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mardi 14 novembre 2023

Le travail, ça laisse hanté…

Banderole vue à Paris en 1998 lors du « Mouvement des chômeurs »

France Khü diffusait concomitamment la semaine passée, de lundi à jeudi, deux intéressantes séries sur le travail et sa cessation — l'une à vocation conceptuelle, l'autre plus historique : Avec philosophie à 10h et LSD à 17h.



















Tiens, à propos de retraite, j'ai su que le site du gouvernement proposait une simulation au regard de la « carrière » effectuée.
L'autre jour je glandouillais vraiment trop, même à mon goût, au point que je suis allé consulter le bouzin eu égard à ma propre situation, histoire de savoir le jackpot que j'allais bientôt empocher.

Wesh, vu que d'après eux il me manque cent quatre trimestres de cotisation sur cent soixante-douze, ça va pas faire bézef : 272 € mensuels si je quémande la retraite dès que j'en ai le droit, à 63 ans et trois mois…

vendredi 19 septembre 2014

On déballe tout ou on se déballonne (15)






Rue d'Ulm, on a été trois en tout à échapper au coup de filet, comme j'ai appris par la suite : un autre avait grimpé dans les branches de l'arbre central du jardin, le troisième s'était planqué je sais plus où.
Et ce que je nai appris que tout récemment, c'est que lorsque les CRS ont investi l'amphi où se tenait l'AG, pendant que je carapatais entre les fourneaux, des canettes se sont mis à pleuvoir sur leurs tronches, en bas, près de l'estrade à côté de la porte d'entrée de la salle. Du coup, il leur fallait un bouc émissaire, et comme il y avait là le copain Ramones qui ne passe déjà pas inaperçu (on le voit sur la magnifique affiche des vingt ans de ChériBibi) mais en plus arborait ce soi-là un bicorne napoléonien, c'est lui qui a pris pour ces jets d'« armes par destination », comme ils disent : procès, amende, tout le tintouin…

mercredi 2 avril 2014

La page 106




Adoncques, du milieu de l'hiver à la fin du printemps de l'an 1998 s'est tenue à Jussieu, fac parisienne, une joyeuse et foutraque assemblée débordant d'imagination et d'inventivité pour, sinon mettre un peu à mal ce système, du moins tenter de s'y ébattre selon nos moyens réunis plus à l'aise.

On a longtemps été bien 400, chaque jour, de janvier à mars, pour finir à la mi-juin autour d'une petite cinquantaine (mais sur la pelouse, au soleil).

Un bonheur chasse l'autre ?

C'était parti de Marseille, cette histoire, fin décembre 1997, une étincelante connexion entre des cégétards pas trop crevards et le mouvement AC ! éclos depuis peu.

C'est vite devenu, dans les médias et dans les têtes, « Le mouvement des chômeurs ».
À Paris, le socle des revendications qui nous unissait était simple : zéro revendication.
Des slogans du genre : « Nous voulons un salaire de merde payé des miettes », « 35 h par jour, sinon rien ! », et surtout une certitude : « Vous, vous avez le fric ; nous, nous avons le temps ».
Le temps…
Le temps  de s'assembler, de réfléchir ensemble, d'agir là où ils ne s'y attendaient pas, et de bien rigoler.

Mais bon, au bout de deux-trois mois on ne rigolait plus tellement, à l'Assemblée de Jussieu.
L'amphi naguère plein à craquer ne regorgeait plus tant  que ça. Des volontaires pour des actions-castagne ? Plus personne, ou quasi.
Bref, des tensions se faisaient jour.
En même temps, on analysait au quotidien non seulement les possibilités d'action mais aussi l'état de l'Assemblée.
En avril, une scission s'est ouvertement déclarée.

Je résume très grossièrement (ça a duré pas mal de temps, toutes ces discussions assez déchirantes). Tout le monde (on devait être quand même être encore une bonne centaine, si mes souvenirs sont bons) s'accordait sur le fait que le mouvement était sur le déclin — pas besoin d'être Einstein pour le comprendre, ça…
Et du coup, si on divise grosso modo en trois tendances :


— Une partie voulait arrêter de papoter de façon désormais stérile et agir immédiatement, concrètement. La première idée fut d'investir un terrain vague à Montreuil pour en faire un potager (tout fut arraché quelques mois plus tard sur l'ordre du maire d'alors, Jean-Pierre Brard, juste avant la récolte). Il y eut aussi un élevage de cochons (qui se sont un jour enfuis sur le périphérique, foutant un sacré bordel, mais ça n'a guère à voir en fait — d'autant qu'après le boudin, le petit salé, les jambons, tout le bastringue qui avait été soigneusement remisé aux frigos, ceux-ci ont lâché dans la nuit et tout a pourri…)

— Une partie voulait arrêter de continuer à blablater en vain, et se mettre sérieusement à la réflexion théorique de ce qui venait de se jouer là depuis plusieurs mois (entre autres). Ça a donné Tiqqun.

— Une dernière partie proposait — et c'est ça qui a provoqué ces réactions, cette scission : des gens d'une petite structure éditoriale, L'insomniaque, qui en avaient marre de voir ainsi moribonder cette Assemblée naguère si pétillante — de se mettre à réunir tracts, témoignages et récits sur tout le mouvement en cours, pour en faire un bouquin qui donnerait peut-être des idées à d'autres, ailleurs, moins exténués que nous.
Aussitôt, holà et haro, même réaction que Breton face à Nadeau en 1945 : « Si on en fait un livre, ça fossilise, c'est mort ! »

Mais il n'empêche qu'une partie de l'Assemblée comprenait que c'était pas si bête, de tenter ainsi de rassembler ces traces et ces témoignages, et que ça signait pas pour autant la mort du mouvement — ou alors il l'était déjà, mort.
Ça a donc donné Le lundi au soleil, après trois mois de sillonnages pour recueillir les récits, rassembler les tracts, mettre en forme tout ça et l'imprimer avec nos petites mains (et un peu de matos, genre une imprimerie offset, entre autres).

Entretemps, l'Assemblée de Jussieu avait fini par se dissoudre de sa belle mort, comme prévisible, mais au même moment, en ce début d'été 1998, des copains avaient ouvert un beau squat rue des Maraîchers, un ancien couvent avec jardin arboré, vaste chapelle et tout et tout, et c'est là qu'on a fait une fête de présentation du bouquin tout nouveau tout chaud, grillades et cubis à l'appui.

Et là, catastrophe, nouvelle scission, au sein du dernier cercle des camarades, ceux qui avaient œuvré jour et nuit pour mettre au monde le bouquin.
Mais furieuse, cette fois, presque à en venir aux mains.

À cause de la page 106 de ce fichu recueil.

Une planche de BD plutôt fichtrement bien troussée — à un détail près, certes — que j'avais moi-même été récolter à Perpignan quelques mois plus tôt, et qui fut tout à fait innocemment insérée dans ledit recueil, mais que des camarades pro-féministes se sont acharnés ce soir-là, au vu de l'infamie, à arracher du bouquin en question juste avant de le distribuer.

Pourquoi donc ?

lundi 24 mars 2014

Pas sciés face aux huissiers !



Cette innocente carte postale issue du Catalogue perpétuel de L'insomniaque du printemps 1998 a eu une certaine incidence sur l'évolution — ou plutôt la déliquescence — de l'assemblée quotidienne, foutraque et pétulante, qui s'est tenue plusieurs mois durant à l'université parisienne de Jussieu depuis le début de cette même année, à l'occasion de certain Mouvement des chômeurs dont on se souvient peut-être encore.
On y reviendra, sur les turpitudes de cette belle assemblée et sur ses suites.