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jeudi 3 avril 2014

Aujourd'hui, un caprice…



Ça y est, le premier recueil de nouvelles d'Echenoz est désormais en librairie.

Le début de la première, « Nelson » (elle sonne et il a de quoi être sonné, en effet) :

Hiver 1802, manoir dans la campagne anglaise, l’amiral Nelson vient dîner. Les autres invités se pressent dès qu’il paraît au salon parmi les tentures, candélabres, cuivres, portraits d’ancêtres, peintures florales, fleurs. On l’admire alors qu’il revient de la bataille de Copenhague. Il a l’air fatigué, se dit-on mais qu’il est beau, pensent-elles.
Fatigué, certes, il y a de quoi, après tout ce qu’il a vu.
Déjà, embarrassant pour un marin, ce malaise éprouvé dès qu’il est monté sur un bateau, matelot à treize ans sur le vaisseau de guerre de troisième rang Raisonnable. Il a cru que ça passerait mais non, jamais il n’a cessé, jour après jour, depuis trente années qu’il navigue, de souffrir affreusement du mal de mer.
On s’affaire donc autour de lui, posé dans un fauteuil près de la grande fenêtre d’où se voient des jardins ingénieusement désordonnés, bordés de sous-bois puis d’une forêt murale. Brandissant un plateau sur quoi frémissent des verres, un valet se penche vers Nelson qui en cueille un d’une main floue. Nelson est un petit homme mince, affable, juvénile, fort beau personnage en effet mais peut-être un peu pâle. Et s’il sourit tel un acteur interprétant son propre rôle, n’empêche qu’il a l’air bien fragile, friable, au bord de se fracturer tout le temps.
Fine silhouette vêtue de bas blancs, de souliers à boucle en acier, d’une culotte et d’un gilet blancs sous une redingote bleue dont la poche gauche semble enflée par une poignée de shillings, et au plastron de laquelle scintille l’ordre du Bain, chacun de ses yeux brille aussi mais d’un éclat distinct, le droit moins vivement que l’autre. Et si sa main hésite en attrapant son verre, c’est qu’ayant contracté le paludisme aux Indes il y a vingt ans, alors qu’il commandait la frégate Hinchinbroke, de récurrents accès de fièvre, maux de tête, polynévrite et tout le tremblement ne l’ont jamais quitté.
Au salon, comme la conversation porte sur la paix d’Amiens, on attire l’attention de l’amiral sur un point délicat concernant l’évacuation de l’île d’Elbe, on lui tend un journal qui aborde ce sujet.
Nelson dispose la feuille de biais sur sa gauche et paraît ne pouvoir la lire qu’ainsi, latéralement — c’est aussi que pendant le bombardement de Calvi, comme il croisait en Méditerranée à bord du soixante-quatre canons Agamemnon, l’impact d’un boulet lui a projeté en plein visage des éclats de pierraille qui lui ont fait oublier l’usage de son œil droit.
On passe à table et, bien qu’on ait prévu de petites parts prédécoupées pour l’amiral, celui-ci manifeste une belle adresse pour manier sa fourchette et son couteau d’une seule main – c’est encore qu’au large de Santa Cruz de Tenerife, comme à bord du Theseus il projetait de s’emparer d’une masse d’or convoyée par un navire ennemi, Nelson a été atteint par un tir de mousquet qui, fracturant son humérus en plusieurs points, lui a soustrait l’exercice de son bras droit aussitôt amputé.

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