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vendredi 18 novembre 2016

Exponentialisation de la misère en milieu étudiant


Sans commentaires, c'est même pas la peine.

Daniel Joubert se retourne sans cesse dans sa tombe, mais qu'en est-il d'André Bertrand ?















40 urbanités attiques:

bertrand a dit…

Et qu'en dit aussi Mustapha Khayati ?

Gaël a dit…

Tiens, c'est marrant, Gérard Berréby participe à cette mascarade !

Anonyme a dit…

Mustapha Khayati s'en moque!

Frédéric a dit…

Cinquante ans plus tard, les étudiants, à Strasbourg comme ailleurs, sont toujours aussi demeurés, tout juste bons à voter Macron ou Mélenchon, ou même Le Pen pour se donner le frisson d'un prétendu chamboule-tout… C'est toujours et encore plus la misère en milieu étudiant : les situs avaient raison !

Josie a dit…

En couverture de leur programme, ils ne savent même pas écrire le mot étudiant !

George WF Weaver a dit…

Exact, Josie, même si votre pseudo laisse à penser quelque perfidie.

Comme l'antépénultième Anonyme, je pense que Khayati s'en tape — est-il seulement au courant ?

Et qui pourrait s'étonner de la participation de Berréby à cette palpitante aventure ? Contrairement à d'autres, il ne s'est jamais targué de posture révolutionnaire ni n'a retourné sa veste, ce me semble…

Gaël a dit…

Berréby n'est certes pas un révolutionnaire mais comme il aime poser au spécialiste des situs sa présence à cette pantalonnade est ridicule, tout simplement.

Leandro a dit…

Il paraîtrait qu'André Bertrand et André Schneider ont protesté le 21 novembre en distribuant un tract contre la tenue de ces journées commémoratives. L'avez-vous lu ?
Par ailleurs, les mêmes annoncent un livre à paraître à l'Insomniaque sur "Le Scandale 'situationniste' de Strasbourg mis à nu par ses célibataires même", mais rien n'est annoncé sur le site de l'éditeur. Bizarre.

George WF Weaver a dit…

Le livre en question est bel et bien programmé, mais le site de L'Insomniaque n'est pas toujours à jours.

Quant au tract, en voici le texte :

Strasbourg, le 21 novembre 2016

Il y a 50 ans, la brochure « De la Misère en Milieu étudiant » faisait scandale en dénonçant l’Université comme « organisation institutionnelle de l’ignorance ». Les professeurs, mais aussi les partis politiques, les prêtres et tous ceux qu’ils abêtissent, humilient et empêchent de penser y étaient livrés à un mépris universel et sans appel. Ceux qui opportunément cherchent à prendre une position contestataire et gentiment sulfureuse, en s’appropriant la mémoire et la postérité de ce scandale, essayent de faire oublier que ce que critiquait la Misère..., c’est précisément ce qu’ils sont et font aujourd’hui. Leur souhait d’« exprimer ce patrimoine immatériel souvent méconnu des strasbourgeois eux-mêmes et de leur communauté universitaire » exprime avant tout une très grande confusion : l’ambition grotesque qui les anime, les oblige à taire que leurs pauvres qualités de sociologue, artiste, militant syndical, comédien, poète, critique, intervenant en musiques actuelles, performeur, photographe-auteur, conférencier, table-rondiste, éditeur-pseudo-contestataire ou « politiste » (sic !) représentent tout ce sur quoi ce scandale crachait.

Illustrant leur inculture, les animateurs de ces journées commémoratives consensuelles laissent entendre qu’en « toile de fond » de cette contestation radicale des pouvoirs bureaucratiques, de l’aliénation marchande et des vies perdues en travail salarié, « on trouve aussi le Parti communiste et la Ligue communiste révolutionnaire » — une « ligue » qui à l’époque n’existait pas ! Il faut apparemment le rappeler : les acteurs de ce scandale considéraient toutes les variantes politiques, doctrinales, organisationnelles et répressives issues du stalinisme ou du bolchevisme actives à l’époque, comme des crimes, des mensonges ou des chimères d’étudiants.

Vivre sans temps morts, jouir sans entraves, certes... Mais d’abord guerre aux cuistres, aux usurpateurs et aux falsificateurs qui entretiennent la confusion spectaculaire pour y faire carrière sans scrupules !

André Bertrand, réalisateur du Retour de la Colonne Durutti
André Schneider, Président de l’A.F.G.E.S. en 1966

Leandro a dit…

Merci pour le texte du tract.
Mais programmé pour quand ce livre ?
Je me suis laissé dire qu'il n'était pas achevé et qu'il suscite quelques désaccords dans le proche entourage de l’éditeur.

Gaël a dit…

L'éditeur-pseudo-contestataire vilipendé par les deux André (Bertrand et Schneider) serait donc Gérard Berréby ? Pas mal vu !

Josie a dit…

Décidément, à Strasbourg, la misère en milieu étudiant a encore de beaux jours devant elle !
D'abord, les scandaleux contestataires de l'Université, André Bertrand et André Schneider, se sont montrés incapables, 50 ans plus tard, de publier au bon moment leur livre sur "Le Scandale situationniste de Strasbourg" mais en plus l'université de Strasbourg va porter à sa présidence un prêtre, avec le soutien de l'AFGES. C'est le pompon !
www.lemonde.fr/campus/article/2016/12/12/a-strasbourg-un-pretre-a-la-tete-de-l-universite_5047224_4401467.html

George WF Weaver a dit…

Rien d'étonnant à cela puisque "l'étudiant en France est, après le policier et le prêtre, l'être le plus universellement méprisé".
Le futur vice-président devrait en toute logique émarger au Quai des Orfèvres.

PJB a dit…

Après Strasbourg et sa misère, Liège, où l’infatigable président-directeur-fondateur des éditions Allia, Gérard Berréby, donnera le 25 janvier une conférence à l’École supérieure des Arts sur le thème « Des avant-gardes à la fiction contemporaine ».
« Dans le cadre de la Semaine blanche, l’atelier de Dessin de l’ÉSAVL-ARBAL organise une conférence-rencontre avec Gérard Berréby, écrivain et fondateur/directeur des éditions Allia. »
http://www.esavl.be
Salut l'artiste ! et tant pis si je me trompe !

Ben a dit…

A Josie : ça sort enfin le 10 mars 2018 aux éditions de l'Insomniaque.

Josie a dit…

Merci de l'info, Ben ! On espère que personne d'autres ne se retournera dans sa tombe à la lecture de cet ouvrage… comme Walter Lewino doit le faire à présent avec l'horrible réédition augmentée de "L'Imagination au pouvoir" !
http://www.lepoint.fr/culture/graffitis-les-aventures-inedites-d-un-crs-en-mai-68--09-03-2018-2201087_3.php

Ben a dit…

J'avais vu en effet qu'Allia allait ressortir le Lewino, pouvez-vous me dire en quoi cette réédition est horrible ? En ce qui concerne Bertrand et Schneider, j'aimerais bien qu'ils fassent un sort dans leur livre à l'horrible Apostolides (que j'ai encore entendu dernièrement déblatéré ses insanités sur France Cul dans l'émission consacrée à Lebovici) qui a cru bon dans sa pseudo-biographie faire l'impasse sur l'épisode de Strasbourg sans doute pour dénier aux Situs le moindre poids dans le déclenchement des évènements ultérieurs que l'on sait sur lesquels on va encore nous resservir sans aucun doute, en cette année commémorative, les mêmes mensonges qu'en 78, 88, 98, 2008.

Josie a dit…

Allia fait endosser à Walter Lewino (décédé en 2013) un ensemble de photos prises par Jo Schnapp à l'initiative de son frère Alain, et cet ensemble ajouté dénature le livre de Lewino en y intégrant des affiches maoïstes et des dessins relevant d'un pénible humour estudiantin (un tiers du livre que le débile fils Lewino applaudit dans une brève du point.fr sous le titre "Graffitis : les aventures inédites d’un CRS en Mai 68").
Bref, Allia pratique ici le fourre-tout confusionniste à l'opposé du livre voulu par Lewino (à croire qu'il n'y a rien compris, et la préface de Michèle Bernstein ne sauve pas l'ouvrage), aussi je conseille à ceux que ça intéresse de se procurer l'original paru en 1968 (on le trouve encore pour moins cher que cette horrible réédition).

Ben a dit…

OK, merci pour l'info, je crois que je vais m'abstenir de me le procurer, plus généralement, je me demande s'il va paraître cette année des ouvrages susceptibles d'apporter réellement un nouvel éclairage sur des "évènements" (comme ils disent) disséqués sous toutes les coutures depuis 50 ans pour qu'on daigne y débourser quelques euros.

Josie a dit…

Surtout depuis que les historiens parlent des "années 68" sinon du "moment 68"… Peut-être le livre de Claire Auzias "Trimards
 « Pègre » et mauvais garçons de Mai 68" apporte-t-il quelque chose de nouveau (http://www.acontretemps.org/spip.php?article649).

Quant au psycho-flic Apostolidès, il n'y a rien à attendre de ceux qui n'ont toujours pas compris ce qu'ont dit Gianfranco Sanguinetti dans "Agent, sexe et pouvoir" (http://cipmarseille.fr/publication_fiche.php?id=62f4fc5ed947f42534a8dbabf8004f61) ou Alexis Renoir dans "Papillons de Paris" (https://situationnisteblog.wordpress.com/2016/07/30/papillons-de-paris-quinze-papillons-autocollants-a-decouper-2016/).

Ben a dit…

... ou de ce qu'en a écrit aussi un certain Gédicus (je crois qu'il s'agit de Gérard Lambert) qui, à mon avis, a dit l'essentiel à savoir de quel côté (je serais presque tenté d'ajouter, de la barricade) se situe Apostolides pour juger (si sévèrement) les actions de Debord.

A propos de la référence du bulletin "A contre-temps" que je lis toujours avec intérêt depuis maintenant pas mal d'années, le travail qu'ont accompli Freddy Gomez et sa défunte femme est admirable et mérite vraiment d'être salué. Le livre de Claire Auzias semble en effet intéressant.

George WF Weaver a dit…

Hé bien, je vois que ça cancane pas mal par ici, pendant que j'ai le dos tourné à m'échiner à fendre du bois vert !

J'ignorais que ce cher Walter Lewino avait passé l'arme à gauche, j'en suis fort marri.

Ce "noble vieillard facétieux" animait un site fort sympathique.

Je ne saurais trop chaudement recommander la lecture du livre susmentionné de Claire Auzias, qui présente un regard doublement décentralisé des événements de Mai : il est bien moins question de Paris que des autres villes — notamment Lyon —, et des étudiants que des "marginaux" (loulous, trimards, zonards…)..
Claire Auzias relate ainsi en détail la soirée du 24 mai à Lyon, où un commissaire de police a péri aux dépens de loustics qui s'activaient dans les parages, affaire qui fit l'objet en 2010 de cette excellente émission.

Lecture à compléter par celle du non moins passionnant ouvrage de Lola Miesseroff, Voyage en outre-gauche, qui lui aussi nous ouvre les corolles de l'insurrection hors Paris.

Ben a dit…

Lewino avait aussi publié "l'éclat et la blancheur", que Vaneigem a signalé à Berreby, dans leur livre d'entretiens, que j'aimerais bien lire comme témoignage du bonheur consommable vendue par la société française des années 60 (peut-être à la manière des "petits-enfants du siècle" de Christiane Rochefort), ce basculement de la société française dans la modernisation, dont témoigne aussi à leur manière les films de Tati et la fameuse chanson de Boris Vian "la complainte du progrès", étant, à mon humble avis, est un moment charnière des soixante dernières années qui peut en grande partie expliquer l'origine du marasme dans lequel nous sommes actuellement plongés.

Josie a dit…

"L'Eclat et la blancheur "est effectivement un livre amusant (au contraire du stupide et ennuyeux livre d'entretien entre le gâteux Vaneigem et l'ignorant prétentieux Berréby) qui raconte les plates aventures de François Mayen (Français moyen) grâce à un collage de coupures de divers journaux et livres. Paru en 1967, il doit beaucoup au fait que Lewino était à ce moment-là très très proche de Michèle Bernstein, et donc d'une certaine critique de l'expression littéraire après l'épuisement de la forme romanesque.

Josie a dit…

Il semble que ma dernière «urbanité attique» choque quand je dis que Vaneigem est gâteux et Berréby, ignorant. En voulez-vous un exemple (parmi d'autres) ? Allez donc à la page 320 de "Rien n'est fini, tout commence" (Allia, 2014) et voyez comment Berréby donne toute sa mesure avec ses remarques sur «la mythologie virile, bourgeoise, traditionnelle, machiste» du tract "España en el corazón" (1964), alors même que le but de ce tract n’était certes pas de vanter les pratiques sexuelles des mineurs asturiens mais bien leurs (ô combien courageuses) grèves contre le régime de Franco (voir à ce propos le texte "The Asturian Strike" écrit en 1963 et traduit dans Guy Debord, Œuvres, Quarto Gallimard, p. 657).
Honteusement, le gâteux Vaneigem n’est même plus capable de se rappeler les circonstances exactes de ce tract et se laisse lamentablement impressionner par les remarques stupides de l'ignorant Berréby.
Et sur ce, basta !

Josie a dit…

Je rajoute que présenter page 322 les autres photos comme des "esquisses préparatoires au tract "España en el corazón" est absurde et faux : ces photos détournées ont d'abord circulé sous le manteau en Espagne et ce n'est qu'ensuite que le tract "España en el corazón" fut édité pour en expliquer la démarche générale (relisez le tract et vous verrez).

Ben a dit…

Non, pas choqué du tout, plutôt d'accord avec vous sur ce livre d'entretiens. Vos exemples sont bien choisis et il est en effet assez lamentable que Vaneigem ne réplique pas aux sophismes de Berreby, qui, au fur et à mesure des années, s'est de plus en plus gonflé de sa propre suffisance, il me semble qu'il se mettait moins en avant quand il interrogeait Mension et Rumney (mais c'était il y a déjà vingt ans). L'entretien aurait été tellement plus intéressant s'il s'était placé en retrait. Mais, en ce qui concerne, ce qui m'a le plus fait bondir, c'est la phrase complètement stupide de Berreby page 324 ("avec des gens au pouvoir pratiquant de tels principes, on aurait effectivement eu la police dans les chambres à coucher..."), digne d'un vulgaire Apostolides en ce qu'elle révèle une incompréhension totale du projet de l'I.S. qui, si on suit ce "raisonnement", ne serait guère différente de tous les groupes léninistes qui pullulaient à l'époque. On irait jusqu'à conseiller à Berreby de relire ses classiques notamment quand l'I.S. avait écrit : "Nous n'organisons que le détonateur ; l'explosion libre devra nous échapper à jamais, et échapper à quelque autre contrôle que ce soit" sans parler des tracts écrits à chaud pendant Mai-juin 1968 qui témoignaient de l'extrême cohérence de leur pratique "politique" sur le moment même, très éloignée d'une quelconque volonté de prise de pouvoir. Mais, plus généralement, c'est tout le livre qui est raté par la faute des remarques intempestives de Berreby et par le fait que Vaneigem se laisse entraîner sur cette planche savonneuse, dommage parce que, à côté de ça, je dois quand même à Allia de belles découvertes.

Ben a dit…

J'ajoute que Berréby dans son obsession maladive à traquer les moindres traces de ce qui a pu entraîné la corruption du projet initial de l'I.S. en vient, là aussi exactement comme Aposolides, à voir dans la pratique de l'exclusion les mêmes méthodes qui se pratiquaient en Russie stalinienne sans comprendre comment cette pratique était avant tout un moyen de défense d'un groupe volontairement restreint agissant contre les tentatives de récupération de ses idées par la culture dominante. En ce sens, cette condamnation n'a rien d'originale puisqu'on a fait le même procès, en son temps, à Breton, et c'est sur cette vieille antienne que ce connard prétentieux de Gérard Guégan tirait ses pseudo-arguments contre Debord.

Josie a dit…

Je vois que nous nous comprenons.
Selon l'expert Berréby, l’I.S. aurait dû éclater (voir p. 160 de "Rien n'est fini, tout commence") en 1962-1963. Pourtant, il constate avec dépit que l’I.S. a continué à cause de Debord. Ensuite, elle fut bientôt atteinte d’idéologie et, grosso modo, l’I.S. a vécu dix ans, de 1957 à 1967. Après, c’est la secte, le mensonge, le crime… et Mai 68, « nécessaire pour achever la phase de développement du capitalisme » (p. 288).
Il est amusant de constater que ces dix années, de 1957 à 1967, correspondent exactement à la durée de participation à l’I.S. de Michèle Bernstein, constante informatrice et inspiratrice de Berréby…

Ben a dit…

Il faudrait vraiment interroger Bérréby, puisque je crois l'avoir vu intervenir sur ce site, et lui demander ce qui lui arrive, qu'il nous explique pourquoi il développe, tout au long du livre toute cette argumentation aussi fallacieuse que réactionnaire. Sur Mai 68, que vous citez fort à propos, on ne peut en effet plus faire versaillais comme analyse. Serait-ce un effet de l'âge ("la vieillesse est un naufrage" etc...), de la désillusion, de l'intoxication médiatique (tant il est vrai qu'on ne peut se soustraire entièrement des conditions qui nous sont faîtes) ? Il est certain que rien actuellement n'encourage le développement d'idées émancipatrices, mais cela n'excuse pas pour autant Bérreby, même le fait qu'il soit, avec le temps, devenu plus pessimiste. Je lis moins ces dernières années tout ce qui relève des Situs mais j'avais vu quelque part que Debord avait un grief contre lui que je n'ai pas compris. Peut-être avait-il de bonnes raisons.

Josie a dit…

Je ne sais si Berréby fréquente ce blog mais je doute qu'il s'explique sur son attitude plutôt hostile envers Debord.
En tout cas, il y a une lettre de Debord à Pauvert du 22 juin 1993 dans le volume 7 de sa "Correspondance" (p. 425) relative à Berréby.
La voici, et peut-être est-elle éclairante :

Cher Jean-Jacques,
Je vous attends donc le 8 juillet, et nous parlerons dans le détail de toutes les affaires qui vont encore pouvoir se présenter ; mais je vous écris d’abord à part sur une seule question, urgente et très précise.
Vous m’apprenez que Berréby a l’intention de publier une suite à ses premiers travaux, très dépourvus de rigueur : "Documents relatifs à la fondation d’une Internationale situationniste", qui s’arrêtaient donc en 1957. Mais la suite, c’est l’I.S. Qu’aurait-il donc l’intention de publier? Est-ce une nouvelle opération « centre Pompidou »?
Ne me parlez pas d’écrits anonymes, ou postérieurement revendiqués. L’I.S. est une revue qui a eu une existence tout à fait légale ; dont j’ai été le directeur. Depuis, j’ai refusé au stalinien Feltrinelli le droit de la traduire, et il a bien dû y renoncer. Inversement j’en ai vendu une fois les droits en Hollande à l’éditeur Van Gennep, et depuis aux Éditions Champ libre, continuées longtemps chez Lebovici. Mais je ne veux pas, jamais et à aucun prix, les céder aux Éditions Allia. En tant que vous êtes, vous aussi, mon éditeur, je vous demande de le lui faire formellement savoir et si besoin est par l’intermédiaire de Me Deluc. Il faut, dès à présent, ne laisser aucun doute à ce personnage.
J’ai plusieurs raisons, toutes très bonnes. Entre autres : quand ce Berréby était jeune parachuté dans l’édition ou, comme vous le dites trop aimablement peut-être, « faisait ses premières armes d’éditeur », il a commis l’imprudence de m’écrire une lettre d’une imbécile insolence. Il a déjà eu depuis plusieurs occasions de le regretter.
Très amicalement,
Guy

Ben a dit…

Merci Josie pour cette lettre. A vrai dire, quand je vous disais qu'il m'avait semblé avoir vu Berréby intervenir sur ce site, c'est bien sous le même intitulé, « un inédit de Guy Debord » que j'avais pris connaissance de cette lettre, n'ayant pas encore acquis l'intégralité de la correspondance. D'ailleurs, dans ce billet, je trouve que Berréby s'en prend de façon injuste aux anciennes éditions Jean-Paul Rocher malheureusement disparues suite au décès de son fondateur (par contre, je crois que sa fille Marie continue l'aventure avec les éditions de l'épure). Etant donné la pléthore de livres parus sur Debord, c'est bien un angle de sa personnalité qui a été très peu abordée (à part, récemment, par une universitaire qui semble dénuer de talent pour que son livre soit intéressant, Anne Trespeuch-Berthelot) à savoir son goût pour le vin et la bonne chère et les amitiés qui vont avec. Je reste persuadé que c'est par l'intermédiaire d'Alain Braïk (grand connaisseur de Hegel et qui se dit, dans son autobiographie en lance pierre, être « à l'origine du déclenchement de la Bataille du 10 au 11 mai 68, dite Nuit de la rue Gay-Lussac ») que Debord a pu connaître dans un bar à Paris Marcel Lapierre, le Roi du Morgon, et aussi sans doute par la suite, Jean-Paul Rocher et Jacques Néauport, fameux œnologue (que Philippe Pacalet, neveu de Marcel Lapierre, dans un article de la revue du vin de France, affirme qu'il a inspiré à Patrick Süskind, le personnage de Jean-Baptiste Grenouille, personnage de son roman « Le Parfum »). Ce dernier a, notamment, aidé Pierre Overnoy, pionnier du vin naturel, a amélioré son vin. Tout ça pour dire que les éditions Jean-Paul Rocher ont publié, à côté de textes autour du Lettrisme, de magnifiques livres sur la gastronomie et que c'est encore grâce à Debord que j'ai pu connaître tout ça.

Josie a dit…

Autre document : extrait d'une entrevue de Berréby le 6 décembre 2014 parue dans la revue "Causeur" dont le slogan est « Surtout si vous n’êtes pas d’accord ».
http://editions-allia.com/files/note_4421_pdf.pdf

« La publication de ses "Œuvres complètes" [celles de Debord] par Gallimard (2006) s’inscrit-elle dans ce mouvement de récupération ? Que pensez-vous de ce volume ?
Ce recueil ressemble à une escroquerie intellectuelle. Sur un plan strictement philologique, c’est une édition partiale qui oriente le sens avant même de donner le texte à lire. Derrière ce livre, il y a une volonté de construire un mythe. Ces gens ont ajouté des annotations tendancieuses, qui sont des règlements de comptes indirects, et ont oublié certaines éditions établies autour de Debord ou du mouvement situationniste, en l’occurrence les miennes, ainsi que d’autres textes qui auraient pu donner un autre profil à la perception de l’œuvre. Bref, c’est un travail ni rigoureux, ni honnête, ni acceptable, qu’il faudrait entièrement refondre. Et puis il y a un manifeste incomplet, un texte inédit accessible et qui ne fait pas partie de cette publication… S’il y a des éditeurs pour accepter de publier des textes dans de telles conditions, que voulez-vous que j’y fasse ? Je ne suis pas un justicier masqué ! Il faudra attendre longtemps avant que cette propriété ne tombe dans le domaine public pour que l’on puisse tout rebâtir de fond en comble, si toutefois les lecteurs ont encore de l’intérêt pour ces textes-là dans cinquante ans. »

Quatre ans plus tard, on note avec amusement que pages 180-185 de la nouvelle édition augmentée du "Consul" de Ralph Rumney, le véhément Berréby utilise un inédit tiré de ce volume des “Œuvres" de Guy Debord (p. 332) – comme quoi, cette édition n'est pas si mauvaise qu'il voudrait le faire croire puisqu'elle contient des textes qu'il a découvert là et qu'il ne connaissait pas auparavant.

Josie a dit…

Faire une histoire anecdotique de l’I.S. par ses exclus, ses rejetés ou ses démissionnaires, comme s’obstine à l’entreprendre Berréby (lui-même rejeté dès 1985 par Debord), n’a pas grand sens, chacun des repoussés cherchant à expliquer les raisons de son rejet par d’autres raisons, circonstancielles ou concomitantes.
Ainsi, pour la rupture avec Henri Lefebvre en 1963, il s’agirait maintenant, selon Vaneigem, de pression visant à faire avorter sa compagne plutôt que de ses compromissions avérées avec la revue "Arguments", que l'I.S. avait décidé de boycotter. Et pour Wolman, Berréby avance comme « raison fondamentale » de son exclusion le fait que Guy Debord l’aurait trouvé en train de pouponner – mais en quoi l’histoire de l’I.S. vue par le trou de serrure de la familiarité canaille est-elle pertinente ou même intéressante ?
Hegel disait dans ses "Leçons sur la philosophie de l’histoire" : « Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, non parce que l’homme n’est pas un héros, mais parce que l’autre est le valet de chambre. » Avec ses ouvrages autour des lettristes et situs (Mension, Rumney, Vaneigem), Berréby occupe la fonction de valet de chambre.

Ben a dit…

Vous n'avez pas tort de stigmatiser certaines tares de Berréby, qui ne sont pas minimes, notamment sa volonté assez pathétique de réécrire l'histoire à sa sauce, mais attention à ne pas adopter unilatéralement l'attitude de Debord à la fin de sa vie qui a été celle d'un censeur, Sanguinetti parle, de son côté, d'une pulsion d'anéantissement. Si on regarde l'histoire de l'I.S. d'une façon désabusée, on se rend compte que très peu de personnes n'ont, au final, pas été exclus ou contraints de démissionner d'une façon ou d'une autre. Je ne prends certainement plus tout ce que disait Debord au pied de la lettre, c'est pour ça que je souscris à 100 % au texte de Gédicus (à ce propos, allez lire ce qu'il écrit sur Marx) qui ne passe pas sous silence certains de ses défauts. On pourrait aussi questionner le comportement de sa veuve qui a acceptée de publier une correspondance qui n'en est pas vraiment une puisqu'elle ne fait entendre qu'une seule voix, celle de Debord. Sinon, Berréby commence à me porter de plus en plus sur les nerfs avec ses prétentions à être le seul à incarner le vrai esprit des Situs. Ces prétentions sont d'autant plus ridicules lorsque, dans le même temps, il s'abaisse à donner des gages de crédibilité à un torchon comme « Causeur » en leur accordant une interview.

Josie a dit…

La question n’est pas de donner raison ou non à Debord mais, à partir de documents, de reconstituer si possible des faits, d’en établir la chronologie et d’en décrire ou déduire les suites, en laissant de côté les jugements moraux qui n’expliquent et n’apportent rien et ne ridiculisent que leurs auteurs.
Par exemple, si vous avez lu la récente publication électronique des "Lettres à Gil J Wolman" (1952-1956), vous remarquerez que la majorité de ces lettres sont expédiées de Paris – où Debord et Wolman habitent tous les deux – pendant les années 1954 et 1955, ce qui signifie que durant ces deux années ils ne se voyaient pas aussi intensément que précédemment, Wolman étant manifestement accaparé par son travail dans l’entreprise de tricots familiale Tricomonde (voir par exemple, lettre du 15 janvier 1954, p. 36 : « Tout cela pour preuve que je ne t’oublie pas, malgré ces remparts de tricots qui te retranchent et t’estompent. »).
Pendant cette période, Debord sollicite très souvent la présence de Wolman aux activités de l’Internationale lettriste que ce soit pour des réunions ou pour l’écriture du bulletin "Potlatch", mais il semble bien que Wolman n’a pas répondu à toutes ses attentes puisque dans une lettre du 23 août 1957 Guy Debord écrit à Mohamed Dahou : « La bande est en extension (mais on a dû il y a six mois se fâcher avec Gil qui recommençait à se conduire comme en 54 et 55). » ("Correspondance", vol. 1, p. 23.)
La « raison fondamentale » de l’exclusion de Wolman est donc plus complexe et vient de plus loin que ce dont parle Berréby.

Ben a dit…

Merci vraiment pour tous ces éclaircissements. Vous avez une connaissance beaucoup plus fine et plus étendue que la mienne de toute l'histoire lettriste et situationniste, je savais, par exemple, que La Nerthe avait publié la correspondance entre Marcel Mariën et Debord mais je ne connais pas ces échanges de lettres entre Wolman et Debord (y'a t'il les réponses de Wolman ?). Avec tout ce que vous dîtes sur les approximations des uns et des autres, il en ressort que l'histoire de l'I.S., dans toute sa complexité, reste à écrire.

Josie a dit…

Si cette édition des "Lettres à Gil J Wolman" vous intéresse, suivez donc les conseils que donne ici Luc dans les commentaires : http://lexomaniaque.blogspot.fr/2018/01/les-membres-les-plus-respectables.html#comment-form

Francis a dit…

Dans leur bouquin récemment paru à l'Insomniaque sur "Le Scandale de Strasbourg", André Bertrand et André Schneider reproduisent en annexe une lettre de Daniel Joubert à Pascal Dumontier dans laquelle est évoquée page 323 les détournements de chansons par Guy Petermann (avec un seul n, non ?).
Est-ce que quelqu'un parmi ceux qui fréquentent ce blogue possède ces chansons et accepterait de les partager ici ?
Sûr que ça devrait en intéresser plus d'un !

Ben a dit…

Je n'ai pas de réponse à la question que pose Francis mais je signale ici, à toutes fins utiles, qu'on peut écouter toute la semaine Gérard Berréby sur France culture (émission "A voix nue"). Le premier épisode nous apprend, entre autres choses, qu'il préparerait un livre d'entretiens avec Mustapha Khayati.

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