Depuis le mois de juillet, à Paris, quand on remonte la rue des Couronnes à la hauteur de la rue Julien Lacroix (un peu au-dessus du tronçon restant de cette rue Vilin où Perec a passé son enfance), on tombe sur cette inscription :
Et voici quelques jours, en face, sur le rideau de fer d'une galerie bobo s'étalant depuis peu entre les murs d'un vieux bistrot, une autre main a tracé d'autres mots :
Deux jours plus tard…
Gaspe ! après vérification diurne, il s'avère que c'est en fait l'artisteux exposé dans la galerie susdite, qui a ainsi enluminé ce rideau de fer…
Il y a dans ces textes quelques absences, assez peu visibles, mais tout de même remarquables : le point de fuite de la perspective y est toujours anormalement absent. Ils ressemblent au fac simile d’une arme célèbre, où manque seulement le percuteur. C’est nécessairement une critique latérale, qui voit plusieurs choses avec beaucoup de franchise et de justesse, mais en se plaçant de côté. Ceci non parce qu’elle affecterait une quelconque impartialité, car il lui faut au contraire avoir l’air de blâmer beaucoup, mais sans jamais sembler ressentir le besoin de laisser paraître quelle est sa cause ; donc de dire, même implicitement, d’où elle vient et vers quoi elle voudrait aller. […]
Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en artistes. Quand les dernières imitations d’un néo-dadaïsme retourné sont autorisées à pontifier glorieusement dans le médiatique, et donc aussi bien à modifier un peu le décor des palais officiels, comme les fous des rois de la pacotille, on voit que d’un même mouvement une couverture culturelle se trouve garantie à tous les agents ou supplétifs des réseaux d’influence de l’État. […] Arthur Cravan voyait sans doute venir ce monde quand il écrivait dans Maintenant : « Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes, et on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme. »
