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… a c'est pour ça qu' sa plaie a s'a mise à suppurer, et pis a l'en a morte, la pauvrette !
Hé ouais, c'est comme ça, mais bon, que nos pensées émues vers cette pauvre Aude ne nous empêchent pas d'écouter cette belle ode à l'alexandrin dispensée naguère sur ce qui va devenir sous peu Radio-Rachida :
Ce mec-là a déclenché tant de choses dans les têtes adolescentes d'alors (celles des années soixante-dix), lui qui n'a jamais eu les honneurs d'un véritable premier rôle (contrairement à son comparse de toujours que fut Jean Rochefort — en Cavaleur chez Philippe de Broca ou plus tardivement en Don Quichotte avorté chez Terry Gilliam) mais il délivrait une image bien plus intense et folle et inouïe de la liberté — même en beauf ahuri chez Joël Séria et parfois jusqu'au cathédralesque !
Extrait de Calmos (Bertrand Blier, 1976) : scène de la rencontre
Extrait de Calmos (Bertrand Blier, 1976) : scène du repas nocturne
Extrait de L'entourloupe (Gérard Pirès, 1979) : scène de la leçon de vente
♫♪♬ Et allez donc envoie la ritournelle… ♪♫♪ Mais il rest'ra chez ma tante Comme cett' chanson entêtante La seul' qu’on a ouïe de lui Et qui ne saurait lui dire « oui » ?
Très chouette idée de rediffusion dans les Nuits de France Culture, mardi et mercredi derniers, cette série d'entretiens de 1963 avec Jacques Yonnet, le génial auteur de Rue des Maléfices (Enchantements sur Paris, dans sa première édition chez Denoël en 1954 — qui n'est pas sans rapport avec l'Internationale Lettriste, soit dit en passant…) :
L'Anonyme historique de ce blogue nous a transmis ce qui suit, voici quelque temps déjà.
Il y a quelque temps, j'ai découvert que la chanson Mon Vieux était bien antérieure à la version de Daniel Guichard : les paroles ont été écrites en 1962 par une certaine Michelle Senlis, Jean Ferrat a composé la musique, et la chanson a été créée l'année suivante par un jeune interprète, Jean-Louis Stain : aucun succès. Un autre jeune chanteur, Jacques Boyer, l'enregistre également en 1963, sans plus de succès.
C'est dix ans plus tard que Daniel Guichard reprend cette chanson passée à peu près inaperçue (la connaissait-il, ou bien est-ce son producteur, Eddie Barclay, qui a eu cette bonne idée ?). Il en retouche légèrement le texte, pour le faire coller à sa propre histoire ; il transpose la tonalité, ce qui modifie notablement le climat de la musique ; et surtout il incarne les paroles d'une façon toute différente, par sa voix et par son interprétation subtile. Le pouvoir d'émotion de la chanson se révèle alors, dix ans après sa création. Pour mesurer la métamorphose qui s'est opérée, il faut naturellement comparer avec la version originale :
[Une version de meilleure qualité ici :]
Je trouve presque plus admirable d'arriver à faire une œuvre forte en partant d'une œuvre préexistante quelconque que de créer ex nihilo quelque chose de fort. Sentir qu'il y avait dans cette chanson une force restée latente, et parvenir à la libérer par quelques interventions judicieuses : chapeau bas !
Cet exemple donne à penser : combien de chansons apparemment insignifiantes n'ont en réalité pas trouvé l'interprète capable de les transcender ? Quand nous coupons la radio lorsque passe un morceau qui nous semble médiocre, qui nous dit qu'il ne recèle pas des qualités que nous sommes incapables de soupçonner ?
J'ai en tête un autre exemple du même type. On se souvient peut-être du succès que fut, en 1987, Il mio rifugio, la chanson de Richard Cocciante pour le film Tandem de Patrice Leconte. Leconte, je ne sais plus où (dans les commentaires du DVD ?), rend hommage à la belle "musique originale" que François Bernheim a composée pour lui ; ignore-t-il qu'en fait Bernheim s'était contenté de recycler une chanson qu'il avait écrite pour lui-même dans les années 70 ? On mesure aisément l'écart entre son interprétation, complètement tombée dans l'oubli (elle est repiquée d'un 45 tours qui gratte, cette fois), et ce que Cocciante a fait du titre :
Une énième mouture de Frédo, la chanson de Bernard Dimey, cette fois bien complète de son dernier couplet mais dans une version encore calamiteuse enregistrée le 9 novembre dernier lors du dernier Radio-crochet des Condos, interprétée cette fois par un certain trio « Dimey 68 » (calembour qui n'augurait rien de bon…) :
Nos amis toulousains de l'émission Dans l'herbe tendre nous ont opportunément rappelé lors de leur dernier opus radiophonique que le lien fourni dans ce billet pour télécharger l'album complet ne fonctionne plus depuis longtemps.
Voici donc derechef l'ensemble, que l'on pourra écouter et récupérer à loisir :
Voici trois ans et demi, j'avais consacré un billet à la chanson Paris-jadis qu'interprètent Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle dans le générique de début du film de Bertrand Tavernier, Des enfants gâtés. Soit dit en passant, je crois que c'est le billet qui a suscité le plus riche échange de commentaires sur ce blogue, grâce à l'érudition inépuisable de certain Anonyme Historique qui a hélas depuis longtemps déserté ces fichus parages — on avait dérivé vers une fructueuse confrontation de divergences relatives à quelques passages du Pont Mirabeau d'Apollinaire…
Bref, j'ai retrouvé le générique qui ouvre le film (merci, Ubi !), et le second degré de la chanson est bel et bien patent — c'est épatant !
Mais depuis, comme le notait déjà Debord deux ans seulement après la sortie de ce film, dans sa Préface à la quatrième édition italienne de « La Société du Spectacle », « la marchandise spectaculaire a été amenée à un étonnant renversement de son type de justification mensongère » : les néo-villes ne sont désormais plus hérissées de fer, de verre et de béton mais présentent le charme jaunement rieur des bourgades d'antan : rues piétonnes, immeubles proprets, parterres fleuris — il ne manque que des êtres réellement humains, mais c'est un détail, n'est-ce pas ? Et c'est ainsi que « le faux peut relever légalement le nom du vrai qui s’est éteint. » (ibid.)
À ce sujet, on lira avec profit le vigoureux opuscule récemment paru aux éditions 13 bis, Guide du XXe (arrondissement) pour le XXIe (siècle).
Boris Donné, cet indispensable paléographe, délivrait le 10 février 2007 d'intéressantes clés au sujet du dernier film de Debord, In girum imus nocte et consumimur igni, lors d'une table ronde du cinéma L'Écran de Saint-Denis.
Toute ma gratitude à Shige ainsi qu'à l'Anonyme historique !
On avait eu un aperçu de l'amusant exercice des fausses rimes voici un an avec la chanson de Montier et Prévost interprétée par Sandrey puis reprise quarante ans après par Les Charlots, Ouvr' la f'nêtre :
C'est un genre certes ultra-mineur de la chanson à textes, mais il en est tout de même d'autres exemples :
La jeune fille du métro (L. Hennevé / G. Gabaroche, 1933), ici reprise par Renaud en 1980 :
Folâtrerie (E. Valette / F. Heintz), interprétée par Fernandel en 1931 :
Chantée par le même, deux ans plus tard, Aventure galante (Jean Manse / Roger Dumas, 1932 — merci, Manoupaps !) :
Bien plus tard, une fantaisie de Pierre Vassiliu : Ma cousine / Mon cousin :
[Trois jours après…] Et enfin, grâce au rappel de l'inlassablement sagace Anonyme, Le choix dans la date (D. Roca / Santiago J. Roux), interprétée par Gérard Jugnot :
… et moins d'un jour plus tard on est en mesure de proposer ceci, grâce à certain Anonyme plus mutin que mutique — quoi qu'il en dise :
Addendum du 18 novembre : enfin, voici la version a capella du même Grand vent de Laïs, signalée en commentaire par ledit Anonyme et qu'il a eu l'obligeance de nous transmettre. Elle est en effet nettement supérieure :
À l'intention de l'Anonyme historique du blogue, ce morceau qu'il recherchait depuis longtemps, issu du rarissime album Mouloudji chante Bernard Dimey (Poèmes voyous) :
On peut récupérer l'intégralité de l'album à cette adresse (merci à Mélocoton, du forum Muzika.fr).
Très curieusement, la version orchestrée de ce texte de Bernard Dimey, créée par les Frères Jacques, élimine le dernier couplet, qui pourtant lui donne tout son sens :
A côté des r'quins d'la finance et des crabes du gouvernement,
de ces tarés qui règnent en France à grands coups de gueules d'enterr'ment ;
à côté d'toutes ces riches natures qui nous égorgent à coups d'grands mots,
à côté d'toute cette pourriture il était pas méchant, Frédo.
Claude Moine, dit Schmoll, dans une de ses plus belles reprises…
… de Joe Dassin…
… à qui on peut cependant reconnaître le mérite — outre d"avoir chanté La bande à Bonnot, Les Dalton et Moi, j"ai dit non, entre autres — d'avoir adapté assez fidèlement en français (avec une émérite inversion sexuelle) l'Ode à Billy Joe qui fut un archi-tube de voici très longtemps, dû à Bobbie Gentry :
Une série de quatre émissions sur l'IS réalisées par Jean Daive, diffusées dans le cadre des Nuits magnétiques du 7 au 10 mai 1996, rappelée à notre bon souvenir par l'Anonyme historique du présent blogue (et de quelques autres, naguère) :
On se croit de bois On s'escrime de fer On est blanc comme neige Puis beige Mais ça bouge On voit rouge Ou bien, tiens, Rien
Merci, cher ami au sourire en coin, au regard toujours ailleurs, à l'intérieur, à la pensée si vive et venant de si loin, merci d'être venu me serrer la main.
Pour ne vous point mentir, il n'y avoit aucun scrupule en elle, ny aucune superstition ; elle vivait si rondement que (si ce que l'on dit de l'autre monde est vray) les autres ames joüent maintenant à la boule de la sienne. Elle ne sçavoit non plus ce que c'est des cas de conscience qu'un Topinambou, parce qu'elle disoit que si l'on luy en avoit appris autresfois quelque peu, elle l'avoit oublié, comme une chose qui ne sert qu'à troubler le repos. Souvent elle m'avoit dit que les biens de la terre sont si communs qu'ils ne doivent estre non plus à une personne qu'à l'autre, et que c'esttrèssagementfaictdelesravirsubitementquandl'onpeutdesmains d'autruy ;cardisoitelle:Jesuisvenuëtoutenuëencemonde:etnuëjem'enretourneray:Les biensquej'ayprisd'autruyjenelesemporteraypoint,quel'onlesaillechercheroùilssont,etquel'onlesprenne,jen'enayplusquefaire?Héquoy,sij'estoispunieaprèsmamortpouravoircommiscequel'onappellelarrecin,n'auroisjepasraisondedire à quiconquem'enparleroitqueceauroitestéuneinjusticedem'avoirmiseaumondepouryvivre,sansmepermettredeprendreleschosesdontl'on y vit ?
Charles Sorel, Histoire comique de Francion [1623], Livre II, GF Flammarion n°321 (1979, texte établi par Yves Giraud), pp. 117-118
C'était plein à craquer, des maçons, des peintres en salopettes prenaient le pousse-café au comptoir où nous attendions que se libère une table. Le menu était affiché à la craie sur un des miroirs, ce jour-là c'était une blanquette de veau. Papa portait une veste en velours et un béret serré comme celui d'Auguste avec bien évidemment une chemise à carreaux. On ne dépareillait pas du tout dans le restaurant où, très vite, on avait trouvé à s'asseoir. Les deux ouvriers à la table à côté ont regardé les mains de Papa, tachées de couleurs diverses, ces mains dont il disait souvent qu'elles étaient imprégnées jusqu'à l'os. Il avait alors plus de soixante-dix ans, mais avec son allure énergique et l'impression de puissance qui émanait de lui, il pouvait très bien passer pour un peintre en bâtiment. — Vous avez un chantier dans le coin ? demanda l'un d'eux. — Je refais un plafond à l'Opéra, répondit mon père, attaquant son œuf dur mayonnaise.
David McNeil, Quelques pas dans les pas d'un ange, Gallimard, 2003. (Auteur-compositeur-interprète et romancier, David McNeil est le fils de Marc Chagall).