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mardi 9 juillet 2019

Vingt-cinq ans après,
telle qu'en elle-même,
pire que dans l'épilogue du film,
hélas allée sans le soleil



« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.
Mon péché, mon âme.
Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents.
Lo. Li. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six avec son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Monsieuye Am Lepicq a été bien avisé (comme toujours)  de nous signaler peu après la publication hier de ce billet que cette traduction pourrave n'était nullement l'originale d'Éric Kahane, que voici grâce à ses soins aimables :

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.
Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur le pointillé des formulaires. Mais dans mes bras, c’était toujours Lolita. »
 
********

Il semblerait que Vladimir Nabokov se soit vachement mal comporté envers Maurice Girodias — seul éditeur ayant accepté de publier, chez Olympia Press (maison sise à Paris et échappant de ce fait aux foudres d'Anastasie), son chef d'œuvre fort sulfureux pour l'époque — du moins à en croire les Mémoires de ce dernier.
Mais bon, il a adapté son propre roman à la demande de Stanley Kubrick, pour produire en 1962 un film éblouissant, grâce entre autres à James Mason, Peter Sellers, Shelley Winters, et surtout grâce à la grâce de Sue Lyon, qui avait alors quatorze ans (dans le roman, Lolita est censée en avoir douze).

Deux autres films de la mistonne et vingt-cinq ans plus tard, Claude Ventura et Philippe Garnier l'ont retrouvée au bord d'une piscine californienne, terreuse, morte avant l'heure, défoncée à tout ce qu'on peut imaginer de pire, l'horreur intégrale.

Sauf qu'elle redevient notre Lo de toujours lorsqu'elle se défait brièvement de ses lunettes de soleil : ses yeux sont toujours aussi vivants, joyeux, magiques.

C'était sur Antenne 2 en 1987, un épisode parmi tant d'autres de cette fabuleuse émission hebdomadaire qui s'appelait Cinéma-Cinémas, avec son générique peint par Guy Pellært et la musique de Georges Delerue pour Le Mépris de Godard.

Les extraits du films sont archi-pourris, saturés et clignotants, parce qu'à l'époque le VHS avait triomphé commercialement du Betamax.

Et tout ceci ne nous rajeunit pas plus que Sue Lyon…


dimanche 7 juillet 2019

Il était une fois la tour de Babel




France Culture rediffusait la nuit dernière la conférence de presse donnée à Cannes en 1984 à l'occasion de la projection hors-compétition d'une version tronquée du dernier film de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique — pas son meilleur à mon avis mais peu importe.

À entendre les maigres applaudissements, il n'y a pas plus de quinze personnes dans la salle, malgré un parterre des plus prestigieux.

Peu importe derechef : ce qui est complètement fascinant, c'est la circulation labyrinthique entre les langues, vu que la conversation se déroule tantôt en italien, tantôt en anglais et tantôt en français, toutes langues avec lesquelles Sergio Leone semblait parfaitement à l'aise, même s'il dit ceci à 21'51" :

C'est plus difficile pour moi en français parce que je trouve pas quelquefois les mots, vous savez.
Je préfère de m'exprimer en italien, s'il vous plaît.
Euh… maintenant, il faut traduire la demande en français. [Il se reprend aussitôt :] En anglais.

Et par là-dessus vient s'emberlificoter l'art des interprètes, l'une en direct et l'autre après coup, le résultat est archi-ahurissant, une véritable splendeur radiophonique, la fascination du cinéma se redouble ici de celle du langage.

Hourrah : quel bordel !

Il était une fois un certain type d'émissions de radio…


mercredi 26 juin 2019

On va tout péter : les vivants et les morts !




Hourrah, ce film-ci demeurera visible jusqu'au 22 août !

Ce qui nous laisse un peu de temps, mais certes moins qu'en ont eu les ouvriers de GMS de la Souterraine pour imaginer fissa par quelle tactique répondre à tous les enculeurs qui voulaient la leur mettre profond, et qui y ont évidemment réussi.

Belote, rebelote et dix de der, avec le saut de la carpe en sus…


https://www.livredepoche.com/livre/les-vivants-et-les-morts-9782253114475

mardi 25 juin 2019

Hurry up, girls and boys : take a sit !




Cet hommage de Raoul Peck à James Baldwin n'est visible ici que jusqu'au 30 juin.

L'évidence de son actualité sautera aux yeux de quiconque remplacera les mots « Blanc » par « riche » et « Noir » par « pauvre », comme le suggère pertinemment Grégoire Bouillier dans Charlot déprime.

dimanche 23 juin 2019

Jouer avec les mots et avec les notes :
Un six-huitard revendiqué




France Culture vient de rediffuser dans ses Nuits un entretien entre Brassens et Philippe Nemo d'une richesse et d'une intelligence exceptionnelles.

C'est en deux parties, dont la première fut initialement diffusée sur la chaîne le jour même de mon entrée dans l'année de l'adolescence définitive.

(Douze ans après, j'emménageai dans une maison quasi mitoyenne de celle qu'a occupée Brassens à la fin de sa vie, et une nuit d'été sa petite-nièce a sonné chez moi en panique — elle avait oublié les clés à l'intérieur avant de claquer la porte en partant — pour me demander d'enjamber les murets séparant les jardinets et de lui ouvrir depuis l'intérieur, je vous dis pas comment mon cœur battait la chamade, je revivais L'orage).

Philippe Nemo, alors jeune producteur depuis cinq ans sur France Culture de l'émission L'Autre Scène ou les Vivants et les Dieux, démontre une parfaite connaissance de l'œuvre de Brassens, de ses thèmes tant poétiques que religieux (!) ou musicaux, ainsi qu'une malicieuse capacité à acculer le génial bonhomme dans ses derniers retranchements — voire le faire carrément sortir de ses gonds, pour le plus grand bonheur des auditeurs.

Ouiquipédia m'apprend qu'il a fini sa carrière radiophonique à Radio-Courtoisie, c'est bien malheureux mais je crois que Brassens aurait (amèrement) souri de cette ironie.

Un des plus beaux morceaux de radio que j'ai jamais entendus.



mercredi 5 juin 2019

Des livres et nous
(Vœux, vœux noirs…)



Excellente nouvelle : les éditions Métailié viennent de publier le septième roman des aventures de Jack Parlabane, le journaliste casse-cou de Christopher Brookmyre, sous le titre Sombre avec moi.
(Les anglophones peuvent écouter ici la conférence donnée par l'auteur en août 2016 au sujet de ce roman, l'un des meilleurs de cette série — mais tous sont au bas mot à tomber par terre).

La traductrice en est cette fois Céline Schwaller, après l'impeccable Emmanuelle Hardy pour le cinquième épisode, paru chez Denoël voici neuf ans.

Son choix de traduire ainsi le titre original Black Widow (Veuve noire) est intéressant en ce qu'il joue sur les deux acceptions du terme « sombre » (l'adjectif et le verbe conjugué), et que ce calembour colle bien à l'intrigue, mais il en dévoile à mon sens un peu trop par rapport à une traduction littérale.



Mais ce que je regrette surtout (comme je le disais déjà dans un précédent billet), c'est l'incohérence de l'édition française des aventures de Parlabane, qui requiert une lecture chronologique — ne serait-ce que parce qu'au fil des épisodes apparaissent des personnages secondaires qui reviendront dans certains des suivants.
Et Brookmyre, qui s'efforce de construire un univers romanesque cohérent, s'amuse même à faire intervenir dans la série Parlabane des personnages rencontrés dans d'autres pans de son œuvre !
On croise ainsi dans Sombre avec moi un certain « Sammy  Finnegan » que les lecteurs anglophones avaient déjà rencontré dans le deuxième roman de la trilogie Jasmine Sharp / Catherine McLeod, hélas inédite en français, When the Devil Drives (2012).

Jusqu'ici, seuls les deux premiers et le cinquième Parlabane avaient été traduits, respectivement en « Série Noire »  par Nicolas Mesplède (Un matin de chien et Au royaume des aveugles) puis chez Denoël par Emmanuelle Hardy (Les canards en plastique attaquent !), et voici qu'on publie le septième en sautant le sixième !
Or dans ce sixième épisode, on croisait déjà l'inspecteur Catherine McLeod, co-héroïne de la trilogie Jasmine Sharp et qui réapparaît dans Sombre avec moi.
Mais le plus ennuyeux pour le lecteur français, c'est que dans ce fatras éditorial on ne comprend plus rien à l'évolution des relations entre Jack Parlabane et son épouse, Sarah Slaughter (patronyme judicieusement transposé en « Bouchery » dans les traductions françaises), puisque c'est dans le sixième épisode qu'on apprend leur séparation.

Bref, pour plus de clarté, voici la liste chronologique des éditions écossaises et françaises de cette série : à ce jour huit romans, deux nouvelles et une novella.
[Note de juillet 2021 : dans cette couleur, les publications postérieures au présent billet]

1) Quite Ugly One Morning, Little, Brown, 1996.
Publié en français sous le titre Un matin de chien, traduit par Nicolas Mesplède, Paris, Gallimard, 2001, coll. « Série noire » n°2521

1 bis) [nouvelle] Bampot Central, dans l'anthologie dirigée par Mike Ripley et Maxim Jakubowski Fresh Blood II, The Do-Not Press, 1997; rééd. in Jaggy Splinters, Hachette Digital, 2012 (e-book).
Disponible sur le site de l'auteur, cette nouvelle développe un passage du premier roman : celui où Jack s'en va poster un jouet pour le fils de son ami américain Larry Freeman.

2) Country of the Blind, Little, Brown, 1997.
Publié en français sous le titre Le Royaume des aveugles, traduit par Nicolas Mesplède et révisé par Catherine Boudigues, Paris, Gallimard, 2001, coll. « Série noire » n°2610

3) Boiling a Frog, Little, Brown, 2000

4) Be my Ennemy (or, Fuck this for a Game of Soldiers), Little, Brown, 2004

5) The Attack of the Unsinkable Rubber Ducks, Little, Brown, 2007.
Publié en français sous le titre Les canards en plastique attaquent !, traduit par Emmanuelle Hardy, Paris, Denoël, 2010

5 bis) [nouvelle] place bo, in Jaggy Splinters, Hachette Digital, 2012 (disponible uniquement en e-book)


6) Dead Girl Walking, Little, Brown Book Group, 2015

7) Black Widow, Little, Brown Book Group, 2016.
Publié en français sous le titre Sombre avec moi, traduit par Céline Schwaller, Paris, Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2019 ; rééd. Points, coll. « Points Policier » n°P5168, 2020

 7 bis) [novella] The Last Day of Christmas (The Fall of Jack Parlabane), Hachette Digital, 2014 (disponible uniquement en e-book).
Ce court roman introduit un personnage capital pour la compréhension du suivant, dont il forme un préambule.

8) Want You Gone, Little, Brown Book Group, 2017 (publié aux États-Unis sous le titre The Last Hack).
Publié en français sous le titre Les ombres de la toile, traduit par David Fauquemberg, Paris, Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2020 ; rééd. Points, coll. « Points Policier » n°P5339, 2021

Jack Parlabane apparaît, disons… en coulisses, dans le roman suivant signé Chris Brookmyre :
Fallen Angel, Little, Brown Book Group, 2020
Publié en français sous le titre L'ange déchu, traduit par Céline Schwaller, Paris, Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2021

Gilets jaunes, une répression d'État




Un documentaire produit par StreetPress, réalisé par Cléo Bertet, Matthieu Bidan et Mathieu Molard, diffusé depuis le 21 mai.