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mardi 4 octobre 2022

Ô tous les rêves du choix !

Pierre Dumayet n'était pas complètement marteau, même s'il n'y allait pas avec le dos de son cul hier (je veux dire, jadis) face à cette jeune gisquette frétillante (et légèrement édentée, rêve !) qui était alors l'épouse officielle de Guy Debord.

Le bouquin est disponible aux éditions Allia, qui l'ont réédité en 2004.

Mais on attend toujours les entretiens de Berréby avec Michèle Bernstein, qui devaient suivre de peu ceux avec Vaneigem, ça fait huit ans déjà…

Va savoir pourquoi, ça me rappelle cette autre merveille, Les chevaux de bois sont ivres, du camarade Victor — à propos duquel j'ai tenté naguère d'élucider certaines infamies dans un autre blogue.

 *****

Note du jeudi 6 octobre : l'ami Tristan ayant signalé en commentaire ci-dessous une intéressante émission de 2018 avec la même Bernstein, je la rajoute illico :

vendredi 24 mars 2017

Léthé : dèche à rogne ?




« J'avais rencontré Lou quelques mois auparavant et sentant venir la catastrophe, la tragédie, j'effaçais mes souvenirs comme on nettoie les vitres.
Le premier jour elle était sur le trottoir d'en face et la vie lui sortait par tous les pores.
Elle avait vraiment besoin de vivre elle, elle était pas comme nous à traverser l'existence bêtement en s'appuyant sur sa tristesse pour se contenir, à se hisser sur ses malheurs pour atteindre le regard des autres.
Elle était pas comme ça elle en voulait Lou, elle était prête à tout pour en avoir encore des secondes. Elle m'a mangé comme un requin.
J'ai surpris sa féminité, ce que je pensais être la féminité lui faire exécuter tout un tas de gestes [sic].
C'étaient des cheveux en l'air, des sourires en coin, des déhanchements vertigineux et des brassières deux tailles en dessous, et un rire à amadouer les démons.
Sa vie c'était un maléfice, elle était bridée comme un cheval par une famille trop malheureuse et cumulait les privations, tout ce qui aurait pu la définir se retrouvait interdit. Elle vivait en délire sous les coups du sortilège dans une puissante hystérie, j'ai vite appris une chose avec Lou, il ne faut pas enfermer les gorilles.
Alors quand elle arrivait le lundi dans son pull trop noir et trop grand comme un deuil de coton, on filait s'enfermer aux toilettes pour qu'elle se rhabille le moins possible et laisse courir sa peau dans les yeux des autres, ça déclenchait des cataclysmes.
Elle se peignait les paupières en noir et m'emmenait lui trouver des sous-vêtements, il fallait que ça tape droit dans le cœur. Elle rugissait de plaisir comme un Lion quand elle s'enfilait dans de la dentelle et moi je souriais de la voir si heureuse pour un string bon marché.
On s'apprenait la vie comme on apprend l'anglais en faisant des maladresses, ça nous faisait briller les dents de rire, ça faisait une galaxie à deux bouches entre les poteaux de fer et le vieil asphalte.
La Terre a tremblé dans mon crâne quand elle m'a dit son prénom.  »
 Simon Johannin, L'été des charognes, Allia, Paris, 2017

C'est un premier roman, c'est un pain dans la tronche (mais sans mie, que la croûte, et salement rassie !), un chien de sa chienne qui cause peu d'amour et qui nous vient du Tarn (et gare aux nœuds !)

Innocence (?) et beauté — mais façon chat.

L'auteur a causé à plusieurs reprises sur France Culture, notamment ici :


jeudi 4 avril 2013

Un inédit de Guy Debord





Alors que la BNF vient d'inaugurer l'exposition « Guy Debord. Un art de la guerre », dont l'un des buts évidents est de tenter de rentabiliser un peu le faramineux investissement auquel s'est livré voici deux ans le ministère de la Culture grâce à l'appui de mécènes appelés à la rescousse en juin 2009, voilà-t-y pas que Gallimard — co-éditeur du catalogue de ladite expo — s'apprête à publier un brûlot explosif et inédit de celui qui s'enorgueillissait d'avoir « mérité la haine universelle de la société de [son] temps. »

Gageons que les révélations contenues dans cet ultime opus posthume dépassent de fort loin les pâles élucubrations esquissées par Bertrand Delcour dans son (très mauvais) roman Blocus Solus — dont la publication dans la collection  "Série Noire" avait abouti en 1996 à une rupture provisoire entre la veuve Debord et la maison Gallimard.
« Provisoire », puisque après le transfert chez Fayard du « fonds Debord » de Gallimard (déjà importé des éditions Gérard Lebovici après une sombre histoire d'embrouilles avec les fils de Floriana et le pilonnage de ce même fonds, vingt ans après celui des éditions de La société du spectacle publiées par Buchet-Chastel), on a tout de même vu paraître chez l'éditeur de la rue Sébastien-Bottin La planète malade (scénario finalement refusé du film La planète sauvage, de Topor et Laloux), le Quarto rassemblant l'essentiel de l'œuvre et enfin les Enregistrements magnétiques datant de l'époque de l'Internationale Lettriste, édités par Jean-Louis Rançon mais qui devaient initialement paraître aux éditions Allia puisque le projet en revient à Gérard Berréby*.
Enfin bref, le vrai est un moment du faux, n'est-ce pas ?

Guy Debord, Un rebelle chic ! Manuel de savoir briller en société « bobo-situ », Gallimard, 2013, 368 p. (À paraître)

* Deux jours après la publication de ce billet, je nuance ici mon premier propos — je croyais jusqu'alors que c'était Berréby qui avait rassemblé et fait restaurer tous ces enregistrements (voir ses propres précisions dans les commentaires).

jeudi 25 novembre 2010

« À la saveur délicate de l'ananas, joindre le plaisir glacé du mal des ardents »



Les éditions Allia ont complètement reconstruit leur site et proposent désormais de télécharger sur cette page, au format PDF, différents documents d'archives relatifs à l'Internationale Lettriste et à la fondation de l'IS.
Par exemple cette métagraphie de Debord, Fragiles tissus, réalisée en hommage à Jacqueline Harispe en mars 1954 :



J'en profite pour signaler (merci à Alexis) deux publications récentes relatives au même sujet, sans compter le volume zéro de la Correspondance de Debord chez Fayard : les Enregistrements magnétiques (1952-1961) patiemment retrouvés et restaurés par l'infatigable Gérard Berréby des éditions Allia, mais dont la veuve abusive a préféré confier le patronage à Jean-Louis Rançon chez Gallimard (ce volume s'ouvre sur un texte splendide intitulé Les environs de Fresnes) ; et puis ce Visages de l'avant-garde, publié chez Jean-Paul Rocher par les soins du même Rançon, dont l'éditeur nous dit que « chronologiquement, il prend place après le numéro 2 de la revue Internationale lettriste (février 1953) et aurait dû être ensuite enregistré à trois voix, rythmé par des poèmes et chœurs lettristes. »



vendredi 2 avril 2010

Rien ne se passe jamais idéalement dans la réalité

Le froid et l'oubli, je ne désirais rien d'autre à l'époque. Cela ne m'inquiétait pas : je savais que viendrait un jour le moment de repartir dans l'existence et je n'étais pas pressé. Assez en avais-je vu, me semblait-il. Etres, choses, paysages… j'avais de quoi ruminer pour un ou deux siècles et à quoi bon aller encore au-devant des histoires ? Je ne voulais plus d'ennuis. Lorsque la sonnerie du téléphone me réveilla [, il] faisait presque nuit dans la pièce. Je décrochai. Et tout de suite je sus que c'était elle. Avant même de le savoir je sus que c'était elle. C'était sa voix, sa respiration, presque son visage et avec lui, surgissant du passé, mille joies se dorant au soleil et me caressant le visage et me léchant les doigts et la plupart se balançaient au bout d'une corde. […] Tout finissait donc par arriver, ai-je songé en une fraction de seconde, et même le jour de la mort de Michel Leiris, ai-je songé aussitôt après, et cette pensée m'a paru si fantasque que je crus que j'allais éclater de rire comme si j'accédais à l'hilarité même des choses ou à une vérité si excessive que seul un fou rire pouvait m'en protéger ; mais il ne s'agissait peut-être pas d'une coïncidence et l'idée me traversa qu'elle n'aurait peut-être jamais appelé si Michel Leiris n'était pas mort, oui, sans doute avait-elle appris la nouvelle et cette disparition l'avait-elle incitée à réapparaître dans mon existence, obscurément cela avait peut-être joué et je pressentais en tous les cas un lien et dans les rêves il paraît que ce n'est jamais la scène principale mais un détail qui transmet leur contenu et j'étais depuis longtemps convaincu qu'il en allait de même dans la réalité, avec ce que l'on appelle la réalité. […] Rien ne se passe jamais idéalement dans la réalité et sûrement est-ce une chance pour l'humanité, mais à cet instant je n'en faisais pas moins tout pour qu'elle ignore que j'étais en train de dormir au beau milieu de l'après-midi, il n'en était pas question, comme une faute de ma part ou un outrage à ce qui survenait pour une fois d'exceptionnel, ou elle aurait cru je ne savais quoi que je voulais justement qu'elle ignore et, non, ma vie n'était pas devenue un long sommeil et je ne passais pas mon temps couché et gisant en moi-même depuis qu'elle m'avait quitté ; au contraire, je vivais une fête permanente et j'allais en pleine forme et chaque instant était un gentil coquelicot et qu'imaginait-elle donc ?
Grégoire Bouillier, L'invité mystère, Éditions Allia, 2004, pp. 7-9, passim

mardi 13 janvier 2009

Certains livres sont des armes

Books are weapons
Quand la guerre sociale est imminente, on se fournit en munitions. On met tous ses fers au feu, et pas que les fers à béton. On laisse pas tomber. On fait flèche de tout bois, on boit pas que de l'eau.
Nous n'avons pas peur.
Nous lirons jusqu'à la mort.
Nous harcèlerons librairies, bouquinistes et bibliothèques pour fourbir nos armes. On s'aventurera même sur le Ouaibe (ouais, ben quoi ?), pour les plus assis des rimbaldiens d'entre nous. Les bouquinistes, surtout : les seuls chez qui l'on pouvait trouver ne serait-ce que l'Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction de Jean-Marie Guyau (1854-1888) jusqu'à ce que ces putains d'éditions Allia aient eu la récente idée de ressusciter ce texte indispensable, désentravé, auquel qui pourrait entraver que pouic ?
Certaines armes nous délivrent, certains livres nous désarment.