes lots)


Ce pays est occupé

Il est occupé à travailler, à tenter de fuir le chômage, à payer ses traites ou son loyer — pour ceux qui disposent d'un toit — tandis que certains croupissent à payer leur "dette à la société".

Il est occupé à regarder la télé, à en parler le lendemain aux collègues ou au bistrot, à se distraire sans s'instruire, à surfer sur le Net, à gaver la Française des Jeux, à remplir des grilles de Sudoku.

Il est occupé à déambuler dans les galeries marchandes des centres commerciaux, à emplir le caddie de vivres et d'objets dans les allées des supermarchés, à se gaver de substances industrielles de plus en plus douteuses ou de produits estampillés "bio".

Il est occupé, parfois, à voter, voire à s'écharper pour les couleurs de candidats interchangeables.

Ce pays est très occupé.

Et ce monde est très, très occupé.

jeudi 1 octobre 2009

Le grand secret


Verum enimvero […] regiminis Monarchici summum sit arcanum, ejusque omnino intersit, homines deceptos habere, et metum, quo retineri debent, specioso Religionis nomine adumbrare, ut pro servitio, tanquam pro salute pugnent…
Le grand secret du régime monarchique et son intérêt majeur est de tromper les hommes et de colorer du nom de religion la crainte qui doit les maîtriser, afin qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut…
Spinoza, Traité théologico-politique (1670), Préface, (tr. Ch. Appuhn)
On adaptera naturellement cet énoncé à notre attrayante époque, en remplaçant monarchique par capitaliste et en complétant la religion avec du travail ou de la marchandise, ou ce qui paraîtra idoine.

mercredi 30 septembre 2009

Scansion

… si l'on vous disait qu'Elianthe,
jeune, belle, riche, aimée d'amis et d'amoureux comme elle est,

rompt avec eux tout d'un coup,

implore sans relâche les faveurs et souffre sans impatience les rebuffades d'hommes,
parfois laids, vieux et stupides;
qu'elle connaît à peine,

travaille pour leur plaire comme au bagne,
en est folle,

en devient sage,
se rend à force de soins leur amie,

s'ils sont pauvres leur soutien, sensuels leur maîtresse,
vous penseriez :
quel crime a donc commis Elianthe et qui sont ces magistrats redoutables qu'il lui faut à tout prix acheter,
à qui elle sacrifie ses amitiés, ses amours, la liberté de sa pensée, la dignité de sa vie, sa fortune, son temps, ses plus intimes répugnances de femme ?

Marcel Proust, Les plaisirs et les jours (1896),
VII (« Snobs »), III (« Oranthe»)

mardi 29 septembre 2009

1713 lit 1712

lundi 28 septembre 2009

Face-à-face

Depuis le mois de juillet, à Paris, quand on remonte la rue des Couronnes à la hauteur de la rue Julien Lacroix (un peu au-dessus du tronçon restant de cette rue Vilin où Perec a passé son enfance), on tombe sur cette inscription :


Et voici quelques jours, en face, sur le rideau de fer d'une galerie bobo s'étalant depuis peu entre les murs d'un vieux bistrot, une autre main a tracé d'autres mots :

Comme un face-à-face du Comité invisible et des Communisateurs

Deux jours plus tard…
Gaspe ! après vérification diurne, il s'avère que c'est en fait l'artisteux exposé dans la galerie susdite, qui a ainsi enluminé ce rideau de fer…
Il y a dans ces textes quelques absences, assez peu visibles, mais tout de même remarquables : le point de fuite de la perspective y est toujours anormalement absent. Ils ressemblent au fac simile d’une arme célèbre, où manque seulement le percuteur. C’est nécessairement une critique latérale, qui voit plusieurs choses avec beaucoup de franchise et de justesse, mais en se plaçant de côté. Ceci non parce qu’elle affecterait une quelconque impartialité, car il lui faut au contraire avoir l’air de blâmer beaucoup, mais sans jamais sembler ressentir le besoin de laisser paraître quelle est sa cause ; donc de dire, même implicitement, d’où elle vient et vers quoi elle voudrait aller. […]

Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en artistes. Quand les dernières imitations d’un néo-dadaïsme retourné sont autorisées à pontifier glorieusement dans le médiatique, et donc aussi bien à modifier un peu le décor des palais officiels, comme les fous des rois de la pacotille, on voit que d’un même mouvement une couverture culturelle se trouve garantie à tous les agents ou supplétifs des réseaux d’influence de l’État. […] Arthur Cravan voyait sans doute venir ce monde quand il écrivait dans Maintenant : « Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes, et on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme. »

jeudi 24 septembre 2009

« Un R est un M qui se P le L de la R »



Cet hommage à l'opus posthume de Perec, « 53 jours », est extrait de l'"opéra radiophonique" de Pierre Jodlowski, Jour 54, diffusé dans l'ACR du dimanche 20 septembre mais qui pour d'obscures raisons n'est pas disponible en peau de caste.
On pourra en écouter ci-dessous l'intégralité, avec la voix si singulière de Michael Lonsdale.
Un Radiopéra est un Morceau qui se Propose le Loisir de la Réécoute.


lundi 14 septembre 2009

La vie du marquis de Sade orchestrée par Gainsbourg


Une œuvre réalisée en 1979 par la regrettée Claude Dominique, rediffusée vendredi 11 septembre lors d'un hommage à cette femme de radio dans la bonne surprise de la nouvelle grille de France-Culture : l'émission nocturne de Thomas Baumgartner, Les passagers de la nuit.
On peut aussi écouter l'entretien que Claude Dominique eut avec Roland Topor, après la parution des jubilatoires Mémoires d'un vieux con :

jeudi 10 septembre 2009

Un communiqué du B.D.I.C.*


Diminuez
vos revenus…
tout en travaillant plus !

— « Mais comment faire ?
— C'est très simple. Suivez attentivement nos suggestions. Et pas de chichis ! »

1) Votez à chaque élection pour un des partis dont l'emballage vous a plu.

2) Obéissez démocratiquement aux patrons et aux syndicats.

3) Évitez toute grève générale, dénoncez les fauteurs de troubles et les étrangers. Répandez le souffle mauvais de la résignation et du déjà-vu, chantez La Marseillaise !

4) Exigez peu et mal, acceptez beaucoup. Refusez parfois, pour la forme (n'oubliez pas ceux qui ont sacrifié leur vie pour que vous puissiez jouir d'un DVD, d'un portable, d'une bagnole, d'un emploi, etc.)

5) Ne changez rien, vous êtes parfait(e). Écrasez-vous : restez responsable. Rideau !

* Bureau pour le Développement de l'Intelligence Civique.

mercredi 9 septembre 2009

Juste un petit rappel, presque 50 ans après


Plutôt que de parcourir ce blogue loqueteux, geignard et chleuasmatique, mieux vaudrait consacrer son temps à écouter attentivement cette fascinante voix d'un monde de bien avant, qui nous permet entre autres de ressaisir notre propre réalité.
Je ne dirai pas Avis aux amateurs, mais il est sûr que les avisés aimeront.
À la folie.

jeudi 27 août 2009

Et le bois devint scène…


On peut télécharger ce film sur internetdown.org
(fichier "baladeobois.mp4").

lundi 24 août 2009

Pari perdu




… Paris
Restera, quoi qu'il advienne,
La capital' souveraine
La seul', l'unique et la reine
Par le cœur et par l'esprit…

entend-on dans cette chanson de 1977 écrite par Jean-Roger Caussimon, mise en musique par Philippe Sarde et interprétée au générique du film de Tavernier par Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle (qui ne jouent pas dans le film).
Il n'aura pas fallu plus de deux décennies pour ruiner complètement cette assertion, qui sonnait déjà plutôt comme une prière à la date de sortie du film, vu l'état de la capitale après les ravages pompidolo-giscardiens.

Mais à la réflexion, non, pas une prière : un glas cynique et amer.
Les couplets semblent des antiphrases, comme en témoigne ce passage, écrit après la création des voies sur berges :
Et la Seine, enfin, leur donne
L'attrait de ses quais fleuris…

dimanche 23 août 2009

Ce que les poux vantent (et le rêve fraîchit)



Seul au-dessus de son ventre, l’homme avait oublié tout langage. Quand débarquèrent ses amis, il ne comprit rien aux sons qu’ils proféraient dans la joie des retrouvailles.
Eux crurent qu’il se payait leur tête et se mirent à l’invectiver, puis le frappèrent.
Il mourut au début de l’hiver, maladroitement recroquevillé parce que les coups l’avaient atteint — comme la tarte — à l’intestin.

Il marchait seul dans la nuit au hasard des routes désertes. Des plaines environnantes, il ne pouvait pas dire ce qui y germait, et ce malgré la lune plate et très blanche. Il marchait lentement, nez au vent, sans se demander quoi faire de ses mains, oubliant la ville brûlant maintenant loin derrière des brasiers qu’il avait allumés, où la révolte battait son plein.
Il était amoureux de tout ce qu’il voyait, la brise l’aimait elle aussi bien que naturellement elle le glaçât. Il revêtit un petit masque qu’il serrait depuis longtemps dans son poing, ressemblant ainsi furieusement à Casanova, puis le jeta au bout de quelques kilomètres.
Sans avoir dormi depuis des semaines entières, il se sentait pourtant reposé, prêt à tout.
Il avançait au hasard, mais le pas sûr et la bouche légèrement serrée sur un baiser attrapé au coin d’une barricade.
1992 (?)

samedi 22 août 2009

Une récente paraphrase…

… de la première partie du film In girum imus nocte et consumimur igni, en musique, avec un récitant un peu trop emphatique, mais le montage est foutrement bien fichu. On s'amusera à repérer les détournements, d'ailleurs signalés au générique de fin.
C'est en trois parties. On peut télécharger le film sur
cette page, et lire le texte sur celle-ci.



vendredi 21 août 2009

George paie recta

En reconnaissance à l'Anonyme, une image sur laquelle on peut cliquer pour aboutir à un site qu'il connaît sans doute, et un film qu'il connaît par cœur (mieux vaut Stark que jamais).

jeudi 20 août 2009

« Révolution : solution de tous les rêves »

Après cinquante années de civilisation, d'ongles faits et de cheveux coupés, le peuple s'était réveillé. Ce n'avait pas été une révolution mais une insurrection, une révolte, quelque chose de dégoûtant et bien fait pour choquer. Il avait escaladé les digues de la raison, du bon sens, de la décence, il avait oublié le but même de ce qu'il faisait, il n'avait bientôt plus songé qu'à tuer ou à piller ou à chanter. Il avait tout oublié des instructions qu'on lui avait données et il avait tout cassé.
Le signal fut donné à midi, d'un coup de pistolet qui tua l'homme en qui tout le monde croyait. Une heure après, les tramways étaient renversés et toute la ville brûlait. Les policiers tiraient sur les maisons des beaux quartiers et les casernes s'écroulaient. Les insurgés dans les rues tourbillonnaient, les bras chargés de presse-purée, de chaussures, de tabac et de caisses de whisky écossais.
Dans un bas quartier, un petit homme courait. Vingt autres l'entouraient, il les menait à une boutique barricadée de coiffeur-barbier. Il criait :
« Foutons-y le feu, la saloperie, faut qu'ça flambe, foutons-y le feu ! »
La porte était enfoncée, les cuvettes remplies d'essence et tout flambait. Le petit homme se réchauffait et criait :
« Ça faisait trente ans, rendez-vous compte, trente ans que j'étais barbier ! »

Alain Gheerbrant, L'expédition Orénoque-Amazone
[Gallimard, 1952],
Avant-propos,
Le Livre de Poche n°339-340, 1962, p. 7


La définition qui sert de titre à ce billet est de Michel Leiris.

lundi 17 août 2009

« I gotta get out of here ! »


Complètement déjanté, ce Charlemagne Palestine !
Mais au fond, le sommes-nous moins que lui,
à tourner sans fin dans cette île virtuelle ?

mercredi 12 août 2009

Communisme à baldaquin

Grâce à Jacques Antel, qui dans Le contrepet quotidien (Ramsay-Pauvert, 1990) dévoila le sens caché du titre choisi par Jean Servier, nous savons que le monde de la vraie vie sera nécessairement peuplé de femmes légères nonchalamment allongées, de lorettes alanguies sous la couette : un horizon d'horizontales, hors de toute vénalité. Tu viens, chéri ? c'est gratuit…
Comme le disait Jérôme Leroy sur Causeur, le 10 août 2009 à 20h 20, « le communisme à venir sera balnéaire, sexy et poétique. »

dimanche 2 août 2009

Œnologues, hé !


« C'est à l'ami qu'on offre son vin »
(bon, on a quatre jours d'avance sur le 6 août, mais à cette date on sera absent)

samedi 1 août 2009

Réduire des hommes raisonnables à l’état de bêtes brutes

J’ai vu maintes fois avec étonnement des hommes fiers de professer la religion chrétienne, c’est-à-dire l’amour, la joie, la paix, la continence et la bonne foi envers tous, se combattre avec une incroyable ardeur malveillante et se donner des marques de la haine la plus âpre, si bien qu’à ces sentiments plus qu’aux précédents leur foi se faisait connaître. Voilà longtemps déjà, les choses en sont venues au point qu’il est presque impossible de savoir ce qu’est un homme : Chrétien, Turc, Juif ou Idolâtre, sinon à sa tenue extérieure et à son vêtement, ou à ce qu’il fréquente telle ou telle Église ou enfin à ce qu’il est attaché à telle ou telle opinion et jure sur la parole de tel ou tel maître. Pour le reste leur vie à tous est la même.

Cherchant donc la cause de ce mal, je n’ai pas hésité à reconnaître que l’origine en était que les charges d’administrateur d’une Église tenues pour des dignités, les fonctions de ministre du culte devenues des prébendes, la religion a consisté pour le vulgaire à rendre aux pasteurs les plus grands honneurs. Dès que cet abus a commencé dans l’Église en effet, un appétit sans mesure d’exercer les fonctions sacerdotales a pénétré dans le cœur des plus méchants, l’amour de propager la foi en Dieu a fait place à une ambition et à une avidité sordides, le Temple même a dégénéré en un théâtre où l’on entendit non des Docteurs, mais des Orateurs d’Église dont aucun n’avait le désir d’instruire le peuple, mais celui de le ravir d’admiration, de reprendre publiquement les dissidents, de n’enseigner que des choses nouvelles, inaccoutumées, propres à frapper le vulgaire d’étonnement. De là en vérité ont dû naître de grandes luttes, de l’envie et une haine que les années écoulées furent impuissantes à apaiser.

Il n’y a donc pas à s’étonner si rien n’est demeuré de la Religion même, sauf le culte extérieur, plus semblable à une adulation qu’à une adoration de Dieu par le vulgaire, et si la foi ne consiste plus qu’en crédulité et préjugés. Et quels préjugés ? Des préjugés qui réduisent des hommes raisonnables à l’état de bêtes brutes, puisqu’ils empêchent tout libre usage du jugement, toute distinction du vrai et du faux, et semblent inventés tout exprès pour éteindre toute la lumière de l’entendement. La piété, grand Dieu ! et la religion consistent en absurdes mystères, et c’est à leur complet mépris de la raison, à leur dédain, à leur aversion de l’entendement dont ils disent la nature corrompue, que, par la pire injustice, on reconnaît les détenteurs de la lumière divine. Certes, s’ils possédaient seulement une étincelle de la lumière divine, ils ne seraient pas si orgueilleux dans leur déraison, mais apprendraient à honorer Dieu de plus sage façon et, comme aujourd’hui par la haine, l’emporteraient sur les autres par l’amour ; ils ne poursuivraient pas d’une si âpre hostilité ceux qui ne partagent pas leurs opinions, mais plutôt auraient pitié d’eux — si du moins c’est pour le salut d’autrui et non pour leur propre fortune qu’ils ont peur. En outre, s’ils avaient quelque lumière divine, cela se connaîtrait à leur doctrine. J’avoue que leur admiration des mystères de l’Écriture est sans bornes, mais je ne vois pas qu’ils aient jamais exposé aucune doctrine en dehors des spéculations aristotéliciennes et platoniciennes ; et, pour ne point paraître des païens, ils y ont accommodé l’Écriture. Il ne leur a pas suffi de déraisonner avec les Grecs, ils ont voulu faire déraisonner les Prophètes avec eux.
Spinoza, Traité théologico-politique, Préface (tr. Charles Appuhn)

vendredi 31 juillet 2009

Avis de recherche

On avait complètement oublié que GWFW, dans une vie bien antérieure, s'était attaché à reconstituer la liste chronologique de l'intégralité des ouvrages publiés dans la collection 10/18 (Union Générale d'Édition) jusqu'à fin 1985, du n°1 (Descartes, Discours de la méthode, suivi de Méditations métaphysiques) au n°1735 (Lewis, Sam Dodsworth), la suite n'étant guère difficile à retracer.
Un travail de bénédictin forcené, vu l'absence totale de catalogue général de la collection. Des journées entières, dans les années 80, alors que le monde basculait inexorablement vers celui de maintenant, passées dans le lacis discret des travées du troisième étage de Joseph Gibert, à délicatement arracher, en fin de volumes soigneusement choisis, les précieuses listes indiquant les ouvrages disponibles à la date d'impression ; à hanter les librairies vétustes pour tenter de récupérer d'anciens bons de commande 10/18. Des semaines (au total, sur une quinzaine d'années) à percer de pesants mystères, à repérer errances, incohérences et revirements dans l'attribution des numéros aux volumes de la collection.

Le Ferdydurke de Gombrowicz, dans sa délicieuse première traduction (signée « Brone », c'est-à-dire l'auteur lui-même aidé d'amis argentins guère plus francophones), avait été réédité en 10/18 sous le n°385-386. Lorsque Christian Bourgois en a demandé une nouvelle traduction à Georges Sédir, les mollets sont devenus des cuisses et l'ouvrage a été réédité sous le n°741.
De même, Les infortunes de la vertu, de Sade, a connu deux éditions dans la collection : l'une, sous le triple numéro 239-240-241, suivie de Historiettes, contes et fabliaux ; puis une édition simple, sous le n°399.
De même pour la correspondance entre Héloïse et Abélard, d'abord parue sous le titre Lettres au n°188-189, puis rééditée (dans une version sans doute complétée) au n°1309 avec inversion de l'ordre des auteurs (Abélard et Héloïse, Correspondance, dans la série "bibliothèque médiévale" dirigée par Paul Zumthor).
Un abrégé du livre de Norbert Wiener, Cybernétique et société, avait été publié dès les débuts de la collection, sous le n°56. Lorsqu'en 1971 Christian Bourgois et Dominique de Roux décidèrent de le rééditer dans son intégralité, il fut annoncé sous le n°547-548. Mais c'est l'essai de François Perroux, Indépendance de la nation, qui reçut ce numéro. Le texte intégral du Wiener parut un peu plus tard, sous le n°569-570.
Le texte de Perec, Lusson et Roubaud, Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go, qui a longtemps figuré au catalogue (bizarrement assorti d'une interdiction à la vente aux mineurs !), n'est en réalité jamais paru dans la collection. Pareil pour L'art magique, de Breton.
En fin de bien des volumes des années soixante, le pamphlet de Mitterrand, Le coup d'État permanent, figure au n°396 du catalogue. C'est en fait un autre roman de Sade, Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, qui est paru sous le n°396-397. Le texte de Mitterrand avait semble-t-il été édité auparavant, sous le n°296. Dans ces listes, une faute de frappe sur un seul chiffre peut conduire à des abîmes de perplexité.

Mais ceci n'est rien par rapport aux numéros fantômes, aux exaspérants trous dans le suivi de la numérotation.
Au cours de l'année 1969, le n°436 a été escamoté, après la parution des quatre tomes du Traité d'économie marxiste d'Ernest Mandel. Ce n'est qu'en 1977 (comme quoi certains, au sein de l'UGE, se souciaient tout de même de la continuité de la numérotation…) que ce numéro a été rajouté sur le volume suivant, Heureux les pacifiques de Raymond Abellio, initialement n°437-438 et ainsi devenu n°436-437-438, mais en réalité 436°°° puisqu'à cette époque, sans doute pour alléger la présentation, le principe de la numérotation multiple avait été abandonné : les volumes parus antérieurement et réimprimés n'étaient alors plus désignés que par leur premier numéro d'origine, suivi d'un nombre d'étoiles correspondant à la quantité de numéros initiaux.
Pendant longtemps, le n°1000 n'a jamais existé. Bien des années plus tard, il a été attribué à la réédition dans la collection du texte de Vernon Sullivan, J'irai cracher sur vos tombes, sous la signature de son véritable auteur.
Le triple numéro 597-598-599 désigne dans quantité de catalogues le recueil du cinéaste Dziga Vertov, Articles, journaux, projets. Mais cet ouvrage, sans doute longtemps ajourné, ayant en fait paru sous le n°705, aucun livre réel ne correspond au triple numéro susdit.

Pour clore cette passionnante aventure, voici la liste des numéros de la collection dont nous ne savons toujours pas à quels livres ils sont censés correspondre, ni même si ceux-ci existent :
426-427
466
619 à 621
787
878
952
961
968
1066
1561
1610
1634
1659
1666
1733
1734
(il se peut que nous ayons déjà réduit les incertitudes concernant ces sept derniers numéros. Mais cette partie de notre reconstitution du catalogue se trouvant sur le disque dur d'un antique notebouque auquel nous n'avions plus touché depuis six ans, et dont la pile d'horloge a apparemment fondu sur la carte-mère, nous sommes présentement dans l'incapacité d'y accéder…)

mercredi 29 juillet 2009

Foutre mêlé

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Voici Les maîtres fous, de Jean Rouch (1955), qu'on n'ira pas qualifier de feu très mou tant ça n'a rien perdu de sa force.
Mais allez-y voir vous-mêmes, chez UbuOuèbe : c'est la caverne d'Ali Baba.

O. W., dit « artsophage »

Magie de UbuOuèbe : voici le tout premier film de ce vieil ourson de Welles, qui avait alors 19 ans.

Savoir diriger les acteurs

Qui aurait pu imaginer que le porteur d'un patronyme aussi banal pût se montrer aussi époustouflant d'intelligence ?
Désolé pour la piètre qualité de la vidéo, mais c'est pas souvent qu'on trouve ce film sur la Toile.

mardi 28 juillet 2009

« Et la guerre est à peine commencée… »


Quand le Parti Imaginaire passait de l'autre côté de la caméra, juste après le 11 septembre 2001…
On peut lire et télécharger le texte lu en voix off dans ce film sur cette page du site Le Jura Libertaire, qui propose également une version sous-titrée en anglais.

dimanche 26 juillet 2009

J'erre aux meules, heure où, aaah…

J'ignore pour vous, mais quant à moi, une semaine d'absence de l'ex-colonel, je peux vous dire qu'on se morfond, ma bonne dame !
Y'a pas à dire, ça manque de peps dans les schmurfzts !

Sale matinée

Se réveiller salé, avec la soif à la tête, tout décalé, tout oublié : te voilà transformé en fantôme imbibé de sommeil. Réveil carrelé, glacé, carré, froid comme un caveau : matin-tombeau. Tombeau-sapin, froid des forêts effrayées. Envie de déglutir, de s’engloutir… Se réveiller vieux, ivre encore de la veille, à sec ; ouvrir les yeux sur le gué d’une rivière à sec, stupide gué pas gai qui rend intolérable l’absence de torrent rugissant, le fracas du flux de flots d’eau, les flocons d’eau, la poussière d’eau, la brume humide des abeilles, l’essaim de l’eau.
Dans la rue j’observe minutieusement chaque femme croisée… Tiens, cette vieille se retourne brusquement car elle comprend qu’elle est ma mère, que je suis son fils abandonné… Non, elle ne m’a pas vu… Vite, boire de la poudre !
GRAND RÉVEIL net, réveillé comme on vous assomme, paf ! avec un sale goût au fond du bec, comme si j’avais bouffé de la merde toute la soirée. Au réveil, j’avais tout oublié et je tremblais. Je me suis réveillé mort, avec ce curieux décalage persistant qu’introduit le fait de la mort dans la perception des alentours meubles ou humains : une sorte de minéralité envahit ces événements minuscules du matin. Ivre, et nettoyé par une lucidité négative, comme dans l’horreur irréelle d’une fosse où l’on descend la tombe de celle qu’on aimait. À elle j’ai eu mal, c’est vrai, mais maintenant je perds la tête, je parle et tête ma langue, j’as peur.
Décalage insupportable que cet emmêlement décollant d’ivresse et de lucidité, comme l’effet de ces cachets qui permettent au dormeur de rêver froidement, de téléguider son rêve sans abandon possible : l’exact inverse du sentiment d’impuissance que confère l’ébriété quand il importe vraiment d’être attentif et lucide. L’acide.
Sale impression d’être coupé en deux, débité par le milieu dans le sens de la longueur, comme sur les starting-blocks quand on craint de partir avant le signal : sensation qu’une moitié du corps va démarrer trop tôt, laissant l’autre en rade. Soudain je m’aperçois que je n’ai plus de colonne vertébrale : elle est restée prise dans le matelas quand je me suis levé.
L’alcool détruit, et je ris, et voilà qu’imminemment je vais vomir de la merde.
5 mars 1992

« Mais la question qui m'tracasse… »

Ill. Erick Pardus (?)



Est-ce que tu s'ras plus dégueulasse mort que vivant ?

Trade unions

Chaque fois que j’écris en dehors, il me vient à l’esprit que ce n’est que fort récemment que j’ai appris l’absence de trait d’union entre ces deux mots, et aussi que c’est faux, comme une sensation qu’on sait pernicieuse de déjà-vu; et pourquoi ça me fait si bizarre, comme un fait frappant, le fait que dedans en dehors il n’y a rien, en dehors rien ? Il en sourd une sorte de vertige hypnotique, qui vite endort toute la réalité sous une absence-avalanche : l’orthographe est si implacable (et impalpable) qu’à l’intérieur de ce qui désigne l’extérieur il n’y a pas place pour le moindre signe, pas même pour un très fin trait — qui peut-être serait senti comme traître par l’expression, parce que rien ne peut venir réellement unir deux mots externes qui liés n’ont de sens que pour celui qui les emploie du dedans, bien au chaud dans son langage comme la langue dans la bouche, langue qui lie les aliments qui n’ont pourtant en vrai rien de commun que d’être liés dans la saveur par celui qui les avale — ou qui les goûte. Ça me dégoûte, et je voudrais pouvoir devenir un végétarien du langage — où je végète à rien.
18 novembre 1995

samedi 25 juillet 2009

Communisme balnéaire


Enfin ! Après des années d'attente et de recherche, nous retrouvons ce morceau, issu du disque Chants staliniens de France, par quelques uns qui les chantaient dans les années 50 (Expression spontanée, ES 49, 1976 [?]), grâce au judicieux choix musical de Jean-Noël Jeanneney dans son émission de ce matin.

Décochons les dards !

« L'aspirant habite Javel »

vendredi 24 juillet 2009

Gares : des larmes, hein ?


Tout est dans le regard… Les gares heureuses soupirent sur leurs quais émoussés d'amants embrassés quelle que soit l'heure : leur charmante chaleur se masse malgré le fer des caténaires qui périodiquement se rappelle à leur dernière affaire, à la chapelle de leurs bras amoureux qui pour eux sont le dernier espoir en croix de leur croyance à tout prendre. Alors le train s'ébranle, et les gestes se brusquent et les caresses (perdantes) cessent et c'est le grand départ — et demain, là-bas, il en embrassera une autre qui aura un goût différent, plus amer peut-être, tandis qu'elle, affolée de son silence meurtrier, elle lui adressera ses lettres de détresse, sans penser encore que pour elle aussi la nuit s'épaissit, tandis donc qu'elle tressera, la gorge râclée de désir, la proie de l'espoir en proue, ce qu'elle pense encore comme des amarres, faibles feux d'artifice oubliés sitôt que fissa : des parts de futur désespoir. Et plus tard, ailleurs, elle verra ses mains se multiplier inexpliquablement — mais impossible aujourd'hui de se sabler ainsi l'esprit, de penser ça : l'ablation oublieuse des temps moindres, des bourgeons qui mincissent en moignons, qui s'étrécissent au fond de la pupille qu'on croyait usée, qui s'avère rusée, resplendissante de rubis cachés. Et de nouveau, rien comprendre que se laisser avaler par la marée d'une glu inconnue et charnue. Et lui, là-bas, trop tard, fini, regrettera ces bras débarrasseurs d'angoisse, ces brassées de savoir qui valsaient encore et encore tout autour de l'église de son corps écorché, de l'écorce encrassée et cassée mais sacrée de ça, de ces caresses-là, à elle, les siennes.
GWFW, mai 1993

Garder la main

Grâce au flegme, on supporte bien des désagréments.

Contre la mouvance monarcho-monotone*

ill. Roland Topor

L’expérience paraît enseigner cependant que, dans l’intérêt de la paix et de la concorde, il convient que tout le pouvoir appartienne à un seul. Nul État en effet n’est demeuré aussi longtemps sans aucun changement notable que celui des Turcs et en revanche nulles cités n’ont été moins durables que les Cités populaires ou démocratiques, et il n’en est pas où se soient élevées plus de séditions. Mais si la paix doit porter le nom de servitude, de barbarie et de solitude, il n’est rien pour les hommes de si lamentable que la paix. Entre les parents et les enfants il y a certes plus de querelles et des discussions plus âpres qu’entre maîtres et esclaves, et cependant il n’est pas de l’intérêt de la famille ni de son gouvernement que l’autorité paternelle se change en une domination et que les enfants soient tels que des esclaves. C’est donc la servitude, non la paix, qui demande que tout le pouvoir soit aux mains d’un seul : ainsi que nous l’avons déjà dit, la paix ne consiste pas dans l’absence de guerre, mais dans l’union des âmes, c’est-à-dire dans la concorde.
Spinoza, Traité politique, ch. VI, § 4, tr. Charles Appuhn

* Nous avons relevé cette expression chez nos camarades de ULTRAHUMANDIGNITY.

La pipeaulitique

… C’est surtout en effet quand elle se conforme au commandement de la raison que la Cité est maîtresse d’elle-même. Lors donc qu’elle agit contrairement à la raison, et dans la mesure où elle le fait, elle se manque à elle-même et on peut dire qu’elle pèche. Cela se connaîtra plus clairement si l’on considère qu’en disant que chacun peut statuer sur une affaire qui est de son ressort et décider comme il le veut, ce pouvoir que nous avons en vue doit se mesurer non seulement par la puissance de l’agent, mais aussi par les facilités qu’offre le patient. Si par exemple je dis que j’ai le droit de faire de cette table ce que je voudrai, je n’entends certes point par là que cette table mange de l’herbe. De même aussi, bien que nous disions que les hommes dépendent non d’eux-mêmes mais de la Cité, nous n’entendrons point par là que les hommes puissent perdre leur nature humaine et en revêtir une autre. Nous n’entendons point par suite que la Cité ait le droit de faire que les hommes aient des ailes pour voler, ou, ce qui est tout aussi impossible, qu’ils considèrent avec respect ce qui excite le rire ou le dégoût ; nous entendons qu’alors que, certaines conditions étant données, la Cité inspire aux sujets crainte et respect, si ces mêmes conditions cessent d’être données, il n’y a plus crainte ni respect, de sorte que la Cité elle-même cesse d’exister. Donc la Cité, pour rester maîtresse d’elle-même, est tenue de maintenir les causes de crainte et de respect, sans quoi elle n’est plus une Cité. À celui ou à ceux qui détiennent le pouvoir public, il est donc également impossible de se produire en état d’ébriété ou de nudité avec des prostituées, de faire l’histrion, de violer ou de mépriser ouvertement les lois établies par eux-mêmes, et tout en agissant ainsi, de conserver leur majesté ; cela leur est tout aussi impossible que d’être et en même temps de ne pas être. Mettre à mort les sujets, les dépouiller, user de violence contre les vierges, et autres choses semblables, c’est changer la crainte en indignation, et conséquemment l’état civil en état de guerre.
Spinoza, Traité politique, ch. IV, § 4, tr. Charles Appuhn