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vendredi 26 janvier 2024

Ta bite, Jeannette !
(Le rockeux film d'horreur, suite)



Ça fait quelque temps que je songe au film de Jim Sharman, The Rocky Horror Picture Show.
Hem, euh… quarante-cinq ans, en fait, au bas mot.

C'est mon amoureuse d'alors qui m'avait aiguillé sur cet OVNI — en même temps que vers Boris Vian — mais j'avais trois ans de moins qu'elle et jamais on ne s'est embrassés, la belle Laure et moi.
À cette époque, le film passait déjà au Studio Galande, mais sans alors tout le cérémonial bobo qui afflige aujourd'hui chaque projection.

(Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que j'ai appris qu'en vrai c'est Richard Jean-Élie qui avait eu le nez de récupérer en 1975 ce nanar — flop complet lors de sa sortie en première exclusivité à Paris — pour le Studio des Acacias qu'il programmait alors, et qui l'érigea au statut de film-culte. Mais j'ai déjà raconté tout ça durant des déballages obscènes.)

Outre l'intelligence de Jim Sharman qui bifurque l'intrigue du plus ridicule comique à un tragique assez pathétique (certes outrageusement grand-guignolesque), outre les époustouflantes abracadabrances de Tim Curry (mais pas que lui, et puis ce paragraphe s'enfle en ridicule utricule), c'est la B.O. de Richard O'Brien qui m'a instantanément saisi, au point de filer le lendemain choper le vinyle et l'écouter en boucle (pardois, hourrah ! avec ma Laure d'alors).

Voici quelque temps, j'avais adaptationné la splendide chanson du générique
, et puis — allez savoir pourquoi ! — ça m'a récemment retraversé la tronche alors je me suis attelé à la traduction de l'intégralité du bouzin.
Là, j'ai réussi à débourzalinguer le deuxième morceau de l'alboume, avec la complicité de mon pote Henri — ce génie musical hélas si discret !

J'ai commencé par lui proposer une première version, après qu'il m'eut extrait l'instrumental pour que je puisse karaokéter le machin…

… après quoi il m'a filé quelques tuyaux pour enregistrer sur deux pistes séparées les voix de « Brad » et « Janet »…

… et pis il a recalibré un tantinet l'ensemble, et ça donne donc ceci :

lundi 30 décembre 2019

Saoule à y honnir (et vocables)


Sue Lyon, 10 juil. 1946 - 26 déc. 2019

« She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita. »
Et dans mes rêves, ce sera toujours Sue Lyon.

Elle avait donné un interviouve après la sortie du film de Kubrick, bien avant que l'équipe de Cinéma-cinémas ne la retrouve en 1987 (voir ce billet de juillet dernier) :



(Et à la réflexion, concernant ledit billet, la nouvelle traduction de Maurice Couturier ne démérite pas tant par rapport à celle d'Eric Kahane : moins élégante, elle est tout de même plus exacte. Par exemple, dans l'incipit cité ci-dessus, il est clair que Lo ne se tient pas sur un seul pied : elle a enfilé une seule chaussette et mesure un mètre quarante-huit sans talons.)

mardi 8 novembre 2016

Une précision de Christopher Brookmyre



On s'interrogeait dans un billet récent sur le sens du titre original du premier volume de ce qu'il convient d'appeler « la trilogie De Xavia », A big Boy did it and ran away, qu'Emmanuelle Hardy a traduit en français par Petite bombe noire.

L'auteur a très obligeamment répondu à notre requête, et voici que tout s'explique !

« Many thanks for your email. I am delighted to learn that your dedication to Angelique and Zal led you to reading my work in English. I am even more astonished that you succeeded in reading A Tale Etched… in English, because it is has the most slang and colloquialism of any of my books. Many English people struggle with the Scottish slang, so for someone whose first language is not English, that is an impressive feat.

In answer to your queries, A Big Boy Did It And Ran Away is a childhood excuse, something kids say when they don’t want to get the blame for something (usually when they are clearly guilty). They will say: “It wasn’t me, a big boy did it and ran away”.

As to why more of my books are not translated into French, that is in the hands of the gods – or at least the French publishers.
My most recent book, Black Widow, won the Mcilvanney Prize for the Scottish crime book of the year, so I am hoping that this success might kindle some interest in the more recent Parlabane books from some French publishers.

Yours,
Chris Brookmyre »

Donc une traduction littérale donnerait quelque chose du genre :
Hé, c'est pas moi, M'sieu ! C'est un grand, il est parti par là !

Titre très difficilement vendeur en français, il faut bien l'avouer — donc Emmanuelle Hardy a sans doute eu raison de changer radicalement de point de vue en traduisant par Petite bombe noire.
Ce qui lui a d'ailleurs permis de filer la métaphore lors de l'opus suivant, The fine Art of Stealing, qu'elle a traduit par Petit bréviaire du braqueur.

Mais question : comment instiller cette idée de "petitesse" dans la traduction du dernier de la série, A Snowball in Hell (littéralement : Une boule de neige en enfer) ?

Petites noircissures en enfer ?
Bof.
À la réflexion, Blanche-Neige en enfer sonnerait mieux…

jeudi 23 juillet 2015

L'indicible est d'ailleurs



« L'expression de ses traits, abominable au-delà de toute description, rappelait à la fois la mort, la bestialité et la malignité*. »

The expression on its features was repellent in the extreme, savouring at once of death, bestiality, and malevolence.

H. P. Lovecraft, « Le molosse » (The Hound) in Je suis d'ailleurs (The Outsider), Denoël, coll. « Présence du Futur », 1961, p. 68

* Dans l'exemplaire que j'ai sous les yeux, la traduction par Yves Rivière du mot malevolence a été sauvagement raturée par le précédent propriétaire du livre (qui propose en marge "agressivité"), au point que je ne parviens pas à lire le terme imprimé, qui se termine par …oir, remplacé dans l'édition Lacassin chez Bouquins-Laffont par « malignité ».
Qui saura retrouver le terme choisi par le premier traducteur ?



Hem…
D'accord, c'est vraiment de la daube, mais justement, à ce propos,
« Quand elle s'en va chez le boucher »
c'est d'un romantisme follement échevelé, non ?

jeudi 19 mars 2009

On y revient (TP, V, §4)

Ayant remis la main, après moult manipulations et déplacements de cartons, sur la traduction de Sylvain Zac (Vrin, 1968), ayant ressaisi sa beauté dont nous conservions un vague souvenir, nous la livrons ici.
Quasiment oublié aujourd'hui, comme presque tout ce qui relève de l'intelligence, Sylvain Zac fut un patient et pertinent commentateur de Maïmonide, avant de consacrer à Spinoza sa thèse à présent introuvable, L'idée de vie dans la philosophie de Spinoza, qui fut la première pierre, peu avant la rafale Gueroult-Deleuze-Matheron, du renouveau des études spinozistes, officialisé dix ans plus tard par les colloques organisés à l'occasion du 350ème anniversaire de la naissance du polisseur de verres de lunettes.
D'une cité, où les sujets, empêchés par la crainte, ne prennent pas les armes, on doit dire seulement qu'elle n'est pas en guerre, mais non qu'elle est en paix*. […] Du reste une cité dont la paix dépend de l'inertie des sujets et qu'on conduit, par conséquent, comme un troupeau, afin de les dresser à l'esclavage, on peut l'appeler avec plus de raison « solitude » plutôt que « cité ».
* Zac explique en note contre quoi Spinoza prend soin d'écrire ce passage : « Hobbes définit, au contraire, la paix par l'absence de la guerre ». Et de renvoyer à De cive, I, XII (« Bellum enim quid est præter tempus illud, in quo voluntas certandi per vim, verbis factisve satis declaratur ; tempus reliquum Pax vocatur. »). De même, toujours pédagogue, il mentionne que la dernière phrase fait allusion au discours de Calgacus dans Tacite, Vie d'Agricola, 30.

mardi 10 mars 2009

Intraitable à traduire


D'autres traducteurs que Saisset ont proposé leur propre version française du Traité politique : Charles Appuhn au début du XXe (rééd. GF Flammarion), Madeleine Francès en 1954 (sans doute la pire de toutes, chez Gallimard, sous le titre Traité de l'autorité politique), Sylvain Zac en 1968 (Vrin), et plus récemment Pierre-François Moreau (Réplique, 1979) et Charles Ramond (PUF, 2005 ; le texte n'est plus celui que donnait l'édition Gebhardt des années 30, Omero Proietti s'étant chargé d'un nouvel établissement). Verne en aurait également fourni une traduction, me souffle-t-on curieusement (sous toutes réserves, donc).
Voici les traductions Appuhn et Moreau du passage dont il était question ici voici peu (chap. V, § 4) :
Si dans une Cité les sujets ne prennent pas les armes parce qu'ils sont sous l'empire de la terreur, on doit dire, non que la paix y règne, mais plutôt que la guerre n'y règne pas. […] Une Cité, faut-il dire encore, où la paix est un effet de l’inertie des sujets conduits comme un troupeau, et formés uniquement à la servitude, mérite le nom de solitude plutôt que celui de Cité.

Si les sujets d'un corps politique ne recourent pas aux armes parce que la terreur les paralyse on doit y voir absence de guerre plutôt que paix. […] En outre, un corps politique où la paix dépend de l'inertie des sujets que l'on conduit comme un troupeau uniquement formé à l'esclavage, mérite plus justement le nom de solitude que celui de corps politique.
Ces problèmes de traduction incitent incidemment à se plonger dans ce texte fondateur qu'est Défense et illustration de la langue française (1549) de Joachim du Bellay — une vieille connaissance, dans ces eaux-ci (pas Zola) —, qui écrit notamment, au chapitre VI de son traité :

Mais que dirai-je d'aucuns, vraiment mieux dignes d'être appelés traditeurs
que traducteurs ? vu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrant de leur gloire, et par même moyen séduisent les lecteurs ignorants, leur montrant le blanc pour le noir : qui, pour acquérir le nom de savants traduisent à crédit les langues dont jamais ils n'ont entendu les premiers éléments, comme l'hébraïque et la grecque…