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samedi 28 février 2009

Un héraut de notre temps

Un État où les sujets ne prennent pas les armes par ce seul motif que la crainte les paralyse, tout ce qu’on en peut dire, c’est qu’il n’a pas la guerre, mais non pas qu’il ait la paix […]. Aussi bien une société où la paix n’a d’autre base que l’inertie des sujets, lesquels se laissent conduire comme un troupeau et ne sont exercés qu’à l’esclavage, ce n’est plus une société, c’est une solitude.
Spinoza, Traité politique, V, §4 (trad. Saisset)

Prière d'insérer (7)

Il s'appelait Darius Conn.
Il avait du talent, des idées, de la ressource. C'était un amateur doué. Il tuait à l'économie, parce que c'était nécessaire, mais sans plaisir.
Mais non sans orgueil. Il se disait que ses crimes passeraient à la postérité. Des crimes parfaits. Il se gobait.
Il se gobait un peu trop. Parce que, en fin de compte, ce n'était qu'un amateur et ça ne pouvait pas durer.

« L’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort »

Pas de V.O. disponible pour le moment :
Gregory Peck et Jennifer Jones parlent ici en italien, Lewt et Pearl deviennent Luis et Perla.
Mais cela ne change rien à la poignance extatique de cette scène primitive.

La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique, circonstancielle ou ne sera pas.

vendredi 27 février 2009

Der Mensch ist, was er ißt

Charlie Schlingo n'a pas fait que dessiner, dans sa courte vie : il a aussi joué des baguettes, nom d'un cheval !
Enfer et canasson !


L'Association réédite en mars les albums Gaspation ! et Josette de rechange, en version augmentée.

F. I. N.

Le Professeur Jones potassait la théorie du temps depuis plusieurs années déjà.
— J'ai trouvé l'équation-clé, dit-il un jour à sa fille. Le temps est un champ. Cette machine que j'ai construite peut agir sur ce champ, et même en inverser le sens.
Et, tout en appuyant sur un bouton, il dit : « Ceci devrait faire repartir le temps à rebours à temps le repartir faire devrait ceci, dit-il bouton un sur appuyant en tout, et.
— Sens le inverser en même et, champ ce sur agir peut construite j'ai que machine cette. Champ un est temps le. Fille sa à jour un dit-il, l'équation-clé trouvé j'ai.
Déjà années plusieurs depuis temps du théorie la potassait Jones Professeur le.

N. I. F.

Fredric Brown, in Fantômes et farfafouilles [Nightmares and Geezenstacks], 1963, in fine.

On remarquera juste que dans le cas précis de ce texte, le guillemet ouvrant ne pourra jamais trouver l'apaisement de son ordinairement indéfectible comparse. L'exactitude typographique est d'ailleurs impossible à mettre en miroir, mais cette œuvrette ouvre d'infinies questions quant à son hors-champ, tant en aval qu'en inéluctable amont.
Bref, sur la totalité de l'histoire du monde.
Il est peu probable que Brown ait jamais connu le sens du mot palindrome (et cela eût-il été le cas, il serait plutôt allé s'enfiler quelques verres de bourbon) mais il l'a, sans doute à son insu, hissé au rang de récit quasi-philosophique. Enfin, à son insu, c'est pour le palindrome. Parce que question philosophie, Fred Brown en connaissait un bout; au point d'écrire une nouvelle de SF sur l'ontologie (certains êtres humains sont réels, d'autres non : seulement là pour parer le spectacle dont les étants jouissent…)

jeudi 26 février 2009

Prière d'insérer (6)

— Hawaï, dit-il en roulant le mot sur sa langue comme un bonbon. C’est là que nous avions décidé d’aller. Et au diable cette vacherie d’existence ! Elle et moi, seuls, devant des kilomètres de sable blanc… Est-ce qu’Hawaï est aussi beau qu’on le dit ?
— Oui, répondis-je.
— C’est là que nous devions partir. Pas dans un an, ni dans un mois. Le lendemain matin. Et puis je me suis levé, je suis sorti chercher une bouteille pour fêter ça. A mon retour, je l’ai trouvée sur le lit, en sang, morte.

Sic. Promis, c'est tel quel, sur la quatrième de celui-ci. Faut croire qu'il commençait déjà sérieusement à y avoir du mou chez les correcteurs, dans les années soixante… Enfin, on comprend quand même sans doute le sens général du propos, c'est l'essentiel, mais pour que ce soit bien clair je me permets de remanipuler un peu ce Rubik's Cube :
— « Hawaï », dis-je en roulant le mot sur ma langue comme un bonbon.
C’est là que nous avions décidé d’aller. Et au diable cette vacherie d’existence ! Elle et moi, seuls, devant des kilomètres de sable blanc…
— « Est-ce que Hawaï est aussi beau qu’on le dit ?

— Oui, répondis-je. »
C’est là que nous devions partir. Pas dans un an, ni dans un mois. Le lendemain matin.
Et puis je me suis levé, je suis sorti chercher une bouteille pour fêter ça.
À mon retour, je l’ai trouvée sur le lit, en sang, morte.

mercredi 25 février 2009

Les armes de la critique

Léon de Mattis, l'auteur du pamphlet “Mort à la démocratie” (L'Altiplano, 2007), livre d'intéressantes analyses sur son blogue. Son dernier billet, en date du 30 janvier, est intitulé « L'antiterrorisme n'est pas une exception ».

Des airs de désert



« Le désert ne peut plus croître : il est partout.
Mais il peut encore s’approfondir. »

Avant Grecs et Nègres, mais bien après eux


Démocrite, Empédocle, Héraclite et Toussaint-Louverture.
Épicure, bien sûr, et Simon Bolivar.
Up you banners, Homère, Malcolm X !
La négritude intense des bacchantes de Nietzsche… Et les bites immenses de notre désir hellénique, et ta mère à nous tous, la térébrante, immarcescible, inquiétante et ténébreuse Lilith…
Rappelez-vous, il y eut ce temps-là : tout ce temps d'attente vitrée, entre Grèce et Antilles, l'exacerbation enfin visible du désir millénaire, et puis la tornade finale balayant le spectacle qui manigançait le monde et annulait nos vies depuis quelques décennies, depuis tous ces temps-là qu'il ne sert à rien de se remémorer…

Bref, on se souvient soudain connement que l'amour existe, qu'il vit toujours — qu'il vît sans voile, évidemment que toujours cela fut impossible : l'aliénation régnait encore, alors, malgré les vits d'amants.
Mais c'était déjà pas mal, que l'amour survécût, que parfois il survînt.

Pour les amateurs d'archives, voici quelques échos journalistiques d'un fait-divers survenu voilà déjà quelques années, bien après que le monde d'avant eût perdu de son amplitude — en plein monde de maintenant, en fait — mais que tous les consommateurs d'alors avaient bien sûr aussitôt oublié, immédiat effacement mémoriel oblige. Bien après 1984, et d'autant.
C'était peu avant que chacun ne s'avise enfin (enfin !) que la propriété privée pompait tant et tant le chou d'une vie qu'on n'avait vraiment pas le temps de perdre à s'occuper de ces bêtises-là : propriété, autorité, marchandise, hiérarchie… et que le problème de la répartition des biens par nature rares était proportionnellement si infime qu'il cessa aussitôt d'apparaître comme tel : mieux valait oublier les Monte-Cristos et le caviar, que se tuer à les obtenir ou à en produire (qui, même dans l'ancien monde du Capital, aurait jamais songé à acquérir de l'Ambroisie ?), et quant aux Châteaux-Margaux, leur tirage au sort est aujourd'hui plus plaisant que l'ancien nauséeux Loto, non ? [Loto : non pas retour à Homère, mais ce truc qui avait d'abord été institué en plein giscardisme, au milieu des années 70, les débuts de l'informatique et du flicage généralisé, bien avant les tests ADN].
D'autant que les gagnants partagent gaiement leurs lots avec tous, depuis qu'ils ont compris (tout comme nous, qui souvent sommes eux) l'absurdité qu'il y avait à rapporter l'avoir à l'être.
Comme dans les sovkhozes des années quarante, vous vous souvenez ? Enfin, ces années quarante-là, bien sûr.



Cette année-là avait bien commencé, pour sûr…

mardi 24 février 2009

Prière d'insérer (5)

Sur le pas de la porte, le policier me recommanda :
— Vous seriez gentil de ne pas marcher dans le sang, jeune homme.
Je n’en avais nulle envie. La chambre empestait la poudre, le sang et le vomi. Katy gisait toute nue dans un coin, les yeux révulsés, les seins flasques. Quant à Pinelli, il était étalé dans une mare vermeille, au pied du lit où je venais de faire l’amour avec sa femme.

Acharnement des charognards

On apprend à l'instant que la quatrième demande de remise en liberté de Julien C. a été rejetée par le jugeudèlibertézédeuladétention devant qui il comparaissait hier, lundi 23 février 2009, après plus de cent jours de taule, réveillé toutes les deux heures la nuit comme tout détenu étiqueté DPS : allumage des lampes de la cellule, un coup de trique dans le torse pour vérifier qu'il réagit, qu'il ne s'est pas suicidé, qu'il n'était qu'endormi, « bonne nuit ! » Et les nuits sont longues, en cabane, quand on vous force à l'insomnie, alors que vous veniez de réussir à vous assoupir au creux de toutes ces heures sans fin passées à broyer du noir, noyé dans l'incertitude à chaque instant plus totale…

Avis aux auditeurs

Le téléchargement de l'autobiographie sonore de Fred Deux, À vif, est achevé. Une trentaine d'heures, au bas mot…
Ne vous laissez pas brouiller l'écoute !

Le nerf cardiaque de l'«Éthique»


Je ne reconnais aucune différence entre l’idée vraie et l’idée adéquate, sinon que le mot de vraie se rapporte seulement à l’accord de l’idée avec son objet, tandis que le mot d’adéquate se rapporte à la nature de l’idée en elle-même. Il n’y a donc aucune différence entre une idée vraie et une idée adéquate en dehors de cette relation extrinsèque. Quant à savoir de quelle idée d’une chose, parmi beaucoup d’autres, toutes les propriétés d’un objet considéré peuvent se déduire, je n’observe qu’une seule règle : il faut que l’idée, ou la définition, fasse connaître la cause efficiente de la chose. Pour rechercher les propriétés du cercle, par exemple, je me demande si, le définissant par l’équivalence de tous les rectangles formés avec les segments d’une droite passant par un point donné, je puis de cette idée déduire toutes ses propriétés, je me demande, dirai-je, si elle enveloppe la cause efficiente du cercle. Comme il n’en est pas ainsi, j’en considère une autre, à savoir que le cercle est une figure décrite par une ligne droite dont une extrémité est fixe, l’autre mobile. Comme j’ai là une définition qui exprime une cause efficiente, je sais que j’en puis déduire toutes les propriétés du cercle, etc. De même, quand je définis Dieu : l’Être souverainement parfait, comme cette définition n’exprime pas une cause efficiente (j’entends une cause efficiente tant interne qu’externe), je ne pourrai en déduire toutes les propriétés de Dieu. Au contraire, quand je définis Dieu : un Être, etc. (voir Éthique, partie I, définition 6).
Spinoza, Lettre LX, à Tschirnhaus

Imagine


Imagine ghosts, gods and devils.
Imagine hells and heavens, cities floating in the sky and cities sunken in the sea.
Unicorns and centaurs. Witches, warlocks, jinns and banshees.
Angels and harpies. Charms and incantations. Elementals, farmiliars, demons.
Easy to imagine all of those things : mankind has been imagining them for thousands of years.
Imagine spaceships and the future.
Easy to imagine : the future is really coming and there'll be spaceships in it.

Is there then anything that's really hard to imagine ?
Of course there is.

Imagine a piece of matter and yourself inside it, yourself, aware, thinking and therefore knowing you exist, able to move that piece of matter that you're in, to make it sleep or wake, make love or walk uphill.
Imagine a universe — infinite or not, as you wish to picture it — with a billion, billion, billion suns in it.
Imagine a blob of mud whirling madly around one of those suns.
Imagine yourself standing on that blob of mud, whirling with it, whirling through time and space to an unknown destination.

Imagine !

Imaginons des fantômes, des dieux et des démons.
Imaginons des enfers et des paradis, des villes flottant dans les cieux et d'autres englouties sous la mer.
Licornes et centaures, sorciers et magiciens, djinns et farfadets.
Anges et harpies, charmes et incantations, esprits élémentaires, familiers, démoniaques.
Tout cela est facile à imaginer : depuis des millénaires les hommes l'imaginent.
Imaginons des astronefs et l'avenir.
Facile, encore : l'avenir approche à grands pas et il sera peuplé d'astronefs.

Y a-t-il quelque chose qui soit difficile à imaginer ?
Oui, bien sûr.

Imaginez un peu de matière avec vous enfermé dedans, vous qui avez conscience d'exister ; qui pensez et savez donc que vous existez, vous qui êtes capable de faire remuer cette matière dans laquelle vous êtes prisonnier. Vous pouvez la faire dormir et s'éveiller, faire l'amour ou se promener sur les collines.
Imaginez un univers — infini ou non, selon votre convenance — empli de milliards de milliards de soleils.
Imaginez une boule de boue qui tourne comme une folle autour d'un de ces soleils.
Imaginez-vous debout sur cette boule de boue, tournant avec elle, tournant dans le temps et l'espace vers une destination inconnue.

Imaginez !

Fredric Brown, 1955
Ce texte, qui clôt le recueil paru en français sous le titre Lune de miel en enfer, compte parmi les plus spinozistes de Brown. Il nous fait immédiatement apercevoir la différence entre l'idée et l'image : certaines choses (relevant souvent de la métaphysique, ou des mathématiques) sont impossibles à se représenter sous forme d'image, comme l'infini, l'identité, un espace à plus de trois dimensions… alors qu'elles sont faciles à concevoir, à penser, à définir. Inversement, ce qui est facilement imaginable peut être difficile à concevoir sans description, sans représentation imagée : un tableau, par exemple. Pour d'autres choses, cependant, les deux modes d'appréhension mentale sont possibles : on peut tout aussi aisément se représenter un cercle qu'en comprendre la définition mathématique, qu'elle soit descriptive (« courbe plane fermée dont tous les points sont à égale distance d'un centre ») ou génétique (« figure décrite par une ligne droite dont une extrémité est fixe, l’autre mobile », ainsi que l'écrit Spinoza à Tschirnhaus dans la Lettre LX), cette dernière expliquant en termes de mouvement et de repos le processus de production de cette portion d'étendue qu'est le cercle.

lundi 23 février 2009

Du nanan (PdI, 4)

Frank Dillon, il nous ressemble bien, au fond, à vous comme à moi. Sauf qu'il est un peu plus fou, et que ça le tracasse. Et que là où, vous et moi, nous contentons d'oublier d'écrire à notre vieille grand-mère pour le Nouvel An, lui, il va plus loin dans le crime : il tue, et plusieurs fois.
Mais au bout du compte, il s'estime aussi innocent que vous et moi. Est-ce le dernier des salauds, ou le premier des pauvres types ?

Prière d'insérer (3)

Puisque s'ouvre aujourd'hui le procès d'AZF…

J’ai rencontré Sue Ann lundi. J’ai perdu ma place mardi. Mercredi, j’ai fait l’amour avec Sue Ann, et je lui ai raconté que j’étais un agent de la CIA. Jeudi, nous avons saboté l’usine de produits chimiques. Sue Ann a tué le garde. Nous avons fait l’amour. Vendredi, l’usine a fermé et la mère de Sue Ann m’a traité de sale menteur.
Et demain ? Je volerai peut-être un avion et je nettoierai cette saloperie de planète à coups de bombes. Demain, on saura que Denis Pitt, c’est quelqu’un.

« Un beau ténébreux », prologue (1945)

∗ ∗ ∗
Quatorze heures plus tard, voici le texte exact :
Il arrive que par certaines après-midi, grises, closes et sombrées sous un ciel désespérément immobile, — comme sous la maigre féerie des verrières d'un jardin d'hiver — dépouillées de l'épiderme changeant que leur fait le soleil et qui tant bien que mal les appareille à la vie, le sentiment de la toute-puissante réserve des choses monte en moi jusqu'à l'horreur. De même m'est-il arrivé de m'imaginer, la représentation finie, me glisser à minuit dans un théâtre vide, et surprendre de la salle obscure un décor pour la première fois refusant de se prêter au jeu. Des rues une nuit vides, un théâtre qu'on rouvre, une plage pour une saison abandonnée à la mer tissent d'aussi efficaces complots de silence, de bois et de pierre que cinq mille ans, et les secrets de l'Egypte, pour déchaîner les sortilèges autour d'une tombe ouverte. Mains distraites, porteuses de clés, manieuses de bagues, mains expertes aux bonnes pesées qui font jouer les pierres tombales, déplacent le chaton qui rend invisible, — je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque, une brise légère soufflant de la mer et le bruit de la marée montante devenu soudain plus perceptible, le soleil enfin disparut derrière les brumes en cette après-midi du 8 octobre 19…

Prière d'insérer (2)


Au beau milieu du salon blanc, Henry Martell trônait dans un fauteuil d’acajou. L’air à la fois surpris et contrarié, il nous regarda entrer.

Je m’aperçus alors qu’il avait trois yeux dont deux, ma foi, étaient parfaitement vitreux. Quant au troisième, ce n’était qu’un trou rouge et bien rond à la naissance du nez.

Prière d'insérer (1)


Dire qu'il y a des gens qui se torturent les méninges dès qu'ils ont un malheureux cadavre à planquer !

C'est pourtant simple : vous prenez une tombe pas trop rassie, vous creusez, vous couchez votre client sur le locataire en titre et vous rebouchez. Pas de traces, pas d'odeur ; ni vu ni connu…
J'étais encore tout fier de ma trouvaille quand le gars Sikes a eu la même idée. Seulement cette fois, c'est moi qui allais tenir compagnie aux deux autres allongés. Après ça, on pourrait afficher complet dans la tombe du pauvre Tom Wilkins.

Grâce à un ténébreux Gracq oublié


C'EST L'ANONYME


L'anneau n'y met pas toujours son sel.
Ce lait, c'est l'aisselle scellée ?
Sellées [sur ces ânes honnis, hmmm…], sont-ce elles, qui décélèrent ?
Qui décelèrent ce rai-là, grès guère aigre agrippé, gris happé après Guy ?
Pas grave. Ô ma Nine, l'eau n'a ni mot à miner, ni l'homme à manier :
La manne y est — laminée et salie, mime anal, Elohim…
Là, c'est nos mines lassées.
« … mains discrètes, porteuses de clés, manieuses de bagues […] tournant le chaton qui rend invisible, je devins ce fantomatique voleur de momies lorsque… »
Il y a une histoire de théâtre fermé, aussi, dans ce prologue. Non.
« Un théâtre qu'on rouvre… Des plages, pour une saison désertes, une rue vide… tissent d'aussi effroyables complots que mille ans, et les secrets de l'Égypte… »
Bon, désolé Julien, M. Poirier : sauce blanche à tous les étages.

BAUDELÈRÉDEBORD

Pour ceux qui ne perdent pas le fil : thé, Anonymiaque… et cela passe évidemment par Boby Lapointe : « … et j'vous dis "nous, moi, le philosophe / et l'esthète aimons qu'un' conversation s'fass' sans façons". C'était l'été / Et telle est "thé" », etc.

LE DÉSIR DE PEINDRE

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !
Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.
Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la
lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée !
Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

dimanche 22 février 2009

Un autodidacte parle

Fred Deux, alias jadis Jean Douassot (décision de René Julliard, rétif à son vrai patronyme, et qui du coup lui fabriqua de toutes pièces un double, à ce Deux) raconte sa vie incroyable. Enfin, ce qui est sidérant, c'est plutôt la façon tout à lui qu'il a de la raconter, cette existence somme toute normale, vu l'époque.
On ne s'en désenvoûtera jamais.
Et encore, là, ce n'est qu'une trentaine d'heures, celles commercialisées au début de ce siècle-ci par André Dimanche. Il y en a plus de deux cents comme ça, toujours plus introspectives (comment fait-il, trente ans après, pour se souvenir ainsi de rêves d'enfant ?!), fouillées jusqu'au détail infime, folies infumables, navigation loxodromique, disponibles seulement à la BN [Note d'octobre 2014 : hé bé non, elles ont été mises à disposition en 2011 et j'ai aussitôt tout rapatrié ici-même].

« Prière d'insérer »

Tu as déjà eu la sensation d'être manipulé, hein ? Tu avais envie de faire quelque chose ; seulement, tu as rencontré sur ton chemin toutes sortes d'obstacles et tu t'es démotivé ; au même instant, un autre de tes désirs se réalisait comme par enchantement, les difficultés s'aplanissant mystérieusement l'une après l'autre. Coïncidences, coïncidences… As-tu jamais eu l'impression que des inconnus savaient qui tu es ? Allons, avoue, ça t'es arrivé : tu as rencontré une fille et tu as eu le coup de foudre ; elle a eu l'air de t'aimer ; ensuite, inexplicablement, elle a été écartée de ta vie, comme si elle ne figurait pas dans le scénario…

Certaines « quatrièmes de couverture » sont de vrais textes à elles seules. Là, on vend la mèche : il s'agit du Presses-Pocket n°5391, Symboles secrets, de Theodore Sturgeon, recueil choisi, présenté et traduit par Alain Dorémieux (1990, réédition partielle d'un Casterman relié plus ancien). Et mieux, effectivement : quand il ne dort pas, il nous livre de fort beaux récits. Ça met pas l'eau à la bouche, ça ? On n'ose même pas lire le texte, de peur d'empeser l'enchantement… Tout est bon, dans les Sturgeon : du pur caviar.
Si ça se trouve, d'autres prières d'insérer suivront, tous issus de la défunte Série Noire, sans plus aucune référence. Certains sont de véritables poèmes en prose. Pas que du spleen, et pas que de Paris, bien entendu.

Roule en Topor plutôt qu'en métro

Incidemment, c'est toujours cette affiche de Topor que m'évoque l'actuel logo de la RATP.

RATP et retape

Ayant récemment emprunté le métro parisien, je me suis fait tarabuster par ces phylactères joyeusement colorés (les couleurs de l'infamie) qui envahissent les vitres des rames (alors qu'on vous colle une amende dès qu'on vous prend à fixer le moindre autocollant), distribuant des ordres du genre :
1 seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne
Pour faciliter ma descente, je prépare ma sortie
Retenir les portes, c’est retenir le métro
Au signal sonore, je m’éloigne des portes
Le train a plusieurs portes, n’hésitez pas à les utiliser
They live !, de Carpenter, assené cette fois sans ambages.
En 1991, du temps de Mordicus, les phylactères (aux becquets orientables) que l'on pouvait apercevoir dans le métro — mais sur les affiches publicitaires murales — étaient autrement plus sympathiques : « En entrée comme au dessert, je bouffe du propriétaire », « Je suis pas allé bosser ce matin, j'irai pas demain : je lis Mordicus », se mettaient par exemple à proclamer les pantins tenant auparavant sur ces affiches le discours du maître. Et des mains amies ornaient les vitres de jolis autocollants : « Fantômas ? Non : la lutte des classes », « Fric et flics et taule et crame », « Rien ne va plus : faites vos jeux », « Chaque âge saccage sa cage », etc. Enfin, si mes souvenirs sont bons.
Je suis nul en manipulations graphiques, mais il ne doit pas être difficile de confectionner de légères variantes au même diamètre (24 cm) pour recouvrir les immondices d'aujourd'hui. Du genre :
La police ouvre le feu, je laisse descendre
Les portes de la nuit s'ouvrent, je laisse ce monde en cendres
1 vie perdue à travailler = du profit pour autrui
1 seconde perdue en passion = du retard dans la carrière
Pour faciliter mon licenciement, je prépare ma sortie
Pour faciliter la bonne descente, je prépare ma Kalachnikov

Retenir les pauvres, satisfaire les maîtres
Retenir ses désirs, c'est se retenir de vivre
Au signal de l'émeute, je descends dans la rue
La révolte a plusieurs raisons, n'hésitez pas à en profiter

samedi 21 février 2009

Palindrome



Ce qui se lit aussi bien à l'endroit qu'à l'envers peut être réellement renversé.

La religion des ratés™

vendredi 20 février 2009

Un message du N°6



Liszt : Rhapsodie hongroise n°2



Les paroles sont de Francis Blanche
« L'alcool tue lentement », c'était le slogan d'une campagne de santé publique.
« On s'en fout, on n'est pas pressé », répondit Courteline.

Banalités de base

Les Quatre Barbus, c'est à vous dégoûter d'être glabre !

Écho de Narcisse

Heureux qui, communiste, a fait de beaux ravages
Et toujours explora la forest des passions
Plutost que retourner, plein de lâche affliction,
Vivre avec les esclaves le reste de son aage !

Quand revoiray-je, helas, dans mon petit village,
Flamber supermarchez ? Et en quelle saison
Revoiray-je éclore grèves et déraisons,
Qui démarrent la vie, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le séjour que bastyront nos jeux
Que des palais marchands le front fallacieux.
Plus que démocrassye me plaist ce qui la mine,

Plus le jouir des mutins que l’argent des pantins,
Plus le qualitatif que compter les matins,
Et plus que les mesquins tout ce qui les chagrine.

jeudi 19 février 2009

Départ dans l'affection et le bruit neufs !

Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.

Un pas de toi, c'est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.

Ta tête se détourne : le nouvel amour !
Ta tête se retourne, — le nouvel amour !

«Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps», te chantent ces enfants. «Élève n'importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux» on t'en prie.

Arrivée de toujours, qui t'en iras partout.

Julien C., 2009

« Homo cogitat »

« L'homme pense. » (Spinoza, Éthique, II, axiome 2).
C'est la pierre d'achoppement de tout matérialisme, historique ou dialectique :
il y a de la pensée, les idées ne sont pas matérielles, la pensée est d'une autre nature que les influx nerveux qui circulent dans le cerveau.
Comment alors échapper au dualisme, aux difficultés des rapports entre corps et esprit, à l'éventuelle suprématie de l'un sur l'autre, à la spirale qui aspire vers le trou noir de la superstition et la religion, comment affirmer le matérialisme contre l'idéalisme ?
Je ne vois que Spinoza, pour avoir édifié un système métaphysique qui soit un matérialisme parfaitement conséquent.
Mais pour cela,
il faut payer le prix fort (et il ne s'agit pas de l'austérité de son œuvre, ni de la présentation au prime abord déroutante de l'Éthique). Le prix fort, c'est qu'il faut admettre que tout pense. La totalité de l'univers matériel existe aussi sous forme mentale (de toute chose matérielle il peut y avoir une idée), et allons-y carrément tant qu'on y est (mais il n'y a pas d'autre possibilité) : sous une infinité d'autres formes, que Spinoza nomme «attributs». L'univers («la Nature», dans l'Éthique, mais bien plus souvent «Dieu», ce qui est certes rebutant, bien qu'idoine pour le XVIIe siècle) est un auto-déploiement infini de lui-même (un peu à la manière du Big Bang, si l'on veut, mais l'image perturbe l'idée) en une infinité d'attributs dont chacun se déploie lui-même à l'infini. Une seule chose, un seul et même déploiement causal identique à lui-même sous quelque attribut qu'on l'appréhende (et dont l'expansion n'a pas de fin : nulle place pour la téléologie ou les causes finales, chez Baruch).
Il est difficile de penser cela.
Ainsi, n'étant constitué que de matière et de pensée, l'être humain ne peut concevoir, envisager, que ces deux attributs-là : l'étendue et la pensée. Mais chaque être réel (c'est-à-dire, dont il y a une idée vraie) existe aussi sous une infinité d'autres attributs, à jamais inconnus de nous, un peu comme des univers parallèles, en quelque sorte, mais ni mentaux ni matériels. Encore que le terme
parallélisme, souvent employé pour désigner les rapports anhiérarchiques entre attributs, soit finalement mal à propos, puisqu'il y a identité totale entre tous les attributs.
Disons que la matière est la même chose que la pensée, à une légère nuance près. Et s'il y a identité, c'est parce que le réel n'est rien d'autre qu'un enchaînement de causes et de conséquences, à leur tour causales, et que c'est cette même et unique causalité qui s'exprime dans chaque attribut. De tout corps, il est une idée. À toute idée vraie, on peut donner corps, trouver le correspondant matériel de cette idée. Aucun arrière-monde, donc, évidemment. Et puisque l'être humain (par exemple) est une partie de la
nature, il exprime une partie d'icelle — de la causalité qu'elle déploie — lorsqu'il est actif, lorsqu'il agit conformément à sa nature propre (pour aller vite, selon l'idée vraie de son corps), ce qui incidemment le rend joyeux. Mais puisqu'il n'est qu'une partie de la nature, environné par une infinité d'autres, il est impossible qu'il ne soit pas souvent passif, obéissant non plus à sa propre causalité (autonomie) mais à celle des autres (aliénation). Comme lorsqu'on reçoit un pot de fleurs sur le crâne, par exemple. Ou qu'on est contraint d'obéir à des ordres qu'on réprouve : c'est moi qui opère, mais c'est autrui qui agit, qui est actif par mon biais…
Bref, voilà pourquoi il faut
«payer le prix fort», lorsqu'on veut tenir à la fois ces deux axiomes, d'une part, que la pensée existe, et d'autre part que cela n'obère en rien le matérialisme : d'une intuition philosophique somme toute simple, on se retrouve projeté dans un système délirant de science-fiction complètement brindzingue, quoique parfaitement rationnel. Et encore n'ai-je rien dit de l'éternité, de l'espèce de largage supersonique de la cinquième partie de l'Éthique
Mais si quelqu'un a une meilleure idée…
Voilà, c'était le quart d'heure de métaphysique, où je pense (hum). On en reparlera.

D'autres êtres humains ont très bien mis en ligne l'Éthique, transformant avec astuce l'arborescence des propositions auxquelles renvoient les démonstrations en liens hyper-texte, et indiquant à quelles démonstrations ultérieures servira la proposition qu'on est en train de lire. Du beau boulot. Comme si l'hyper-texte avait été inventé tout exprès pour lire l'Éthique.
Ah zut, j'oubliais Marignac ! Non, suis-je bête, il ne vient pas par ici.

« Le marché des mots » (Raoul Vilette)

Jusqu'en 1989, lorsqu'une boîte licenciait en masse, on parlait de plan de licenciement. Le 2 août de cette année-là, l'expression a légalement été transformée : c'est plan social, qu'il fallait dorénavant employer.
Aujourd'hui (depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002, quand même), le plan de licenciement révèle enfin son vrai visage : c'est désormais un plan de sauvegarde de l'emploi.
Le lexique orwellien de Raoul Vilette, Le marché des mots/Les mots du marché, vieux projet de Daniel Joubert qui explique le retournement marchand du langage, a été publié par Les nuits rouges en 1997, et depuis soldé dans le réseau Mona lisait pour que pouic, même pas la peine de le voler.

mercredi 18 février 2009

Tous ces médias, quel remède y a ?


Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste pascalien, ne dit pas que des conneries. Et pas seulement parce qu'il s'est fait virer par L'aura d'l'air des Matins de France-Culture (époque Demorand, une seconde !) pour avoir exposé point par point l'identité des programmes de Sarko [mence] et de Lepeine aux dernières présidentielles (pfouhh, qu'il est pénible, de devoir employer ses doigts à taper toutes ces insignifiances…). Nous aimons cet accent irrésistiblement érotisant.
Nous aimons ces lapsus ou glissements, ces alpages ou zappages de la langue dignes d'un Willem d'il y a si longtemps :
• Saborder les caténaires
• La complexité/la complicité
• Peine de prison incompressible/incompréhensible…

mardi 17 février 2009

Torma, ta mort au bordel amer

Après avoir fort peu marqué ses contemporains par les publications successives de La Lampe obscure (1919), Le Grand Troche (1925 ; rééd. Allia, 1988), Coupures (1926) et Euphorismes, (1926 ; rééd. Paul Vermont, 1978), l'évasif Julien Torma disparut voilà pile soixante-seize ans (soit : sans tous ces ans), dans le massif de l'Öztal (et non du Spitzberg, apparemment, pourquoi diable confonds-je ? confondé-je ? le Bescherelle est muet sur ce point), à Vent, peu avant que le monde ne s'enfonce dans une horreur totale qui bien plus tard s'adoucira entre autres en supermarchés. Une décennie auparavant, c'était Arthur Cravan qui s'abîmait dans les eaux noires du Golfe du Mexique — mais là l'incertitude tint à la disparition, non à l'existence même de l'écrivain.
Depuis, le dégel a fait son œuvre, au cœur de la grande glaciation générale, et certains prétendent qu'on en a retrouvé une sorte de momie…
Bref, Torma a disparu le même jour que Molière. Tiens ! incidemment, c'est aussi ce jour là que ce vieux George naquit, avant de mourir.
ON PEUT MAINTENANT LIRE LES ÉCRITS DÉFINITIVEMENT INCOMPLETS de Torma dans l'édition peu onéreuse qu'en a fournie le Collège de Pataphysique en 2003 (vulg.)

La blancheur est ignoble.

Démon est l'anagramme de monde.

Je suis aussi cette ombre que je suis et que je fuis : Ombre d'une ombre, dansant sur les murs croulants de hasards, jusqu' à me devancer en ces moments où la chaleur le long du dos me dissout dans la vue de cette caricature forcenée qui m'effraie trop pour que je n'en rie pas tout mon soûl.

Le contraire du problème est le poème
etc., etc.

Ah, sinon, cela fait aujourd'hui quatre-vingt-dix-huit jours qu'un autre Julien, Coupat, est en prison.

mercredi 11 février 2009

Décès : assez d'essais !

Désolé, il semblerait, quoi qu'en dise Épicure — auquel renvoyait le titre du message précédent — que ce cher vieux George Wilhelm Ferdydurke soit mort pour un bout de temps, apparemment sous les coups de boutoir de la vie analogique. Ses dernières paroles, presque inintelligibles, fleuraient pourtant encore la facétie :
« Jeu : suis là ce devis vrai, mets-y… euh… son mot, dis ! »
Depuis, silence radio, peau de balle.
Ce deuil qu'on espère provisoire est cependant atténué par une excellente nouvelle :
ISA A ÉTÉ LIBÉRÉE HIER
sous contrôle judiciaire, certes, mais après un an et deux semaines, on n'y croyait plus trop.

vendredi 6 février 2009

La mort n'est rien pour nous


AMOR, AMOR, AMOR…

Quand t'aimes pas… quand tu recules et tu te vois, et tu la vois, là, que tu la désires pas : tu sais qu'elle va venir, et déjà ça te pèse, ce rendez-vous convenu, fade comme les automnes de ton enfance, à t'ennuyer au fond de la classe enneigée de lenteur affligeante — la main dans les cheveux sales ou tachée d'encre — et qui pue la pesanteur de la grisaille, des jours gris comme des gribouillages de crayons rongés au sang, des gribouillis laids comme des poux, des hiboux dans la bouche, genoux cognés sur les caillasses, écorchés au bois du bureau riquiqui, l'odeur tiède, écœurante, du chou mais jamais de bijoux… elle va venir et ça y est tu te dis qu'elle n'est pas si belle, qu'elle est assez moche même, parfois franchement affreuse, presque répugnante. Alors elle entre, trémoussante et tout sourire et oui c'est vrai : elle est sacrément laide ! Tu sues de stupeur et t'affaisses un peu : ça devient trop dimanche, tout ce poids de désir épuisé, évanoui, le creux diluant de l'ancienne vitalité perdue — alors tu l'observes en cherchant un angle qui l'embellisse un minimum, un coin de regard qui lui rendrait brièvement un bout de sa grâce passée, mais en vain.
Tu fais l'amour et d'un coup s'ouvre un gouffre, tu t'extirpes en arrière et te regardes accomplir ces gestes ahanants et grotesques, si loin de la perte de soi, et tu vois son visage se tordre en grimaces d'extase qui l'enlaidissent encore plus… Un jeu mécanique à pleurer, exténuant et nu.
Tu es assis au cinéma à côté d'elle et tu lui prends la main nonchalamment, un petit signe de tendresse. Et sa main frétille dans la tienne, alors tu dois frétiller aussi, montrer que toi aussi tu frétilles pour elle… mais plus le film avance, moins tu arrives à suivre l'intrigue : tu ne penses plus qu'à ta main, que tu voudrais retirer maintenant, soustraire à cette prison gluante, car ton geste si léger tout à l'heure pèse à présent du poids de l'amour qui se replie : pourquoi la lui dérober à cet instant-ci, cette main, « pourquoi fait-il ça ? », va-t-elle penser, est-ce à cause de l'embrassement passionné que se prodiguent sur l'écran des personnages dont tu te soucies comme d'une guigne ? Ne serait-ce pas un signe, cette petite rupture, cette séparation des mains désormais moites de s'être tant frottées ?…
Et puis merde ! brusquement tu arraches ta main à la sienne et tu te grattes le nez.

jeudi 5 février 2009

LE match : ASG vs «Le fantôme de…»

En exclusivité, les dernières images d'une lutte acharnée dont il ne nous avait pas été donné de connaître les récents soubresauts.

mercredi 4 février 2009

On craque

Là on le balance tel quel, mais l'exégèse viendra sous peu. Désolé, urgence à quitter la superstructure idéologique de la Matrice.

Factotum

On a reçu ceci :
« Un petit point sur les suites de la manif "Sabotage de l'antiterrorisme" du samedi 31 janvier :
— 3 personnes accusées par les flics d'avoir lancé des projectiles sont mises en examen : elles ont été libérées sous contrôle judiciaire et ça dépend désormais du juge d'instruction;
— le jeune homme agressé par les flics dans le RER passait hier en comparution immédiate. Il a demandé un délai, il doit être jugé le 3 mars à la 23ème chambre;
— le pique-niqueur de la place Denfert (arrêté avec son sauciflard et un couteau laguiole, il est inculpé de port d'arme prohibé... si, si!) doit être jugé le 23 mars à la 29ème chambre à 9h.
Par ailleurs, pour la manif du 24 janvier à Barbès :
— 7 personnes passent devant la 23ème le 2 mars;
— 6 personnes le 2 mai;
et une personne est mise en examen pour dégradation (il a l'oreille blessée, tympan percé, 9 jours d'ITT... c'est peut-être la raison de ce traitement différencié...). »
D'autre part, la brochure Mauvaises intentions #2" : outil « antiterroriste » - « mouvance anarcho-autonome » - luttes & révoltes est disponible au format pdf sur :
http://infokiosques.net/IMG/pdf/mauvaises_intentions_2.pdf

À la Défense

Cette complainte, écrite au printemps 1991, restitue fidèlement un fait-divers survenu peu de temps auparavant. Après son incarcération, le prisonnier a rapidement commencé à gravir les échelons de la hiérarchie régissant la population carcérale.

À la Défense
par Alfred, sur l’air de À la Villette, d’Aristide Bruant



C’était c’qu’on appelle un battant
Le meilleur des représentants
Il travaillait avec vaillance
À la Défense

Son chef était un manager
Et tout le mond’ bossait en chœur
Avec les primes c’était Byzance
À la Défense

La nuit il comptait dans son lit
Pendant qu’sa femm’ crevait d’ennui
Faut dir’ qu’ l’amour on s’en balance
À la Défense

Mais un sal’ jour tout dérapa
Le bonhomm’ fit plus ses quotas
On sentait v’nir la déchéance
À la Défense

Alors son chef le convoqua
Et gentiment le licencia
On n’aime pas les défaillances
À la Défense

C’est en décembre qu’il finit
Par fair’ un tour à l’armur’rie
On allait voir qui mèn’ la danse
À la Défense

Son chef fut un p’tit peu surpris
Quand sur sa gorge un beau fusil
Lui fit entendre le silence
À la Défense

Bientôt la rousse déboula
Pendant des heures il négocia
Avant d’ descendre sans méfiance
À la Défense

La suit’ toujours s’en souviendra
Quand les lardus tirèr’nt dans l’tas
Son chef se fit trouer la panse
A la Défense

Au tribunal on l’condamna
Dans un’ cellul’ il s’retrouva
Ell’ ressemblait quand on y pense
A la Défense.

mardi 3 février 2009

Qui ne pense pas à s'informer présente une pensée informe

merci à ubifaciunt pour la photo

Concernant les suites de la manif parisienne de samedi, les informations sont disponibles sur soutien11novembre.org, pour ceux qui n'auraient pas songé à y aller voir. Procès en perspective, ou ayant déjà eu lieu (en comparution immédiate). On apprend d'autre part ceci :
« Une personne venant d'Aveyron (en car) a été embarquée samedi. Le prétexte a été une tentative de pique-nique, avec Laguiole et jambon! à la fin de la manif. Il a été traîné violemment par terre, mis en garde à vue et relâché dimanche en début d'après-midi avec une convocation en justice. Il doit passer en procès le 23 mars à la 29e chambre du TGI à 9 heures pour port d'arme de 6e catégorie, insulte à agents et résistance avec violence. »
Et aussi cela :
« Le comité de soutien aux inculpés de Tarnac organise une projection-débat avec Maurice Rasjsfus autour du film L'AN PROCHAIN LA RÉVOLUTION ( 2008, documentaire 62' ), en présence du réalisateur, Frédéric Golbronn.
C'est demain, mercredi 4 février 2009 à 20 h, au cinéma La Clef ( 21 rue de la Clef, 75005 Paris, M° Censier-Daubenton ) ».
Zut, ça tombe le même soir que la projection à Lou Pascalou.

On nomme ? (À toper…)

Nous avons remarqué que certains mots de la langue française se présentent, en leur simple énonciation, comme des sortes d'auto-définitions, de par le seul jeu pervers des phonèmes, et bien loin de leur étymologie d'origine. Du moins leur propre son n'est-il pas sans rapport avec leur sens… Quelques exemples.
Il n'est pas aberrant de penser que l'absorption d'un emménagogue puisse effectivement vous conduire à brève échéance dans des lieux d'aisances.
La plante rachitique nommée amélanchier a bel et bien quelque chose de masochiste, pour s'entêter ainsi à pousser sur d'aussi pauvres terrains.
Le saprophyte, quant à lui, tire parti sans vergogne du milieu qu'il a investi.
La liste n'est pas close, mais nous ne connaissons pas le nom d'un tel phénomène linguistique — nom qui devrait bien entendu en évoquer bizarrement la définition…

dimanche 1 février 2009

Wanted !

Jenny Suarez-Ames, généralissime adjudante vernie, a disparu de notre univers numérique depuis plus d'un mois.
Elle avait commencé à enrichir notre imaginaire, nos pensées, notre mental, notre mante alitée, en août 2006, voilà une éternité.
Un trait de Jenny qui a occupé nombre d'entre nous.
Borgès, Fictions, « Thème du traître et du héros » : elle avait eu la confiance d'accorder à certain ex-colonel un privilège d'administrateur, comme on dit chez Blogger. Et voilà : séparation, dispersion, évacuation. Modification de l'équipe éditoriale de Moisson rouge.
On ne sait plus.
Avant France Télécom, il y avait les PTT. La SNCF publicitait à la télé pour du train à 0,03 € au km.
Dans le monde d'avant, on perdait moins de temps à des conneries. Le monopole facilitait.
Dans le monde présent, Les Moissonneuses ont été éradiquées; où aller ?
À nos chères lectures, bien sûr, à nos amours fous de toujours, aussi.
Mais quand même, Jenny, vous manquez sacrément.
Malgré tous ces coups de couteau.