* Pour les frasques antécédentes de l'ex-Colonel, on se reportera aux archives des Moissonneuses.
Avertissement légal
Ne perdez plus votre précieux temps de consommateurice à répondre à vos correspondants, les plus exigeants fussent-ils quant à la teneur conceptuelle ou la qualité des propos échangés : Hétéronomix™ se charge de tout ! Syntaxe et orthographe garanties parfaites et évolutives au fil des décrets.
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mercredi 12 mars 2014
Outré mollo
* Pour les frasques antécédentes de l'ex-Colonel, on se reportera aux archives des Moissonneuses.
samedi 23 janvier 2010
Thème du traître et du héros
On crut un temps qu'il avait été vaporisé par sa fondatrice, puis on sut qu'il n'en était rien : c'est le colonel qui avait commis le seppuku.
Pour mémoire, voici, pas trop au hasard, le billet qui y fut publié le mardi 9 septembre 2008 à 11h 55, avec ses commentaires.
mardi, septembre 09, 2008
DSM-IV: monomaniaque obsessionnelle
Les yeux remplis d'une terreur soudaine, Jenny recula devant le couteau, sa main cherchant à tâtons derrière elle le bouton de la porte de la cuisine. Elle était trop effrayée pour hurler; d'ailleurs, il n'y avait personne pour l'entendre. Personne, à part l'homme qui venait vers elle avec le couteau — et cet homme était fou, il devait être fou. Sa main agrippa le bouton, le tourna. La porte s'ouvrit sur les ténèbres et Jenny s'élança dans la nuit. La Mort se jeta à sa poursuite.22 APPROBATIONS INCONDITIONNELLES:
GWFW a dit…dimanche 26 juillet 2009
J'erre aux meules, heure où, aaah…
J'ignore pour vous, mais quant à moi, une semaine d'absence de l'ex-colonel, je peux vous dire qu'on se morfond, ma bonne dame !Y'a pas à dire, ça manque de peps dans les schmurfzts !
jeudi 16 juillet 2009
Abasourdissante vie moderne !

Tel était l'intitulé du message que j'expédiai le 17 juillet 2008 à l'adresse les.moissonneuses@hotmail.fr :Bonjour,Cela fait donc exactement un an que j'ai mis le doigt dans l'engrenage de l'enfer des blogues…
Effectuant hier une recherche sur Google à propos de Julien Coupat, je découvre par hasard votre séduisant site dont l'exacte vocation ne laisse cependant pas de m'échapper (mais je n'ai pas encore eu le temps d'en consulter l' intégralité), et puis voilà qu'un client entre dans ma boutique et m'offre La minute prescrite pour l'assaut de Jérôme Leroy. Je ne connais pas l'auteur, mais le titre et le prière d'insérer m'allèchent. J'en entreprends la lecture hier soir, et tombe p. 52 sur… Alfredo Smith-Garcia, pseudonyme de Kléber sur le site bellement nommé La kolkhozienne aux seins nus !
Etonnant, non ? comme aurait dit M. Cyclopède.
jeudi 5 février 2009
LE match : ASG vs «Le fantôme de…»
samedi 31 janvier 2009
J'ai chéri ça : LA PIRE DE NULLE FAILLE (cri d'outre-tombe)

ON Y DÉVOILE LA POIGNANTE CHUTE DU ROMAN.
« Au bout du compte, Weaver trouve. Enfin, c'est ce que voudrait nous faire croire Fredric Brown. Comme pour tous les grands romans, il y a deux écoles de lecteurs qui s'affrontent sur la fin de La fille de Nulle part. Ceux qui pensent que Weaver a trouvé et ceux qui pensent qu'il s'est trompé. La vieille querelle entre les cartésiens et les rêveurs, les désenchantés et les fous. On se gardera bien de la vider ici : Jenny Ames ne s'en remettrait pas, et nous l'aimons, nous aussi. »
Il se trouve que Jenny Suarez-Ames est une rêveuse, et moi aussi parfois, mais qu'en l'occurrence je rejoins le camp des cartésiens, ou des spinozistes — pas de différence dans ce cas précis —, tandis qu'elle persiste à penser que Jenny Ames et Vi Weaver ne sont pas la même personne. Il se trouve en fait qu'à mon sens (qui est la chose du monde, etc.), elle — et tout aussi bien Leroy — se méprend, comme il sautera aux yeux de quiconque veut bien prendre la peine de lire attentivement le texte; bref, de le lire.
Je me permets de reproduire ci-dessous quelques mots adressés naguère aux défuntes Moissonneuses à ce sujet. Le foliotage renvoie à l'édition 10/18 du roman, collection "Nuits blêmes".
Contrairement à d'autres (par exemple le dernier Van Vogt, celui de La fin du Ā, ou Maurice G. Dantec, etc.), Fredric Brown n'écrit pas à la légère : il pèse ses mots; même s'il lui arrive de commettre des erreurs mineures, comme — concernant le roman qui nous occupe — la confusion de lieux (maison/remise) à la fin du chapitre où George examine le contenu de la valise de Jenny qu'il vient de déterrer : pp. 168-173 de l'éd. 10/18, il est dans la remise, à examiner minutieusement les affaires et surtout la fameuse lettre qui lui révèle que Jenny venait de Barton, et p. 174 on lit :
« Il avait laissé la bouteille de whisky dans la remise. Il éteignit les lumières, ferma de nouveau la maison et retourna dans son repaire boire un verre. »
Et encore, je me demande s'il ne s'agit pas là d'un pataquès de la part du traducteur.
Il est des œuvres qui laissent le champ ouvert à l'interprétation de ceux qui les reçoivent. David Lynch, par exemple. Nietzsche a même théorisé cette manière de s'exprimer. Mais chez F. Brown, rien de tel : tout est carré. Même lorsqu'il n'est pas complètement explicite, comme dans les nouvelles Cauchemar en bleu (à quoi on ne comprend rien si l'on ne lit pas correctement, c'est-à-dire attentivement, la dernière phrase, où seul un mot fait comprendre que le père n'avait nul besoin de savoir nager pour sauver son fils) ou Il n'est pire sourd… qui peut paraître moins directrice mais en fait non puisque dans ce cas (si le coup d'œil à la montre n'est qu'une coïncidence) le texte perdrait tout son sel, et d'ailleurs il en va de même pour La fille de nulle part, bien que tel ne soit pas le point décisif.
Un auteur peut certes se renier, comme Galilée, Boukharine, etc. Mais les textes demeurent et offrent toujours (sauf falsification grossière comme pour Nietszche rafistolé par son beau-frère en prussophile et pro-nazi) leur sens (parfois équivoque, évidemment) au lecteur. A l'inverse, le lecteur peut interpréter à outrance le texte, parfois jusqu'à en inverser complètement le sens évident ou du moins le plus probable : Faurisson, Daeninckx (qui nous emmerde jusque dans l'orthographe de son nom) ont agi ainsi, bien que concernant le dernier la mauvaise foi me paraisse indubitable; mais quand on voit ce que les Kabbalistes, par exemple, ont pu faire dire à la Torah (bien que cette pratique de lecture ne manque pas d'intérêt, mais précisément il ne s'agit plus de lecture mais de reconstruction), on comprend jusqu'où peut aller le délire interprétatif.
Je me souviens d'un vieux professeur qui, à propos d'un texte dont l'auteur, craignant de n'être pas suffisamment compris, s'exprimait à trois niveaux différents de compréhension possible, disait ceci : un texte ne dit rien par lui-même. Si on n'ouvre pas le livre en question, on ne connaîtra rien du propos de l'auteur. Si on le lit sans rien y comprendre, non plus. Mais si on s'efforce de le comprendre, on peut essayer de le saisir entièrement. Bon, retour à Jenny.
On sait, depuis Genette au moins, que le vrai lecteur apprend à distinguer entre auteur, narrateur et personnage. Alors, quel est le statut du narrateur dans The Far Cry ?
Le roman est écrit à la troisième personne, mais Brown l'emploie de deux façons distinctes, entrelacées :
— tantôt c'est l'auteur omniscient qui cause, d'ailleurs la plupart du temps, comme au tout début, le jeudi 18 mai (ce qui situe l'action en 1950) : « Un certain George Weaver venait de louer une chambre… »
— tantôt le texte exprime directement la pensée du personnage : dans les dialogues et les formes indirectes, bien sûr, mais aussi dans certains passages en italiques (pp. 57-59, 89-90, 170, 190-191, 212), entre parenthèses (p. 184, 186) et ailleurs, mais sans jamais d'ambiguïté possible, comme p. 90 (« Le fait que personne ne l'ait connue… ») ou p. 194 (« Ça correspondait ; il fallait que ce soit cela. »), et surtout juste avant la fin, p. 221 (« Vi avait une tache de naissance sur la hanche gauche […] et y trouver du travail. ») : ces déductions sont le fait de George, et si le texte s'arrêtait là il prêterait effectivement le flanc à l'interprétation.
Or, dans l'incipit du texte comme dans sa fin, nous sommes dans le premier registre : la parole est à l'auteur. Et Brown écrit bien « Jenny recula devant le couteau », non pas « Vi recula devant le couteau », auquel cas, l'incertitude demeurerait.
CQFD : Vi fut jadis, un jour durant (le 17 mai 1942, cf. p.53), Jenny Ames et auparavant Jenny Albright.
Tentera-t-on de me rétorquer que le fameux passage qui clôt le livre n'est pas écrit par l'auteur, mais par le personnage, ainsi qu'on peut le croire à la lecture de la page 108 ? Tatata. D'abord, on ne pourrait pas lire « et cet homme était fou, il devait être fou » si la scène finale était décrite du point de vue de George. Mais surtout, ce n'est pas George qui a écrit cela p. 108 :
« les mots ne voulaient pas venir. L'image, oui, mais pas les mots ».
Les mots, une fois de plus, sont explicitement le fait de l'auteur : c'est lui qui décrit l'image que George a en tête.
En fait, ce passage qui apparaît à trois reprises dans le livre, exprime chaque fois un point de vue différent.
Au tout début, c'est celui de Jenny Ames (dont c'est le nom seulement ce jour-là). Page 108 (et remarquons-le, c'est exactement le mitan du livre : il faut prendre au sérieux un auteur de la trempe de Brown), c'est le point de vue de George : c'est lui qui imagine la scène, même s'il ne parvient pas à l'écrire. Enfin, p. [222], c'est le point de vue de l'auteur omniscient (qui nomme Jenny comme il sied puisque tel est son vrai prénom) et non plus celui de Jenny, qui a déjà vécu au même endroit une scène similaire (mais face à un individu physiquement diminué) : elle ne décrirait pas George comme "cet homme", puisqu'ils sont mariés depuis huit ans.
Et moi non plus.
vendredi 23 janvier 2009
Mystère et boum de blogue !
Le blog a été supprimé
Nous sommes désolés, le blog à l’adresse lesmoissonneuses.blogspot.com a été supprimé. Cette adresse n’est pas disponible pour de nouveaux blogs.
Plus de deux ans de messages partis en fumée, avec tous leurs commentaires.
On se sent bien seul, d'un coup (de guillotine peu guillerette).
Condoléances désarçonnées à nos amis Suarez-Ames et Smith-Garcia, qui suscitèrent tant de réflexions, de rabrouements, d'insultes, de susceptibilités, de calembours, de colères et de joie, quelques traits de génie, et tant d'autres chocs analogiques ou argentiques (y a-t-il seulement un terme générique bien de chez nous, pour «non-numérique» ?).
JML, Pop9, Albertine, Marignac, Antoine Chainas, TGB rue-affre, Serge Q., birahima2, on sait où vous trouver (zut! je n'ai pas l'adresse du blogue d'Ariane, et j'en oublie d'autres), mais sur quels chemins de fortune, où vous lira-t-on désormais, Nicolas, thé, fantôme de…, Franklin D., Beasse, Dr Justice, Bouquommuniste incorrigible, Anonyme en pagaille et j'en passe ?
Juste après la disparition de Westlake, ça tombe encore pis. Où est ce pis, auquel nous ne boirons plus du petit lait ? Ici.
Adios, Schéhérazade !
samedi 10 janvier 2009
Grande sœur dure à son heure
Je me dois de tirer un chapeau, voire une casquette, au blogue des Moissonneuses, qui outre le fait — bien à leur insu — de m'avoir incité à sortir de ma boutique tapie dans l'ombre, m'ont contraint à m'initier aux arcanes mortifères de Blogger. Leur nom rend hommage au deuxième roman de Dashiell Hammett, The Red Harvest. Le polar, c'est noir, le communisme; c'est rouge; en associant les deux, on obtient bizarrement les couleurs de l'anarchisme — pas vraiment leur tasse de thé, d'ailleurs. Remerciement particulier à l'un des scrupuleux commentateurs de certain billet naguère publié là-bas, détonateur à son insu de mon extraction. Et remerciements dérivés à Julien, sans lequel rien de tout ceci ne serait arrivé, à son insu le plus complet, bien évidemment. N'est-ce pas, Jenny ?



Chacun ses goûts, mais moi je préfère « emplis » (trad. 1. Puisque cette terreur est soudaine, il n’y a pas d’itération), « d'ailleurs, il n'y avait personne » (trad. 2), « Sa main agrippa le bouton » (trad. 2), la suppression du « en courant » de la trad. 1, pléonastique à propos du verbe « s’élancer », et l’absence de majuscule à « la mort » (trad. 1).
Pas d'avis tranché, donc : faut voir la suite du Rivages, que je n'ai pas. C'est-y G. de Chergé himself qui s'est corrigé ?
Je suis entièrement d'acc avec vous. Peut-être la capitale à "mort" est-elle le fait d'un préparateur, d'un correcteur, voire de l'éditeur. Pour l'instant, je préfère quand même la 2, surtout pour la suppression du "en courant" en effet pléonastique. Et c'est bien G. de C. qui s'en est chargé himself (comme Gratias l'a fait pour Le Crépuscule des stars), et de m'envoyer le livre (à La Découverte). Excellent homme avec qui je prévois un déjeuner-débat brownien; j'en suis émue comme une petite fille (de nulle part).
C'est vrai, on ne songe pas souvent à recenser tous les ouvrages d'un même traducteur (sauf s'il s'appelle Philippe Garnier ou Manchette, évidemment), mais le fait que GdC (NB : ne pas confondre avec NdB) a traduit une belle tripotée de Brown dans les 80's (chez NéO et Clancier-Guénaud) aurait dû mettre la puce à l'oreille des rêveurs lunatiques : c'était pas forcément du pur alimentaire. Comment savoir qui il a traduit d'autre, quand on n'a pas la chance de l'avoir à sa table ? Bon appétit.
C'est à table déjà que j'ai appris que le traducteur de J'étais Dora Suarez n'a jamais pu relire son travail. Trop dur, trop violent, trop intime, finalement. Il faut lire tous les Robin Cook traduits par Gratias, d'ailleurs, et passer outre, chez Folio, les affreuses traductions d'un certain Piat (de mémoire, qui n'a rien à voir avec Jean mais est aussi agaçant).
Jean-Bernard Piat (non, non, ce n'est pas Pouy, même pas fumé, et je ne crois pas qu'il habite rue Piat). Dites, c'est chouette, de pouvoir passer tant de temps à déguster des mets; pourtant l'embonpoint (pour vous) ne semble pas menacer…
Figurez-vous que si Gratias n'a jamais pu relire son travail, Cook, lui, a bien failli ne pas pouvoir achever JEDS, exactement pour les mêmes raisons.
Jean-Bernard Piat, ce sinistre nul qui a massacré le superbe Comment vivent les morts (à rapprocher du non moins superbe Ainsi vivent les morts, de Will Self, écrivain que les Moissonneuses apprécient beaucoup), un "universitaire", il paraît, capable de parler de "gin chaud" et d'une "jolie église pourrie" (oui, "pretty"...), ne mérite aucune indulgence. Qu'il aille traduire l'autre Robin Cook, si c'est le nom qui le botte.
Emplissez-moi ce verre afin que je m'afraîchisse.
Chacun ses goûts en effet mais le préfixe "r(e)" de "remplir" ne marque pas l'itération mais l'intensité. Idem dans "rentrer" (dans un arbre), "redoubler" (une classe), "rafraîchir", etc.
Cher Pr Lexomaniaque, veuillez vérifier votre Petit Robert (p. 1877 dans mon éd. 1993) : "re" exprime (par ordre décroissant de pertinence) :
- le fait de ramener en arrière
- le retour à un état antérieur
- la répétition (itération)
- le renforcement, l'achèvement (intensité).
Bien à vous.
Mon cher fils gwfw, ce que dit le Robert ne contredit en rien ce que je vous disais même si le sens du renforcement est le moins fréquent. En l'occurrence, en ce qui concerne "remplir", "r(e)" indique le renforcement ( c'est-à-dire l'intensité)ou peut être considéré éventuellement comme une forme plus moderne du verbe (v. plus bas).
Un indice? Citez-moi une seule phrase dans la vie quotidienne ou dans la littérature où "remplir" pourrait signifier: "emplir une deuxième fois". Disons plutôt qu'emplir, étant une forme vieillie de remplir appartient à un registre plus soutenu que remplir et voilà tout.
Ah! enfin des débats de fond sur ce blogue.
P.S.
1) On ne donne pas les références d'un dictionnaire par page mais par lemme (entrée). pour faire son malin, on écrit: s.v. = sub voce). (Si on veut être pédant et "discutaillon" , soyons-le tout à fait.)
2) Je vous donne une version un peu plus récente du Robert sur le sujet: "re": " Élément, du latin re (var. ré, r- devant voyelle) indiquant un mouvement en arrière, qui exprime : le fait de ramener en arrière (rabattre, recourber), le retour à un état antérieur (refermer, rhabiller), la répétition (redire, réaffirmer), le renforcement, l'achèvement (réunir, ramasser) ou un sens équivalent de la forme simple vieillie (raccourcir) ou réservée à d'autres emplois (raffermir, rameuter)." et vous renvoie également à Grevisse.
2) Pour une fois que les échanges ne se terminent pas par des insultes du genre "va te faire enc..., petite b..." et j'en passe, j'en profite.
Bien à vous.
Cher aïeul,
Sans vouloir trop m'étendre sur ce point capital dont dépend la crédibilité des Moissonneuses (si les traducteurs se prenaient autant la tête, on aurait plus vite fait, nous lecteurs, d'apprendre les langues étrangères),
1) Je sais pertinemment qu'on ne donne pas les références d'un dictionnaire par page mais par lemme. Je n'ai précisé qu'afin que vous puissiez comparer avec votre édition, qui se trouve être identique, et comprendre que je résumais.
2) Je vous renvoie pour ma part à Littré, notamment au passage que j'engraisse :
EMPLIR, REMPLIR. Rigoureusement, remplir signifie emplir de nouveau ; mais la particule réduplicative re perd souvent son sens ; et ici elle s'est modifiée ; de sorte que remplir exprime l'action d'ajouter ce qui manque pour que la chose soit tout à fait pleine : remplir un tonneau. C'est là la nuance essentielle et de laquelle découlent les emplois de ces deux verbes. On dira un bois rempli de voleurs, plutôt que empli, parce que en effet des voleurs n'emplissent pas le bois, mais le remplissent à fur et mesure qu'ils y arrivent ou y séjournent. On dira que les grands mots emplissent la bouche, plutôt que remplissent, parce qu'on veut exprimer non pas la venue successive des mots dans la bouche, mais l'effet simultané, la plénitude qu'ils produisent. D'un autre côté, quand on dit : sa gloire emplit ou remplit l'univers, il est difficile de saisir une nuance réelle.
Enfin, sachez que si cela n'avait tenu qu'à moi, j'aurais traduit :
"les yeux pleins d'une terreur soudaine".
Enfin, pas si sûr…
2) [sic] Va te faire traduire chez les Grecs !
Bien à vous.
La fin de votre analyse est intéressante et me semble juste mais ne concerne pas la question de l'itération, point de départ de notre échange. J'attends encore un emploi de remplir avec sens itératif. Bon, enfin, on ne va pas passer le réveillon là-dessus. Come disait probablement mon arrière grand-père, je vous passe la casse, passez-moi le séné.
De notre échange contradictoire ne dépend pas la crédibilité de ce blogue, certes, mais consultez les commentaires et vous verrez que bien peu d'échanges (à part ceux qui consistent en de pénibles séances de fayotage)se terminent sans insultes. En cela le nôtre est une rareté. C'est déjà ça.
"comme"
Chers lexicomanes courtois, vous faites décidément honneur à la névrose évoquée dans le titre.
Zut, je ne saisis pas le sens de "je vous passe la casse, passez-moi le séné".
Bon, nous convenons donc de demeurer courtoisement sur une divergence mineure. Je promets de vous communiquer un emploi itératif du verbe "remplir" dès que j'aurai le temps de m'appesantir sur la question (il reste quand même pas mal de commentaires à faire sur d'autres sujets).
Accessoirement, je me demande si le fait que l'ouvrage "DSM" commence par les lettres "D,S" (désses aiment…) ne devrait pas faire verser certains dans la parano la plus complète.
Enfin, quoique fort novice sur ce blogue, je profite de votre insistance sur les vitupérateurs qui déblatèrent (merci de vérifier le sens de ce verbe, si vous êtes à même de jouer à Anastasie) pour faire cette déclaration, pléonasme appelé au spam :
Les Moissonneuses sectionnent un champ exigeant : merci de s'y montrer élégant (vis-à-vis des amis) et scientifique dans la violence visant les ennemis. Quant à l'avènement du communisme (tendance reliqua desiderantur, pour ma part), j'attends, moi, son heure.
Bien à vous.
Pour casse et séné v. petit Robert s.v. "séné".
Page 2071, en effet. Merci de votre obligeance, et pour mon instruction. Quel paradis, ce blogue ! Blogue à part, je vous signale que si effectivement je me drogue, mon transit se porte bien, merci (itératif).
Précision : je croyais qu'il s'agissait d'argot de typographes.
En y réfléchissant, la délicatesse de la décision à prendre concernant cette traduction (dont j’ignore d’ailleurs le texte original) vient du fait que l’expression « les yeux [r]emplis d’une terreur soudaine » associe du concret et du figuré. On peut dire, indifféremment : « les yeux emplis (ou remplis) de larmes », car là on est entièrement dans le registre du concret. Mais la terreur relève de l’affectif, donc plutôt du figuré, registre pour lequel on emploie d’ordinaire « remplir » (du moins, selon les dictionnaires du XIXe). Et pourtant je persiste à préférer la forme « emplis », peut-être par analogie ou assonance avec des expressions telles que « la voix pleine de tristesse », « le visage empreint de douleur »…
Bref, en dehors de la subjectivité de chacun, je ne vois pas en fin de compte ce qui permettrait de trancher assurément, même si je suis tombé sur ce passage dans le Dictionnaire synonymique de la langue française de Jean-Charles Laveaux (1826), p. 23 :
« Remplir signifie aussi emplir de nouveau. Si immédiatement après que le vin d'une bouteille est bu, on y met de nouveau vin, on n’emplit pas la bouteille, on la remplit. La répétition immédiate de l'action exige ce terme. Mais si on se servait de la même bouteille dans une autre occasion plus éloignée, on dirait qu'on l'emplit. »
L’article le plus complet que j’ai trouvé est disponible à la page ci-dessous :
http://books.google.fr/books?id=f2wOAAAAQAAJ&pg=PA79&dq=%22emplir,+remplir%22&lr=
L'article est très intéressant en ce qui concerne l'histoire du mot (l’ouvrage auquel vous faites référence est de 1785 et l'article lui-même se réfère à Vaugelas, première moitié du 17e): il y a bien eu un moment où "emplir" et "remplir" coexistaient et se distinguaient par le sens. A mon avis, les deux mots, qui coexistent encore aujourd'hui ne se distinguent plus que par le registre. "Emplir" est, selon le contexte, poétique, châtié, soutenu, recherché, vieilli et/ou affecté, comme on voudra et "remplir" de registre courant mais les deux verbes ne se distinguent plus par le sens. Je suis donc de l’avis de mon vieil ami Le Petit Robert (2007, nouvelle édition) qui dit à propos d’ « emplir » : « vieilli ou littéraire ».
P.S. Vous avez (re)marqué: pas une seule grossièreté en 19 messages: c'est un coup à se faire exclure.
Permettez-moi juste, avant de briser là, d’attirer votre attention sur la fin de l’article de l’abbé Roubaud :
« “Après tout, continue Vaugelas, j'ai appris que l'on ne saurait faillir à dire toujours remplir, de quoi que l'on parle, où l'on croira que le mot d’emplir soit bon, au lieu que l'on peut souvent manquer en mettant emplir pour remplir”.
L’Académie observe que remplir se prend le plus souvent dans la simple signification d’emplir. Eh, tant pis ? En suivant le conseil de Vaugelas, on ne fait qu'éluder les difficultés, et l'on néglige de s'instruire. En autorisant l'usage remarqué par l’Académie, on dénature les mots, ils ne se distinguent plus, et le plus commun parvient enfin à faire négliger et même oublier l'autre, quoique souvent le plus propre. C'est ainsi que répandre a chassé de la prose ordinaire épandre, et de même de beaucoup d'autres verbes composés dont à peine trouvons-nous les verbes simples dans les vieux Vocabulaires.»
Eh bien, une fois n’est pas coutume, je me range du côté des croassements de la calotte contre l’Académie et Vaugelas (dont les Remarques… remontent à 1647), et l’avis de l’abbé me semble tout aussi pertinent aujourd’hui qu’en 1785. Avez-vous d’ailleurs remarqué que les exemples fournis par les dictionnaires (sur ces termes-là, du moins) perdurent à l’identique, de Vaugelas à Littré ? Je suis tout à fait prêt à passer pour un immonde réac’, mais il me semble qu’Orwell n’avait pas tort (et le temps passant, de moins en moins).
Je ne vois pas pourquoi vous auriez le dernier mot AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA
Cher ami, vous n'avez que faire dans notre salon : retournez-donc aux cuisines où je vous ai cantonné dans mon Cornet à dés en 1923, je vous prie.