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lundi 19 janvier 2015

Ceux qui ont le pouvoir de faire le mal et ne le font pas…



They that have power to hurt, and will do none,
That do not do the thing they most do show,
Who, moving others, are themselves as stone,
Unmoved, cold, and to temptation slow;
They rightly do inherit heaven's graces,
And husband nature's riches from expense;
They are the lords and owners of their faces,
Others, but stewards of their excellence.
The summer's flower is to the summer sweet,
Though to itself, it only live and die,
But if that flower with base infection meet,
The basest weed outbraves his dignity: 
   For sweetest things turn sourest by their deeds;
   Lilies that fester, smell far worse than weeds.

Shakespeare, Sonnet XCIV (fin du XVIe siècle)

Traduction de François-Victor Hugo :

Ceux qui ont le pouvoir de faire le mal et ne le font pas,
Ceux qui n’exercent pas la puissance qu’ils semblent le plus avoir ;
Ceux qui, remuant les autres, sont eux-mêmes comme la pierre,
Immuables, froids et lents à la tentation,
Ceux-là héritent légitimement des grâces du ciel

Et économisent les richesses de la nature.
Ils sont les seigneurs et maîtres de leur visage,
Et les autres ne sont que les intendants de leur excellence.
La fleur de l’été est un parfum pour l’été,

Bien que pour elle-même elle ne fasse que vivre et mourir.
Mais que cette fleur vienne à se flétrir,
La plus vile ivraie en éclipsera la valeur.
Car les plus douces choses s’aigrissent par l’abus,

Et les lis qui pourrissent sont plus fétides que les ronces.

lundi 23 février 2009

« Un beau ténébreux », prologue (1945)

∗ ∗ ∗
Quatorze heures plus tard, voici le texte exact :
Il arrive que par certaines après-midi, grises, closes et sombrées sous un ciel désespérément immobile, — comme sous la maigre féerie des verrières d'un jardin d'hiver — dépouillées de l'épiderme changeant que leur fait le soleil et qui tant bien que mal les appareille à la vie, le sentiment de la toute-puissante réserve des choses monte en moi jusqu'à l'horreur. De même m'est-il arrivé de m'imaginer, la représentation finie, me glisser à minuit dans un théâtre vide, et surprendre de la salle obscure un décor pour la première fois refusant de se prêter au jeu. Des rues une nuit vides, un théâtre qu'on rouvre, une plage pour une saison abandonnée à la mer tissent d'aussi efficaces complots de silence, de bois et de pierre que cinq mille ans, et les secrets de l'Egypte, pour déchaîner les sortilèges autour d'une tombe ouverte. Mains distraites, porteuses de clés, manieuses de bagues, mains expertes aux bonnes pesées qui font jouer les pierres tombales, déplacent le chaton qui rend invisible, — je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque, une brise légère soufflant de la mer et le bruit de la marée montante devenu soudain plus perceptible, le soleil enfin disparut derrière les brumes en cette après-midi du 8 octobre 19…

Grâce à un ténébreux Gracq oublié


C'EST L'ANONYME


L'anneau n'y met pas toujours son sel.
Ce lait, c'est l'aisselle scellée ?
Sellées [sur ces ânes honnis, hmmm…], sont-ce elles, qui décélèrent ?
Qui décelèrent ce rai-là, grès guère aigre agrippé, gris happé après Guy ?
Pas grave. Ô ma Nine, l'eau n'a ni mot à miner, ni l'homme à manier :
La manne y est — laminée et salie, mime anal, Elohim…
Là, c'est nos mines lassées.
« … mains discrètes, porteuses de clés, manieuses de bagues […] tournant le chaton qui rend invisible, je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque… »
Il y a une histoire de théâtre fermé, aussi, dans ce prologue. Non.
« Un théâtre qu'on rouvre… Des plages, pour une saison désertes, une rue vide… tissent d'aussi effroyables complots que mille ans, et les secrets de l'Égypte… »
Bon, désolé Julien, M. Poirier : sauce blanche à tous les étages.