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samedi 25 juillet 2015

Le creux d'un rouleau



Je me souviens.

Tout a commencé dans le jardin des délices.

Nous étions allongés nus côte à côte sur la touffe d'herbe au-dessus de la moule, et, comme j'étais un peu en avant de toi, je pouvais remarquer, de temps à autre, le regard de Hiéronymus.

Avec des gestes fous, il essayait de me faire comprendre que tu avais une tête d'airelle bleue. Je le détaille alors avec insistance, mais je ne vois que tes yeux plus clairs que l'airelle.

Et puis, fixant au travers de mes cils, tes yeux et ton visage se fondent et je vois maintenant l'airelle bleue.

Mes doigts et mes lèvres contournent en effleurant ta peau douce et colorée et s'enfoncent dans ce bleu, entraînent mon corps à pénétrer dans la vague ; je me retrouve être le creux d'un rouleau, balancé par le mouvement de la mer.
Tu te laisses aller à mon rythme, je te soulève et t'enveloppe d'écume.

Robert Pagès, manuscrit trouvé dans son exemplaire de
La divine comédie (éd. Masseron, Club français du livre, 1964)

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